Yoonmi Lehmann, patinage artistique | Coopération
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Yoonmi Lehmann, patinage artistique

25 mars 2021

 

Dans ses yeux, on perçoit des étincelles de gentillesse. «Je donne plus que ce que je reçois. Je serai toujours là pour quelqu’un.» Un peu plus loin dans la discussion, la Genevoise Yoonmi (prononcez You-ne-mi) Lehmann, 19 ans, qui a griffé la glace de la planète patinage artistique «Un peu partout, là où il y en avait, qu’il y ait un toit ou pas», avec grâce, abnégation et talent «J’ai enfilé mes premières bottines à 2 ans et demi» a un gros caractère. C’est elle qui l’affirme, aveu dit en riant. Elle rira, souvent. De bon cœur, bien sûr «Mais aussi pour me protéger.» Un mécanisme qu’elle enclenche non par crainte de ce qui peut arriver, mais qu’elle avance pour sa défense. 

L'arabesque est un livre

Pour évoquer sa jeune vie, dessinée par ses arabesques sur glace, faite de voyages et ses multiples rencontres, Yoonmi Lehmann a écrit un beau livre qui se lit bien, distillant au gré du vent voyageant un peu de géo et d’histoire «Je trouvais sympa de pouvoir partager ces deux matières», pôle d’intérêts manifestés par une soif d’apprendre. Le besoin urgent, aussi, de nourrir une tête bien faite, plutôt que de la consacrer uniquement à son sport. Lequel est dur, ingrat, d’une rigueur hors norme dans tous ses composants, sollicitant le corps, ses articulations, le mental, point fort toujours déterminant. Ne dit-on pas que la frontière entre la réussite et l’échec est aussi mince qu’une lame de bottine? 

Pourquoi ce livre, si tôt, paru aux Éditions Slatkine à Genève?
Ce livre n’était pas prévu, dit-elle. Pour garder mon français - elle parle en anglais avec sa maman -, mon papa m’a dit d’écrire des mots, des phrases, où que je me trouve, de noircir des feuilles blanches. Je tiens un journal de bord depuis 2015. Et puis, autour de l’année 2018, l’idée d’un livre a germé, lorsque la famille s’est rendue compte de la quantité de pages accumulée. 
«Le rôle de mon papa journaliste? (dans les années 1980, Éric Lehmann a été un des présentateurs vedettes du Téléjournal à la TSR, qui est devenue la RTS) : corriger les fautes d’orthographe. Elles étaient plus nombreuses au début qu’à la fin.» 

Dans la mesure où le patinage artistique et vous, c’est fini (ce que Yoonmi Lehmann confirme), peut-on alors parler d’un livre testament? 
(Elle sourit, bras croisés)- C’est mon histoire, avec ses hauts et ses bas. Dans quelques années, j’aurai du plaisir à relire tout ça, retrouver des souvenirs et à me les rappeler surtout.

Un épisode à ne pas taire

Au chapitre 20, intitulé période cauchmardesque, vous parlez de la maladie qui vous a frappé, l’anorexie mentale. Vous dites avoir hésité à en parler dans votre livre...
...Après réflexion, je me suis dit que je ne pouvais pas taire cet épisode de ma vie. Ça aurait constitué une trahison. Cette maladie - l’anorexie se caractérise par une perception fausse de l’image corporelle et une peur irraisonnée d’être en surpoids - s’est matérialisée en 2019 ; mais, sournoisement, elle s’était déjà installée en 2013-2014. Aujourd’hui, je vais bien même si je ressens encore de petites séquelles. Pour reprendre du poids, j’ai dû entreprendre un gros travail sur moi-même. Je me suis toujours dit: étant donné que l’anorexie n’est pas à la racine du problème, tu vas reprendre tant de kilos.

Vécu dans le déni

C’est aux Etats-Unis, où vous entraîniez (en 2017) qu’elle a pris plus ou moins forme...
...Je suivais les entraînements de l’Académie 7K et je m’étais développée, pris du muscle, à l’américaine, aux cuisses notamment ce qui m’avait valu quelques remarques sévères de professeurs russes du CSKA Moscou, et commentaires sur mon apparence de la part de patineuses, entre autres. J’étais musclée mais j’avais de la puissance. Néanmoins, il y a eu des dégâts psychologiques dans ma tête. Là aussi, la santé n’était pas bonne. Je me suis mise au régime. Je pesais 53kg, puis 41 et un peu plus tard 31. Ma concentration s’était portée sur la nourriture et mon poids. Un peu tout dégringolait. On m’a hospitalisée à Tartu (Estonie). De retour en Suisse, après avoir poursuivi des entraînements, voyagé et vécu quelques expériences plus ou moins normalement parce que je vivais dans le déni - qui est l’art d’esquiver pour survivre -, j’ai été hospitalisée, ma santé s’étant dégradée gravement. 

Est-ce la maladie qui a précipité la fin de votre carrière de patineuse?
Non, j’ai dû faire un choix. J’ai choisi les études. Mes parents ne m’ont jamais reproché quoi que ce soit. Je me suis mise la pression moi-même elle n’est pas venue de mes parents, comme cela se passe trop souvent. Combien de parents transfèrent sur leurs enfants ce qu’ils auraient aimé être? Ils m’ont énormément aidés, soutenus, financièrement, par leur présence, mais je n’avais pas de dette morale envers eux. Dès le départ, tout était clair entre nous.

Le Top du Top en Estonie

À la page 134, vous écrivez: «Mes parents et moi avions effectué un nombre impressionnant de recherches pour déterminer quelle structure d’entraînement me conviendrait le mieux.» L’aviez-vous trouvée? 
À chaque étape (Finlande, Etats-Unis, Russie, Estonie), l’endroit choisi était parfait, compte tenu de ma situation, de mon niveau. Nous avons beaucoup bougé. Pour répondre à votre question, je dirai en Estonie où c’était le top du top, tant au niveau de l’encadrement que structurellement. 

Quelle est l’année qui a le plus compté dans votre carrière sportive?
C’est quand je suis partie pour la première fois à l’étranger, en 2014. On avait mis des choses en place: les heures de glace à la patinoire, les entraînements et l’école. C’était le début de ce que nous voulions. Et 2019, ma dernière année en tant que patineuse. Aux championnats de Suisse élite, j’étais 1ère au terme du programme court, et 3e au final. Je ne savais pas à ce moment-là que cela serait ma dernière saison, que je ne patinerais plus. 

Si le patinage n’existait pas, quel autre sport auriez-vous pu pratiquer? 
La gym ou le ski, mais pas la descente, mes parents auraient eu trop peur (Yoonmi Lehmann rit de bon cœur), plutôt les disciplines techniques. 

La médecine plutôt que le barreau

Avant, compte tenu de vos études à l’étranger et du sport, vous n’aviez pas une seconde pour vous, et aujourd’hui?
J’ai peur de «flotter», de ne pas savoir où je vais. Cette incertitude, elle est angoissante. Je suis instable par rapport à moi-même. En fait depuis toujours j’ai ressenti ça. J’ai besoin d’avoir des journées remplies. 

Vous êtes étudiante en médecine...
...à l’UNI Webster à Bellevue (Genève) - fondé en 1978, c’est le campus suisse de l’UNI Webster basée à St-Louis, Missouri) - avec comme objectif l’obtention d’un Bachelor de psychologie (4 ans d’études). À la base, je voulais travailler dans le milieu du journalisme, être avocate m’aurait bien plu aussi. Mais il y a un an, je suis tombée amoureuse de la psychiatrie. Avec tout ce que j’ai vécu, ressenti, j’ai envie d’être utile dans un hôpital ou une clinique, spécialisée dans les troubles psychiques, plutôt que d’être psychologue dans le milieu du sport.

Vous êtes-vous dit, à un moment donné: Yoonmi, le patinage, finalement, ce n’est pas fait pour toi?
Oui, une fois par jour (elle sourit). Lever à 5h du matin, mais pourquoi? Après, arrivée à la patinoire, ça allait mieux. Pour fonctionner, j’avais besoin de bons résultats. En général, ils ont été bons. 

Auriez-vous aimé être quelqu’un d’autre?
C’est une bonne question (pause réflexion). Je n’ai pas une haute estime de moi, mais j’essaie de ne pas y penser. Chez moi, le destin a frappé tôt. Je suis coincée dans ce corps jusqu’à la fin de ma vie.

À considérer votre trajectoire, avez-vous été adulte avant l’heure?
(Rire)-J’ai l’impression d’avoir 90 ans, j’ai beaucoup voyagé, vécu de moments forts, inoubliables. Mais maintenant, c’est terminé. Je dois me poser.

Palmarès

  • Yoonmi Lehmann est née le 19 novembre 2001 à Genève.
  • Ancienne championne de patinage artistique.
  • Elle a été deux fois championne de Suisse de la relève (2014 et 2015).
  • En 2016, elle termine 3e des championnats de Suisse juniors.
  • En 2017 et en 2018, elle est 2e des championnats de Suisse élite. Et la saison suivante, elle termine à la 3e place.
  • Elle a fréquenté l’école française à Lausanne-Valmont, puis l’école primaire en Valais et le cycle d’orientation toujours en Valais. Yoonmi Lehmann a poursuivi ses études dans un collège en Finlande, qu’elle a terminées aux Etats-Unis.
     

 

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