X

Recherches fréquentes

Russie

Dans la datcha de Tatiana et Sergei

12 septembre 2018

Tatiana et Sergei préparent le plov

Nous longeons l’Angara, le large fleuve qui rejoint le lac Baïkal. Nous avons besoin de sortir de la ville, de retrouver la nature, de nous relier à cette terre. Nous voilà dans la datcha de Tatiana et Sergei. Nous entrons dans le petit village qui est barricadé à l’entrée, cela nous surprend une fois encore. Cette séparation, ce besoin de protection, cette peur. Cela insuffle toujours des doutes en nous. Comme s’il était nécessaire de choisir entre le monde naturel et celui des humains, dans une dualité sans pont. C’est un peu comme si ces deux mondes se regardaient sans compréhension, se redoutait. La taïga, cette forêt boréale qui tapisse 10 % des terres émergées et dont les températures annuelles ne dépassent pas les zéros degré, entoure le monde des humains. Elle paraît sombre, ténébreuse. Ainsi nous trouvons un espace de douceur chez Tatiana et Sergei. Leur datcha est enveloppée dans un jardin dont chaque coin est habillé par de nouvelles fleurs, une autre atmosphère, des petites chaises et tables dans une créativité épanouie. Ils nous préparent leur fameux plov au feu de bois, de la confiture, du lait de chèvre. Leur table est composée de la gastronomie russe; des pelmeni sibériens, des poissons séchés, de l’aneth qui accompagne de nombreux plats. 

Datcha sibérienne

Nous profitons de ce lieu pour nous laisser traverser par ce qui est présent. En fait notre arrivée en Russie s’est calquée sur un mouvement interne de la famille. Comme s’il y avait tout à réinventer à redéfinir, dans un nouveau lieu, avec de nouvelles vibrations et surtout pour aller chercher quelque chose de nouveau. Un vrai rite de passage. Et comme tout est synchronicité, Nayla perd aussi sa première dent. Pourtant, malgré la convivialité qui nous entoure, nous ne trouvons pas encore le chemin, l’apaisement. Tout se vit dans l’intensité, du délice du partage, d’être ensemble mais sans réelle unité. 

 

Un tour vers Listvianka, nous emmène face au fameux lac Baïkal, nous avons de la peine à réellement plonger dans le décor. Nous venons de perdre 20 °C et il fait un petit 12 °C accompagné d’un vent glacial. Certes, des Russes s’y baignent. À la dure, surtout des hommes en plein élan de testostérone. Le regard des autres est alors si important, il ne faut pas fléchir et rester de marbre à chaque instant. D’autres, des femmes, profitent du bain de soleil en costume de bain, exposant leur rondeur, un verre de vodka à la main. Nous regardons ce spectacle comme des étrangers, étrangers à la scène, à cette vie. Et même si le lac est un parfait miroir qui porte jusqu’au haut sommet enneigé, nous sommes comme enfermés dans le souffle glacial, la contemplation s’échappe à nous. 

Nous quittons l’espace de convivialité de Tatiana et Sergei avec un peu plus de courage, cette fois nous allons plonger au cœur de la nature sibérienne. Elle pleure en nous voyant partir et est surtout inquiète pour Fibie et Nayla, qui n’arrivent pas à se libérer d’une toux tenace. 

Céline