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Alaska

Les sites sacrés des Tlingits

06 mars 2020

Totem Tlingits au Mt Robert à Juneau

Je suis assis à côté de Ryan, au bord de l’Océan et lui pose des questions sur la culture Tlingit. Face à mon enthousiasme, il reste calme et attentif. C’est un Ancien, respecté par sa tribu et son clan, et j’ai la sensation d’être un enfant avec toutes les questions que je lui pose. Puis face à ces interrogations, il m’arrête et me raconte une histoire, une longue histoire. C’était sa manière de me transmettre des informations, selon les traditions de sa culture. Je ne me souviens plus de tous les détails, mais je me souviens de l’enseignement.... les réponses me seraient données une fois que je serais prête.

 Après la ruée vers l'or sur les terres des Tlingits, ce sont les bateaux de croisière qui défilent à Juneau

Cela fait 15 ans, j’avais alors choisi de faire mon master sur les sites sacrés des Tlingits, selon leurs demandes. Certaines réponses ne m’étaient pas encore accessibles. En tant que chercheurs, cette réponse me déplaisait tout autant qu’elle m’attirait. Elle portait en elle une sagesse et une humilité.

Le peuple Tlingit autochtone de l’Alaska du Sud-Est a développé une culture complexe. Ils se sont établis sur le long des côtes, sur une terre d’abondance malgré le climat rude et humide. Ils vivent dans un système de parenté matrilinéaire, ainsi tout se transmet par la mère. Ils sont regroupés en plusieurs tribus, des Kwaans. Celles-ci sont séparées en deux grands groupes: celui de l’aigle et celui du corbeau, appelé parfois loup. Puis ces deux groupes sont encore divisés en différents clans, portant chacun le nom d’un animal. Les enfants recevront le nom du clan de la mère et les mariages se font avec des personnes du clan opposés. Toute la culture est ainsi organisée selon un système complètement autre, illustrant ainsi la richesse de notre humanité.

Cette différence culturelle était flagrante lorsqu’il s’agissait de parler de sites sacrés. Aux États-Unis un site est sacré s’il est historique, d’au moins 50 ans d’âge. Comment était-il alors possible de protéger les sites sacrés futurs des Tlingits? Certains sites sont sacrés et ils sont «vides», il n’y a pas de bâtiments, d’objets, ce sont simplement de lieux reconnus dans les traditions orales. Et certains de ces lieux sont sacrés parce que quelques choses dans le futur sont censées s’y produire. Comment alors les protéger dans la loi américaine ? Cette question reste pour moi l’illustration parfaite des différences culturelles, mais surtout de notre incroyable humanité, et de tout ce que chaque culture peut nous apporter en tant que nouvelles manières de concevoir le monde et d’en saisir sa grandeur.

Céline

 

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