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Et si les réseaux sociaux étaient en train de manquer leur révolution ?

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07 août 2018

Il y a eu l'énorme et encombrante affaire Cambridge Analytica en début d'année. Voilà cette fois que la bourse se transforme en toboggan vertigineux pour certains grands réseaux sociaux dont Facebook et Twitter. C'en est trop. Menacés par les scandales médiatiques qui ternissent leur image, et les dégringolades à Wall Street qui révèlent les failles de leur business model en cette fin de décennie, les grandes plateformes tentent une mue pour revenir au top.

Mais plutôt que de perdre leur peau, Facebook et Twitter ont décidé depuis plusieurs semaines de sacrifier les garnisons de comptes jugés fictifs ou illégaux. Le site de microblogging avait ainsi récemment annoncé pourchasser les profils suspects, avec l'espoir de regagner en crédibilité auprès des utilisateurs et annonceurs. Un élagage qui fait mal au nombre d'utilisateurs actifs revendiqués, surtout après le départ de millions d'internautes déçus du comportement des géants de la Silicon Valley révélé au fil des scandales.

Des coups de Karcher estivaux

Certes, mais ce grand nettoyage de printemps et d'été est censé faire repartir Twitter sur des bases plus solides, celui-ci étant convaincu que son problème majeur vient de ces comptes louches. «Nous sommes certains que c'est dans l'intérêt à long terme de la plateforme et qu'en améliorant la qualité des conversations publiques sur Twitter, nous créons les conditions d'une croissance durable pour l'entreprise» se justifiait récemment la société californienne dans un communiqué adressé aux actionnaires.

Facebook aussi se lance dans une opération patte blanche avec une guerre déclarée contre les fake news susceptibles d'encourager la violence. L'entreprise de Mark Zuckerberg est en effet depuis des lustres dans le viseur à cause de son apparente mollesse envers les contenus homophobes ou extrémistes, alors qu'elle censure avec méticulosité chaque téton féminin surgissant dans les posts, fut-il peint par l'immense génie d'un Rubens.

Histoire de pansements

Le réseau social est en outre parti en croisade contre les profils des utilisateurs mentant sur leur date de naissance pour créer un compte. Il dit désormais traquer sans relâche les facebookiens qui seraient plus jeunes que 13 ans, l'âge minimal requis pour être autorisé à s'inscrire. Forcément, tous ces ravalements rassurent les responsables des plateformes et peut-être au passage leurs actionnaires. Mais en se limitant à la façade, ils ne rassurent probablement qu'eux-mêmes.

S'il est encore trop tôt pour parler de déclin et de décroissance prochaine pour ces acteurs phares de l'écosystème 2.0, la défiance de plus en plus grande des utilisateurs (pour ne pas dire inédite en une décennie de médias sociaux euphoriques) et la difficulté à faire évoluer un modèle qui performait jusqu'ici sans grains de sable dans les rouages, trahit tout de même un frémissement à prendre avec sérieux.

"Sophie a mangé un cookie"

Et les mesures qui doivent être décidées s'avèrent, on le craint, sans doute un peu plus complexes qu'une javellisation des surfaces visibles. Au fond, le problème est probablement d'ordre structurel. Les réseaux sociaux tels que nous les connaissons ont près de quinze. Autant dire une éternité à l'échelle de l'économie du web. Jusqu'ici assez passifs et relativement peu exigeants envers les produits qu'on leur proposait, les utilisateurs de 2018 semblent entrés dans la période de maturité: ils veulent enfin trouver un sens à ce qu'ils font.

S'interroger pourquoi l'on raconte encore sa vie customisée sur Facebook, se rendre compte que nos tweets les plus argumentés et ciselés ont finalement peu d'impact sur l'opinion des autres utilisateurs, poster les mêmes photos de voyage que des milliers d'inconnus sur Instagram, passer des heures les rétines boulonnées aux divers fils d'actualité… N'y a-t-il pas là les ingrédients d'une future crise existentielle à laquelle les grands réseaux sociaux, la tête plongée dans les chiffres de Wall Street, risquent de soudain ne pas savoir quoi répondre ?

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