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Canada

Vivre dans une petite communauté en hiver

17 juin 2020

Les longues nuits nous permettent de contempler le ciel étoilé

Ce matin, il fait vraiment sombre. Les jours n’ont cessé de se rétrécir, là ils recommencent tout juste à grandir imperceptiblement. Maintenant, tout est sombre, noir. Nous avons encore quelques heures de jour ou pénombre en fonction de la météo. Heureusement, le manteau de neige apporte un peu de clarté à cette longue nuit. Parfois, les montagnes s’illuminent de rouge vif apportant des couleurs phénoménales dans ce monde de blanc et de noir. Le froid aussi s’est intensifié lentement. Maintenant, cela fait des semaines que le thermomètre n’est pas monté au-delà des -15 °C. Avec le froid et l’isolation de la guesthouse, des courants d’air traversent les pièces. Pourtant lorsque les températures se rapprochent de -30 °C la glace qui se crée à l’intérieur empêche le vent de pénétrer. Nous chauffons principalement au feu de bois. Xavier va couper les bûches qui seront utilisées dans la cheminée. Tous les dix ou quinze jours, nous roulons jusqu’à Whitehorse pour faire nos achats de nourriture, soit 350 km aller-retour. Entre deux, il n’y a pas grand-chose. Hormis ce gigantesque troupeau de wapitis que nous rencontrons le long de la route. Il y a quelques jours, le spectacle était saisissant. Six mâles avec leur large bois courraient dans la neige profonde.

Petit groupe de Wapiti sur la route de Whitehorse

Nous sommes heureux de pouvoir faire l’expérience du Yukon en hiver, dans cette petite communauté de Haines Junction. Nous avons aussi la chance de pouvoir nous occuper de cette auberge. Des voyageurs ou personnes de passage continuent d’y venir régulièrement. En général, ce sont des personnages intéressants dans leur mode de vie ou leur parcours, pas n’importe qui se retrouve à Haines Junction en hiver. Pourtant, nous sentons par moment cette intrusion de ne pas avoir notre petit cocon à nous. Parfois, c’est amplifié par la frustration de l’environnement hostile qui nous entoure et des limitations que cela impose. Heureusement, le chant des coyotes autour du village nous rappelle la magie du lieu.

 Premières lueurs du soleil sur les montagnes

Mais surtout en cette période, c’est lentement le noir qui commence à être présent. Il fatigue, invite à aller chercher toujours plus loin de nouvelles ressources. Cette mise en lumière de nos ombres, de nos propres démons, des croyances limitantes qui ne demandent qu’à être bousculées. Ce long chemin de découverte de soi, fusion avec sa propre essence et son projet d’âme. Évidemment, le voyage se montre sous un nouvel angle. Cela fait bientôt dix ans que nous vivons sur les routes du monde. Dix ans de nomadisme. Et si c’était le voyage qui nous avait choisi? A la lumière des synchronicités, cette phrase continue de résonner en moi. Et pourtant je sens au plus profond de moi que sédentaire et nomade sont deux facettes de la même médaille. Deux polarités d’une continuité et d’une liberté qui n’est toujours qu’en soi.

Céline

 

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