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Quand Instagram aide à combattre l'anorexie

10 décembre 2015

Entre le corps des femmes et les réseaux sociaux, c'est souvent «je t'aime moi non plus». Une idylle tordue, faite d'amour-répulsion, dans un web avide de jolies silhouettes, mais où le mantra cardinal est qu'il faut souffrir pour être belle. Et lorsqu'on parle de souffrir, il faudrait plutôt dire: s'affamer.

Quand il ne s'agit pas de se jeter tout habillé dans une rivière ou de se verser un bac à glace sur le crâne, les challenges les plus en vogue sur les réseaux concernent en effet la plastique féminine. Le tigh-gap? Montre à tout le monde l'espace entre tes cuisses décharnées pour prouver que tu es sexy. Le bikini bridge? Affiche l'espace entre le tissu tendu du slip de bain et la peau de l'aine pour démontrer que tu es skinny à souhait. Le selfitness? Prends-toi en photo en petite tenue après deux heures d'effort intensif dans la salle de sport, histoire que tout le monde voie que tu sues comme une mule pour avoir un body de sirène.

Du rêve à l'idéologie

Le pire dans tout ça, c'est l'amalgame qui s'est progressivement installé entre beauté charnelle et beauté de l'âme: je suis courageuse et volontaire donc je suis belle, je suis belle donc je suis courageuse et volontaire. Un raisonnement défendable? Pas tant que ça. Cette dangereuse idéologie est en partie véhiculée par l'univers de la mode, mais elle s'alimente aussi sur le Net via les pro-ana, ces internautes qui trouvent dans l'anorexie volontaire la seule et unique voie pour parvenir à la silhouette parfaite.

On ne compte plus les groupes, les pages ou les blogs vantant les hauts mérites de la faim et déclarant la guerre totale au moindre gramme de lipide. Avec des jeunes filles qui détaillent quotidiennement, dans un terrifiant journal de bord, le copieux menu ingurgité – parfois rendu au-dessus des toilettes: bouillons d'endives ou de brocolis, fruits, thés et cafés sans sucre. Une orgie de rien agrémentée de plusieurs heures de fitness ou de running.

La dictature du pèse-personne

A ce rythme infernal, les kilos s'évaporent à vue d'œil sur la balance, à la grande satisfaction des intéressées. 47,5 le lundi. 47 le mardi. 45 le vendredi. Chaque nouvelle privation exacerbant le sentiment d'être en sécurité. De s'être prémunie contre le jugement d'autrui. Certes, il faut veiller à faire la distinction entre les troubles du comportement alimentaire (ou TCA), névroses graves devant être prises en charge, et les régimes drastiques pouvant être adoptés soudainement pour vite perdre du poids. Mais ces derniers peuvent parfois dégénérer en véritables maladies, en véritables enfers sans issue.

Enfin, presque sans issue. Alors que les réseaux sociaux croulent toujours plus sous les images de corps taille 34 et d'os saillants, de silhouettes-plumes de 45 kg et de fières joues creusées, certaines utilisatrices ont au contraire décidé de faire d'Instagram une arme pour guérir, parallèlement au suivi d'une thérapie. C'est notamment le cas d'Alexia Savey, Française de 18 ans souffrant de TCA, qui met tout en œuvre pour sortir de sa spirale d'émotions négatives. Via des hashtags tels que #Food et #AnorexiaRecovery, elle poste régulièrement des images de ses repas sur son compte, chaque semaine plus garnis, afin de recueillir les encouragements de ses followers.

Au point d'avoir réuni autour d'elle toute une communauté de personnes en croisade contre la tyrannie toxique de la balance. Evidemment pour ces courageuses internautes, la première étape de cette renaissance, la plus dure, demeure plus compliquée qu'un simple clic: parvenir à admettre que l'extrême minceur n'est pas la condition préalable pour que les autres nous aiment.


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