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Russie

Le temps des espaces

05 septembre 2018

Les paysages défilent devant nous

Il est 23 heures, heure locale. Nous venons de passer 3 jours dans le train, 4 000 km et 2 fuseaux horaires. Le train vient de s’arrêter à la station de Irkoutsk, notre terminus. Je porte Fibie dans mon dos pour décharger tous les bagages et Xavier s’occupe des vélos quelques wagons plus loin. Nous subissons d’un coup une réalité qui nous semble trop dure. Tout le monde nous a prévenus de ne pas laisser nos bagages sans surveillance. Il y a une telle peur qu’elle déteint sur nous. Et puis il y a tous les escaliers à passer avec 3 vélos, une charrette et 15 sacoches. La grande surprise, c’est que personne ne nous donne un coup de main. Même le taxi qui doit nous emmener ne chargera pas sa voiture. Et son collègue qui a peur pour son véhicule s’est mis au milieu du passage. Un malabar de plus de 100 kg... Dur retour à une réalité que nous n’avons pas envie de donner vie. «C’est dans la gratitude que nous souhaitons vivre, la gratitude d’une vie qui nous nourrit. Peut-être que le monde a-t-il besoin de changer de rêve ?» 

Ces pensées viennent à moi, stop! je les arrête. Retour à nos besoins premiers, un lieu où dormir, du calme, les filles sont exténuées... il est maintenant minuit. Le train a traversé cette distance trop rapidement pour nos corps et nos esprits habitués à la cadence du vélo. Tout à l’intérieur de nous exige le calme, le repos. Même le système immunitaire des filles en prend un coup, en plus des 2 dents qui viennent de percer la gencive à Fibie. 

Ce temps de pause, ces trois jours dans un train nous a invités à repenser les derniers mois. Nous avons la sensation que cela fait des années que nous voyageons à quatre. Ces quelques mois ont été si denses qu’ils représentent un temps considérable. En vivant le moment présent, le temps se dilate. Nous ressentons que nous ne vivons plus un temps linéaire, mais le temps des espaces. Comme si sa dimension était liée à la terre et aux enseignements que nous recevons. Dans chaque nouveau lieu, nous passons à un nouvel enseignement, à la découverte d’une autre partie de nous-mêmes. Comme des rites de passage, nous avons la sensation que notre famille passe par des stades. Comme si la vie nous invitait chaque fois plus loin dans ce que nous expérimentons. Tout vient toujours au moment où nous sommes prêts, et à la fois bousculer nos limites. Plus que progressif, c’est par bond que nous sentons les changements en nous, comme alignés sur le développement de Fibie, qui à cet âge apprend à une vitesse remarquable. Ainsi l’intensité de notre vie, nous pousse toujours plus à être aligné dans le moment présent, relié à la terre, pour vivre dans la gratitude ce qui ce présente à nous.

Céline