Les prémisses de l'hiver | Coopération
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Québec, Octobre 2020

Les prémisses de l'hiver

31 janvier 2021

Le givre et la glace recouvrent le paysage au petit matin.

Nous voilà dans la dernière ligne droite pour atteindre la ville de Québec, notre prochaine destination. Nous longeons la piste cyclable qui nous emmène depuis Sherbrooke à travers la campagne québécoise. Cette fois, nous sommes aux portes de l’hiver. Les arbres chatoyants deviennent chaque jour un peu plus nu. Le vent puissant et glacial accélère le processus et rend nos journées difficiles. Se maintenir au chaud commence à être un défi. Nous sommes passés au vêtement d’hiver avec de grosses bottes fourrées pour les filles afin de maintenir leur pied au chaud et des moufles pour les mains. Nous alternons entre l’émerveillement du passage des oies et oiseaux migrateurs, des couleurs de l’automne et de la piste cyclable, à la difficulté de trouver un endroit pour camper hors des propriétés privées. La pluie complique aussi notre chemin. À cette température, juste quelques degrés, c’est quasiment impossible de s’arrêter sans couvert.

Campement au coeur de la forêt

Pourtant, nous prenons tellement de plaisir à camper au coeur de la forêt. Nayla et Fibie construisent des tipis en branche puis aménagent le sol de feuilles mortes. Il n’y a rien qui ne stoppe les jeux d’enfants, ni le froid, ni la pluie... En pleine nature, tout est une excuse pour composer des jeux imaginaires qui se transforment au gré des inspirations. Elles entrent en contact avec l’Esprit de la Forêt et de la Nature. Elle plonge dans ces univers un sourire aux lèvres, les habits un peu boueux, le visage à la moque qui coule. Ces instants sont si puissants qu’il n’y a pas de limite entre l’imaginaire et la réalité. Les jeux font entièrement partie de leur vie et de leur vérité.

Aujourd’hui, nous ne trouvons pas d’endroit ou planter notre tente. Les forêts sont impénétrables ou inaccessibles et tous les chemins sont des accès privés. Nous sommes abattus, et décidons de demander un petit coin pour planter notre tente dans le champ d’un agriculteur. Il accepte à notre plus grand soulagement. Nous voilà au milieu de champs d’herbe, loin de la route. Un grand troupeau de vaches pâturent un peu plus loin. On entend des chiens aboyés et parfois hurlés. Ce sont certainement une meute de huskies utilisée comme chien de traîneau. Le sol est détrempé. Fibie et Nayla jouent dans les flaques d’eau pendant que nous montons le camp. Une heure plus tard, c’est la tempête. Il pleut et le vent se lève en bourrasque. Nous mangeons sous notre tente pour être à l’abri. Une fois la tempête passée, le ciel se dégage et les étoiles apparaissent, scintillantes. Mais la température chute. À 20 heures, nos vélos sont givrés. Il fait déjà -6°C. Avec l’humidité ambiante, le froid est mordant, il pénètre nos corps. Il ne nous reste plus qu’à rejoindre notre sac de couchage.

Le givre et la glace recouvrent le paysage au petit matin.

Le lendemain matin, nos gourdes d’eau sont complètement gelées et le brouillard a créé de magnifiques formations de givre sur nos vélos et nos sacoches. L’air est pur et glacial. Nous avions espéré rouler durant l’été indien. Chaque jour, nous attendons son arrivée. Pour le moment, ce ne sont que les prémisses de l’hiver qui nous accueillent.

Céline

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