Violaine Grau, musher, conducteur de traîneaux à neige | Coopération
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Violaine Grau, musher, conducteur de traîneaux à neige

22 avril 2021

 

Violaine Grau, 46 ans, a le goût du bien dire, de l’amour pour la nature, ce qui l’entoure et l’anime. L’intelligence perçante, elle a toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l’indifférence; et afficher une élégance personnelle dans son exigence. 

Psychologue de formation et habitée par une soif d’apprendre peu commune, Violaine Grau a travaillé plus d’une vingtaine d’années dans la police dont huit ans comme gendarme sur le secteur de Lausanne. «Je faisais beaucoup d’autoroute, je suis aussi intervenue pour des violences, pour des cas divers. C’était hyper varié et j’ai beaucoup aimé mon passage à la gendarmerie. C’est là que j’ai appris mon métier.» 

Le poste de commandant de la police municipale de Monthey devenant vacant, Violaine Grau, Chablaisienne de cœur, postula logiquement, avec le soutien de Jacques Antenen, ancien footballeur (FC Lutry, notamment) Commandant de la police cantonale vaudoise. «Quand j’ai été choisie, se souvient-elle, il a été le premier qui m’a appelée Commandante et qui m’a dit: «On se tutoie.» Avec en adéquation, la mission de cheffe de la sécurité publique de la ville. «Je portais l’uniforme et une arme. Au début, j’étais souvent sur le terrain, après nettement moins, voire plus du tout. Cette fonction implique et exige beaucoup de travaux administratifs.» L’administratif? «Je m’y astreint avec plaisir et intérêt quand ce domaine aborde et traite de nouveaux projets; après, une routine s’installe et la satisfaction disparaît. Je suis quelqu’un qui s’ennuie très vite. Ça faisait 3 ans que je préparais mon départ. J’ai quitté effectivement la police de Monthey en mars 2020. En plein COVID.» 

A-t-il été facile d’arrêter votre métier dans la police, après tant d’années?...
...Ça a été compliqué. J’avais écrit ma lettre de démission mais je ne l’ai pas transmise dans la foulée au président de Commune. «Attends encore!», me suis-je dit. Ça a été dur de la donner, je l’ai fait en décembre 2019 pour juin 2020; je suis partie en mars. Le fait que je quitte la police a été dur pour mon papa, qui a travaillé dans l’instruction publique. Je quittais un métier sûr avec un salaire pour un autre, plus aléatoire. Aujourd’hui, dans mon activité, je ne m’attribue pas de salaire.

Avec les garde-frontières

Vous avez beaucoup aimé le monde de la police. Qu’est-ce qui vous a poussé à y entrer?
Alors ado, j’ai pratiqué le ski de fond en compétition avec l’équipe valaisanne. À plusieurs occasions, j’ai côtoyé des gardes-frontières, j’ai trouvé sympa leur manière de fonctionner, l’ambiance, leur solidarité et tout ça m’a marquée. Je voulais être garde-frontière mais mes parents n’ont pas voulu. 

Vous avez étudié alors à l’UNI...
...Je suis psychologue de formation, mais je ne me voyais pas travailler dans un bureau, de manière traditionnelle et écouter des gens toute la journée. Mais j’ai fait 50’000 choses à la fois. Durant l’UNI, je travaillais en parallèle comme journaliste radio, puis dans la presse écrite au Journal de Morges. Mes études terminées, durant 4 ans, j’ai travaillé chez EOS (Énergie Ouest Suisse), en tant que chargée de communication. 

Vous avez écrit deux livres, dont «La puissance de l’animal thérapeute» paru à Chronique Sociale, Lyon...
...Oui, je pratique l’accompagnement en Reliance avec le chien. Je suis des personnes choisies par des institutions, notamment par le Home «Les Tilleuls», à Monthey et la maison de retraite «La Charmaie» à Collombey-Muraz. J’ai également une clientèle privée. La Reliance est une démarche d’intégration, laquelle permet de tisser des liens et de cohésion sociale au quotidien.

Commander, c'est naturel

Vous êtes musher- conducteur de traîneau à neige (surtout) ou sur terre, tiré par des chiens. Votre parcours est atypique, non?
(Violaine Grau sourit)-...Commander, c’est naturel chez moi. J’aime la liberté et elle doit être dans ma vie. Je termine ma première saison pleine (mi-décembre à mi-avril); auparavant, je finissais mon travail, à Monthey, et je filais retrouver mes chiens. Ce parallèle a duré quatre ans.

Vous souvenez-vous où tout a commencé?
J’avais 9 ans, j’étais sur les skis et un chien me traînait. Il s’appelait «Mozart». Ensuite, j’ai promené des copines. J’ai commencé toute seule. J’avais lu un livre «L’appel de la forêt» de Jack London, il y est question de chien et de neige. Ça m’a toujours fait rêver. 

Des Huskies de Sibérie

Aujourd’hui, combien avez-vous de chiens?
Quinze, ce sont des Huskies de Sibérie. Cette race de chiens a été créée il y a plusieurs milliers d’années par des peuples nomades en Sibérie, les Chukchis, qui souhaitaient des chiens de travail pour tirer des charges, mais aussi des animaux sociables, qu’ils pouvaient laisser dans les tentes avec des enfants. Leur comportement est très sain et ils sont proches de l’humain, même si leur caractère de prédateur reste très fort avec les autres animaux. Mon élevage s’appelle «Les Loups du Val de They», du nom du Vallon qui se trouve près d’ici. Je produis essentiellement des chiens de travail, qui se révèlent dans le sport mais qui sont aussi très sociables. La durée moyenne de vie d’un husky est de 13-15 ans.

Plus il fait froid, plus les chiens sont performants?
Oui, en théorie, ils supportent jusqu’à moins 50 degrés, donc ils préfèrent travailler quand il fait froid. Ce qu’ils détestent surtout, ce sont les changements brusques de température: par exemple -15 à +15 degrés. Il faut faire très attention dans ces cas de figure et ne pas les faire travailler, ou juste un petit peu. 

Neuf et haut de gamme

À combien s’élève votre budget pour une saison?
Il faut compter environ 70’000.- frs. On renouvelle chaque année 1 ou 2 traîneaux, nous avons plusieurs jeux de harnais pour les chiens afin de pouvoir les changer dès que nécessaire et tout le matériel est haut de gamme et récent. Chaque année,  par exemple, on vend un lot complet de harnais et on en achète des neufs. Le coût d’un chien? 2’000.- frs environ. Ils sont hyper bien soignés, et ils le montrent. Après, il faut compter les soins vétérinaires, l’ostéopathe, la nourriture, les véhicules, etc. 

Que mangent-ils?
Tôt le matin, ils mangent de la viande (boeuf, agneau, abats et graisse) que je prépare la veille dans 10 litres d’eau avec divers compléments afin de bien les hydrater avant le travail: c’est mon boucher qui me prépare des sacs de 4 kg prêts à congeler. En fin de journée, ils mangent des croquettes hyperprotéinées et très grasses. 

Des chiens athlètes

Vous arrive-t-il d’avoir un rapport compliqué avec vos chiens?
À l’image de ce qui se passe en lien avec l’être humain, j’ai plus d’affinité avec certains chiens qu’avec d’autres et ils le sentent. La composition d’un attelage (6 à 8 chiens) passe par une bonne observation du groupe. Il faut mettre les bons chiens ensemble, gérer des situations, par exemple tenir compte des chiennes quand elles viennent en chaleur. Chaque chien est un athlète et composer un attelage performant, c’est compliqué; ce n’est pas du fonctionnariat.

Chaque attelage compte un ou deux team leader...
...Le team leader est le chien le plus intelligent, celui qui va le plus m’obéir. Selon l’activité, tourisme ou compétition et selon l’objectif, sprint ou distance, je ne mets pas les mêmes chiens en tête. Je dois faire aussi en fonction de leur état physique et de leur motivation du moment. En compétition, mes chiennes de tête sont des «tueuses, elles sont très compétitrices et n’ont qu’une envie, c’est foncer. Les autres chiens sur la piste ne les intéressent pas. En compétition, la vitesse moyenne est d’environ 22km/h, plus rapide même s’il y a peu de km. 

Calme et zen

Pour être musher, il faut posséder une bonne condition physique...
...Oui, c’est une activité très physique, la force de traction d’un attelage est incroyable, avec 6 chiens elle avoisine les 300kg. Les chiens sont des athlètes mais ça reste avant tout des animaux qui sont très proches de leur musher. Ils sentent quand ça ne va pas, quand il y a un problème, alors le musher doit rester calme et zen. J’ai 46 ans, je me donne encore une dizaine d’années, après on verra, je n’aurais peut-être plus la forme physique pour les mener.

Quand vous conduisez un attelage, en pleine nature où l’air est sain, vous sentez-vous en décalage avec le monde réel?
Oui, ça arrive. Il y a de plus en plus de gens susceptibles, il y en a tellement qui se déchirent, qui cherchent des problèmes aux autres, par jalousie, ou qui sont mal-faisants, que j’ai un peu de peine avec ça. Même si je sais que nous sommes tous différents, je ne me reconnais pas dans ce genre de société-là. Moi, solitaire? (Violaine Grau sourit). Tant que j’ai à manger et à boire, cela me va très bien. Je choisis les gens que je fréquente, et je n’ai plus envie de faire semblant ni d’être sympathique, par convenance. Oui, je vis normalement, je vois des amis, je vais au resto. Avec les chiens? Je suis tout le temps avec eux,  c’est sûr mais mon organisation me permet quand même d’avoir une vie sociale. 

En trottinettes et karts

Avez-vous des sponsors, des partenaires?
J’ai des partenaires pour mon activité touristique: la Région Dents du Midi, Whitepod Eco-Luxury hôtel et la station de Châtel (France). Pour mon activité sportive, j’ai des sponsors, en effet: Mammut, Multone Menuiserie à Monthey, RS Équipement à Morgins, TRB Chemedica à Vouvry, Composite.ch à Collombey, LARAG groupe et Natura diet. Ainsi que le Garage Alizé pour la saison en cours. 

Après la saison d’hiver vient l’été...
...Là, on organise des randonnées à pieds, avec les chiens (Cani-randonnées, entre 60 mn à la journée) mais aussi en trottinettes ou en en kart, entre autres. 

Aimeriez-vous être quelqu’un d’autre?
Oh! Non. Je peux mourir demain, je ne regretterai rien. J’ai vu trop de personnes mourir par accident ou seules chez elles dans mon ancien travail que je me dis que j’ai beaucoup de chance de pouvoir faire ce que j’aime, d’être qui je suis. Je vis au jour le jour.

Existe-t-il des moments de doutes, des interrogations dans votre quotidien?
J’ai du caractère, je suis pour le dialogue mais il ne faut pas que la réflexion dure des heures. Il faut être efficace, que ça avance. Commander, j’aime ça. J’ai toujours aimé commander.

Palmarès

  • Violaine Grau est née le 24 mars 1975 à Monthey..
  • www.desloupsduvaldethwy.ch (coaching, formation, élevage, activités touristiques. (violaine@desloupsduvaldethey.ch)
  • Psychologue de formation.
  • Elle est 3 fois championne de Suisse de skijöring (ski avec chien) en pure race nordique en 2017, 2018 et 2019.
  • Elle est championne du monde WSA en bikejöring (vélo VTT avec chien) en 2019 en Angleterre, avec sa chienne Kali.
  • En 2021, elle est 2e en skijöring sur la longue et difficile Lekkarod (10 jours), 3e du Trophée France bleu sur la Grande Odyssée Savoie Mont-Blanc en attelage 6 chiens. Et 1ère en skijöring de la Cortina International Trial en sprint (14km), ainsi qu’en mid (24 km)
  • Violaine Grau est au bénéfice d’un Master en psychologie du travail et des organisations de l’UNI Neuchâtel (2001). Et d’un Brevet fédéral de policier (2005).
  • D’un CAS HES-SO pour la conduite des engagements de police à l’échelle d’officier (2014), d’un Certificat FSEA de formation d’adultes (2019), d’un maître-praticien en PNL (programmation neuro-linguistique, 2010), 
  • d’un certificat d’intervenante en Reliance (2019) et Violaine Grau est en train de terminer un certificat FSIFP d’éleveur professionnel de chiens.
     

Vidéo

RTS Sport, à la découverte du mushing, ici

 

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