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C'est à cause d'un ours!

12 mai 2020

 Vue aérienne sur le village de Haines Junction

Une fois encore, ce n’est pas nous qui avons choisi notre hivernation, c’est elle qui s’est offerte à nous. Notre visa exceptionnellement long nous permet d’imaginer rester au Canada pour plus d’une année. Reste à trouver le lieu où passer un hiver... De plus en plus, j’ai la sensation que c’est le voyage qui nous a choisi et de la même manière c’est le lieu, ce lieu exact où nous passons cet hiver qui nous a choisi. Nous n’aurions jamais pu l’imaginer. C’est un peu comme si les choses se faisaient malgré nous, comme si nous étions placés au bon endroit, pour nous, pour la terre. Et finalement c’est grâce à un ours!

Nayla se déguise en husky devant la guesthouse

Lorsque nous longeons le parc national de Kluane cet été, nous vivons la frustration de ne pas pouvoir être les témoins des paysages somptueux qui nous entourent. Ils sont cachés derrière la fumée qui provient des feux de forêt. Un voile opaque s’était installé, les décors avaient disparu. Un appel du cœur nous a soufflé pourtant que nous reviendrons... un jour. D’ailleurs la décision est prise...

En hiver, le voile de fumée a disparu, les paysages s'offrent à nous

Arrivés à Haines Junction, nous entrons dans ce village, euphoriques d’avoir achevé une étape supplémentaire. Nous étions alors dans cette gigantesque traversée de plus de 600 km dans des espaces sauvages entre Tok en Alaska et Whitehorse au Canada. Il y a une petite épicerie et nous pouvons faire quelques achats pour supplémenter notre réserve de nourriture. Le village ne nous apparaît pas des plus accueillants. C’est un lieu de passage, sans réel centre. En fin d’après-midi, nous sommes prêts à continuer notre route pour rejoindre le camping de Pine Lake. Comme il est déjà tard, cela nous semble la meilleure option.

«Le camping de Pine Lake? Il est fermé! Une maman grizzly et son ourson y demeurent et le service de la faune a décidé de fermer temporairement le camping.» S’exclame un ranger.

Ce soir-là, nous découvrons une petite guesthouse autour de laquelle il est possible de monter la tente sur une plateforme en bois. Nous ne sommes pas mécontents de la pause que cet ours nous offre et décidons de rester un jour supplémentaire pour atténuer la fatigue accumulée par les distances gigantesques et les jours sans fin. Le propriétaire, Martin, est un homme de philosophie ayant étudié les sciences sociales et politiques. Ces propos questionnent, interrogent, et s’ouvrent sur de longues discussions animées. Cet homme chétif aime la palabre, et se perd par moment dans de longues tirades. Toujours est-il que nous apprécions ces moments de questionnements qui sortent des conversations habituelles. Il nous présente alors ses interrogations pour cet hiver. Lui qui rêve de partir pour quelques mois, il hésite à fermer sa maison d’hôte. Puis il souffle à moitié en pensée qu’il aimerait peut-être trouver quelqu’un pour s’en occuper durant l’hiver. J’attrape spontanément l’idée pour la présenter à Xavier. Et pourquoi pas? Nous décidons d’en parler à Martin et de laisser les choses se faire. L’idée est lancée dans l’univers.

Quelques mois plus tard, nous revoilà. Martin nous l’avons vu 4 fois au total et il vient de partir. Nous sommes seuls dans sa guesthouse à Haines Junction pour tout l’hiver.

Céline

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