Silke Pan, championne de handbike | Coopération
X

Recherches fréquentes

Silke Pan, championne de handbike

20 mai 2021

 

Dans sa voix il y a du sourire et Silke Pan, 48 ans, en montre aussi, autrement. Elle ne nous l’a pas dit mais on a le sentiment qu’elle a toujours voulu mener la vie qu’elle voulait, pas celle qu’elle croyait ou pensait qu’on attendait d’elle. La nuance est d’importance. Un monde où les incertitudes existent pour tous d’où une exposition à des séquences risques.

Enfant, elle rêvait d’être peintre. Ou vétérinaire, histoire de sauver des animaux. Plus tard, elle goûta à l’acrobatie lors de leçons de gym puis aima effectuer des sauts périlleux depuis le bord des piscines. Un jour, une personne lui dit: «Silke, tu devrais faire du plongeon.» Sitôt dit, sitôt fait. «Ce sport est aérien, on vole,  c’est la liberté.» Puis: «Je n’étais pas passionnée par l’eau mais par l’air, déjà.» 

Le cirque, une vocation !

Mais le cirque, son monde, ses virtuoses, magiciens quelque soit leur discipline, était un domaine qui attirait Silke Pan. «J’avais le gabarit et des facilités: je suis petite, mince et légère.» L’orientation professionnelle, qu’elle sollicita, lui fournit des adresses d’écoles de cirque. Elle effectua différents stages, par exemple, à l’école de Châlons-sur-Marne, chez les Frattellini et à l’Ecole Dimitri. «Là c’était bien mais axé sur le mime et le théâtre. Or, c’est l’acrobatie qui m’intéressait et travailler dans un cirque était un rêve. C’est pourquoi j’ai finalement obtenu mon diplôme à l’Ecole nationale du cirque de Berlin.»

Lors d’une tournée, Silke Pan fut remarquée par Éric Nock (dynastie de cirque depuis le 17e siècle jusqu’en 2019, année hélas de sa fermeture). «Durant huit ans, M. Nock a géré ma carrière, il a été mon imprésario exclusif. Je me suis produite dans différents lieux de spectacle, pas uniquement au Cirque Nock.» Elle est trapéziste. «J’ai toujours aimé les défis, défier les peurs et me dépasser. Marcher en équilibre sur des balustrades très hautes. J’avais une attirance instinctive pour tout ce qui a trait à la maîtrise du corps.» Son imaginaire est une réalité. Elle vit d’instinct, avec une sensibilité à fleur de peau.

Un corps parlant

Votre corps, justement l’avez-vous toujours considéré comme un allié ou a t-il été parfois un ennemi?
Entre 5 et 10 ans, la situation familiale était compliquée autour de moi. Mon corps me rattachait à ça, il était comme un poids, très lourd que j’aurais aimé quitter. Être un ange, m’envoler, voilà ce que je voulais, un corps qui me permette ça. Je dessinais des anges, beaucoup. Puis, la pratique de la gym, ses figures et les cabrioles, m’a ôté cette lourdeur. Mon corps est devenu un instrument de travail plus léger. Là, il a été un allié. Jusqu’à mon accident (en 2007), je me suis exprimée avec mon corps, j’ai transmis des émotions, avec des gestes. La communion avec le public était belle. Mon corps parlait, il racontait des histoires avec ses mouvements.

Si on vous dit que vous êtes en permanence dans la réflexion et l’analyse, on se trompe?
(Silke Pan sourit)-Non, je ressasse aussi et parfois c’est contreproductif. Y a-t-il un rapport avec mon passé? Est-ce bien ou pas? Je philosophe aussi et il y a beaucoup de pourquoi, beaucoup de questions diverses, par exemple celle-ci: est-ce juste de persévérer? L’observation de soi-même est importante, vitale.

Exosquelette avec l'EPFL

Coopérez-vous toujours avec l’EPFL?
Oui, au développement de «Twiice», qui est un exosquelette modulaire pour l’assistance à la marche capable d’assister toutes les articulations, ainsi que de s’adapter aux déficiences et aux besoins du patient. C’est un exosquelette nouvelle génération, adapté aussi et pour la première fois aux enfants. Je suis le «pilote d’essai» de «Twiice». En juillet 2016, j’ai vu mes jambes marcher. 

Société canniballoon Team

Avec votre mari Didier Dvorak, vous dirigez la société «Cannibaloon Team»...(www.canniballoon.ch)
...On est dans l’événementiel. C’est mon mari qui a initié cette activité, elle a commencé avant l’accident, elle s’est beaucoup développée après parce qu’il fallait trouver quelque chose pour gagner notre vie. On crée des décors, et ils peuvent être gigantesques (plusieurs centaines de mètres carrés de paysage de ballons) pour des centres commerciaux, pour des fêtes d’entreprises, des mariages, des baptêmes, etc, etc. Ces décors sont éphémères. Nous sommes des artistes décorateurs en ballons. Ils sont en latex, gonflés à l’air. Ils ont des formes différentes et leur assemblage est un art. 

Et personnellement, vous êtes CBA...
...Oui, Certified Balloon Artist. Je suis membre d’une communauté mondiale d’artistes certifiés (certification unique dans l’industrie du ballon).

Au cirque, bientôt!

En décembre dernier, vous deviez présenter un numéro d’équilibre sur mains et contorsions au cirque de Noël à Moudon...(voir la vidéo)
...Oui, il a été reporté à cause du virus. Ce numéro dure 8’30’’. En 2020, j’ai trouvé le moyen pour y arriver. J’ai eu l’idée d’attacher mes jambes de part et d’autre d’une barre fixe, qui passe derrière ma nuque. Cette technique m’a permis de renaître, d’être à nouveau en équilibre sur les mains, discipline que je pratiquais avant l’accident. L’expression artistique m’a beaucoup manqué. Comment faire pour revivre ça? Cette question, je me la suis posée souvent. Après l’accident, comme un phare de regrets, je n’ai plus reconnu mon corps. 

Et aujourd’hui?
Émotionnellement, je vais mieux. Passionnée de danse et par tout ce qui a trait à l’expression corporelle, j’éprouvais de la douleur en y pensant, à tout ce que je faisais avant. Dans ce numéro, mes jambes participent à la figure, tout mon corps est dans le mouvement, dans la recherche d’équilibre. Il y a un an, j’ai pu être sur les mains pour la première fois. Il y a eu un retour sur moi-même, sur mon autonomie. Ça se rapproche de ma vie. Cette barre fixe, cette tige, est en métal et j’ai toujours eu des sensations avec ce matériau. Cette autonomie me coûte, mais je l’ai recherchée, je l’ai méritée. Je me dis que mon chemin de vie est juste, il y a de la sérénité et que ce que je réalise, je le fais avec plaisir.

Handbike à Nottwil

Avez-vous gardé des contacts avec des artistes de cirque?
À l’aide d’Internet, j’ai voulu savoir ce que des artistes étaient devenus. J’ai regardé des vidéos montrant des gymnastes et des danseurs et j’ai imaginé que c’était moi. J’étais heureuse. C’était en 2019, et un an après, je montais mon numéro. Dans ma tête, il y a deux personnes. Une me dit: vas-y, l’autre me dit: réfléchis. Le combat est permanent en moi et je me dois de rebondir pour être heureuse. Aller vers le meilleur, cela bouffe de l’énergie. Mais c’est mon destin (Silke Pan l’interroge souvent, analyse ses réponses, dans le but d’améliorer sa qualité de vie).

Le handbike, vous l’avez découvert quand?
À Nottwil, où je suivais un programme de réhabilitation. Un club s’entraînait, je me suis jointe à ses adhérents; ça m’a tout de suite plu. J’ai acheté un vélo couché en 2008. En quittant l’hôpital, je suis partie avec mon handbike. Avec lui, je me sens mieux, il m’aide accepter ce corps paralysé, à retrouver ma vie. Le sport de haut niveau exige à comprendre les signaux qu’il renvoie, lesquels ne sont pas les mêmes qu’avant.

Vous entraînez-vous toujours entre 3 et 5 heures par jour?
Oui, tout dépend des phases d’entraînement. À l’approche d’une compétition, je m’entraîne moins, je privilégie la récupération, l’état de fraîcheur. Je fais de la musculation, du stretching, etc. Fondamentalement, je ne suis pas une athlète à 100% mais une artiste qui s’exprime avec son corps. 

 

 

Quel est le principal trait de votre caractère?
Je suis constamment dans la réflexion et je suis un peu une rêveuse. Je puise ma force de rebondir grâce à mes rêves, j’y trouve une motivation, une volonté hors norme. Elles me permettent de repousser les limites. 

Palmarès

  • Silke Pan est née le 11 janvier 1973 à Bonn.
  • Elle est au bénéfice du passeport suisse depuis 2018.
  • Après avoir pratiqué la gymnastique, elle a fait partie du cadre national suisse de plongeon, avec le passeport allemand (permis C). Durant 4 ans, de 13 à 16 ans. Elle était membre du Lausanne-Natation.
  • Elle a été championne de Suisse de trampoline, au début des années 1990.
  • Equilibriste, contorsionniste et trapéziste, elle s’est produite dans des cirques, dans des parcs d’attractions, notamment, et dans toute l’Europe.

HANDBIKE

  • Dès 2012, Silke Pan a participé à des épreuves de Coupe du monde et de Coupe d’Europe, obtenant quelques succès.

 

Vidéos

 

 

 

Retour au blog