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Canada

La glace est vivante

21 mai 2020

Nayla patine avec plaisir sur la glace

Le blizzard a soufflé toute la nuit. Le vent est hurlant. Il rend la maison vivante de tous les craquements et sifflements. Il soulève la neige et la fait danser sur le sol. Cela crée des figures mouvantes, des tableaux animés et surtout une sensation de grand froid exacerbée. Si les températures sont déjà en dessous des -20 °C, la température ressentie, elle, devient presque polaire.

Fibie joue sur la glace fissurée

Avec des températures en dessous des -10 °C depuis plus d’un mois, quelques lacs sont déjà complément gelé. Nous nous informons sur les lacs les plus sécuritaires. Certains, dont le gigantesque lac Kluane, possèdent des sources d’eau chaude qui crée des fragilités dans la glace. Des zones délicates peuvent ainsi céder à tout instant.

Xavier roule en fatbike sur le lac gelé

Jamais je n’aurais imaginé à quel point la glace est mouvante, à quel point elle est vivante! Nous explorons le lac «Pine Lake» avec nos patins. De nouvelles sensations, et un nouveau moyen d’exploration. Fibie patine un peu puis entre dans la charrette sur laquelle nous avons installé des skis. À l’abri du vent, elle est protégée du grand froid. Nayla s’améliore de jour en jour et essaie même de faire quelques pirouettes. Pourtant, avec ces températures, nos mains et pieds nous rappellent qu’il est temps de rentrer. Xavier part devant avec la charrette.

Soudain la glace craque et bouge. Elle descend de quelques centimètres. Un long frisson me traverse tout le corps, une puissante sensation de danger. Avec Nayla nous nous regardons droit dans les yeux, et accélérons.

«-Maman tu as senti ?
–Oui oui, ne t’inquiète pas, nous allons rejoindre tranquillement le bord, l’idéal serait de ne pas tomber.»

À peine ai-je prononcé ces mots que la glace continue de craquer sur notre passage. Une dizaine de «cracks» à un mètre de distance. À chaque craquement, la tension augmente, le pouls s’accélère, l’adrénaline coule à flots dans nos veines. La distance qui nous sépare du bord nous paraît si longue. Le temps semble s’étendre indéfiniment avec l’intensité des émotions que nous vivons.

Tomber à l’eau c’est réussir à garder son calme dans de l’eau glaciale pour ne pas couler, puis réussir à sortir avant l’hypothermie qui va limiter les mouvements en moins de 10 minutes et rendre inconscient au bout de 20 minutes. Sortir de l’eau sur de la glace n’est pas si simple. Des pics en métal sont les outils principaux, ou une corde lancée par son partenaire. Certaines personnes ont survécu durant plus de 6 heures en faisant gelé leur avant-bras sur la glace, ce qui leur a permis de rester la tête hors de l’eau et de en pas se noyer malgré leur perte de connaissance. Puis il faut encore réussir à se réchauffer. La morsure du froid et l’hypothermie sont ensuite les aspects les plus dangereux. En quelques minutes, on perd l’usage de ses doigts. Il faut donc rapidement faire un feu et se changer ou rejoindre un lieu chauffé.

Finalement, nous sommes soulagés de rejoindre la terre ferme. Et malgré toutes nos appréhensions, nous apprenons que la glace qui craque de cette manière est plutôt un signe de bon augure. Elle continue à augmenter de volume, ce qui crée ces craquements.

Céline

 

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