Sur les chemins forestiers | Coopération
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Québec, Octobre 2020

Sur les chemins forestiers

05 janvier 2021

Habituellement, notre convoi est source de questionnement. Les conducteurs ralentissent ainsi pour nous observer ou du moins, ils font un grand écart lorsqu’ils nous dépassent.

Ici au Québec sur les routes sinueuses de ces régions montagneuses, les gens roulent vite. Les limitations de vitesse ne semblent être que de vagues indications. Et une vingtaine de kilomètres-heure au-dessus de la limite semblent être la règle. Il n’y a que la destination qui compte. Ainsi ralentir ou faire un écart est une perte de temps. Nous évitons généralement de rouler durant les heures de pointe, pourtant ce n’est pas ces heures-ci qui sont les pires, mais les week-ends.

Pendant les jours de congé, ce n’est plus du stress, mais de l’agressivité que nous rencontrons. La route appartient aux automobilistes! Une nouvelle loi vient d’être récemment introduite, elle stipule que les conducteurs doivent au moment de dépasser ralentir ainsi que garantir une distance de 1,5 mètre avec le cycliste.

En route pour un chemin forestier

Apparemment, elle est encore inconnue par la majorité des conducteurs. Le problème survient surtout sur les routes où il n’y a peu ou pas d’accotement. En plus des dépassements dangereux, nous avons droit à des coups de klaxon qui valident ce que nous ressentons de plus en plus. Nous ne sommes pas les bienvenus sur les routes.

Fibie est dans la charrette sur cette piste, impossible pour elle de faire du vélo ici.

Depuis St-Donat, la route que nous devons emprunter est sans bas-côté et avec un fort trafic. Nous optons alors pour l’idée d’Anne-Marie. Il y a un chemin forestier qui traverse jusqu’au Val David. Il n’est pas entretenu et un 4x4 est nécessaire, mais apparemment nous devrions pouvoir passer. Nous sommes ravis de pouvoir échapper à la circulation routière. Une fois sur le chemin, les doutes s’installent. Les montées aux pentes abruptes s’allient à la route par endroit défoncée et composée de gravier et de grosses pierres. Nous n’avons pas le choix de pousser nos vélos. Nos bras hurlent, notre dos souffre, nous sommes essoufflés et épuisés alors que nous ne voyons même pas le bout de la première montée. Nous sommes si lents, et pourtant nos efforts sont colossaux. La colère jaillit en moi!

Nayla et Céline disparaissent dans les couleurs d’automne.

« Mais qu’est-ce qu’on fait ici ? C’est impossible! Je suis épuisée et nous avons à peine avancé de 5 kilomètres! Nayla ne peut pas rouler toute seule et je dois la prendre sur le FollowMe. » J’explose. Puis je m’effondre. Une sensation de désespoir s’empare de moi alliée à la fatigue de tout mon corps. Des larmes de rage, de désespoir et d’épuisement coulent le long de mes joues, alors que Xavier est déjà 50 mètres devant.

La piste s’enfonce dans la forêt

Lorsque je le rejoins, il est paisible. -« Je n’en peux plus » je lui souffle. -« Arrête de te battre. Nous avons tout le temps et si on met deux ou trois jours pour atteindre Val-David ce n’est pas grave. Regarde! Nous sommes au coeur de la forêt, c’est juste magnifique! Profite des couleurs de l’automne et prend ton temps. » J’observe alors autour de moi.

Nous rejoignons la route secondaire qui cette fois est entretenue.

Avec l’effort, j’avais oublié de lever le regard. Mes yeux étaient rivés sur cette piste infernale. Soudain, je réalise la beauté qui m’entoure. J’accepte de plonger dans cette voie, certes difficile, mais qui nous offre des paysages incroyables. J’entre en contact avec la forêt et me laisse porter. L’effort est toujours intense, mais ma perspective s’est modifiée. Oui j’ai du plaisir à traîner mon vélo chargé et celui de Nayla dans ce petit coin du monde. Et lentement, tout s’allège.

Céline

 

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