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Les algorithmes n'ont aucune compassion, et cela peut devenir un problème.

17 décembre 2018

Etre bombardé de publicités et de posts sur les bagues de fiançailles quand vous souffrez d’une rupture amoureuse, sur le ski alors qu’on vous a amputé des deux jambes, ou encore sur les produits pour bébé quand vous venez de subir une fausse-couche. Cela n’arrive que dans un seul lieu sur Terre: Internet. Car dans la vie de tous les jours lorsque vous traversez un malheur, un réflexe d’auto-défense, ou plutôt de préservation, de survie même, vous fait stratégiquement éviter tout élément susceptible de réveiller ou d’attiser votre peine. 

Fuir les endroits qui vous remémorent désormais des moments trop perturbants, contourner les images qui vous ramènent à un passé difficile à gérer, écarter de sa route les choses pouvant faire resurgir des émotions douloureuses, et donc destructrices. Tout ça est possible car vous pouvez vous détourner, modifier votre parcours, bref, anticiper avant d’être touché en plein cœur. Mais sur le web, c’est une autre histoire. 

Un écran sans pitié

Dans un papier du Washington Post Opinion, très commenté ces derniers jours, une employée du média américain, nommée Gillian Brockell, raconte ainsi son calvaire imposé par les algorithmes. Alors qu’elle partageait durant des mois, sur les réseaux sociaux, sa joie d’être enceinte et ses questions de future maman sur la grossesse, cette jeune femme a malheureusement accouché d’un enfant mort-né. Sauf que tous ses posts passés, arborant les hashtags du type #babybump, #babyshower ou #30weekspregnant, ont continué à être exploités par les logiciels des plateformes ou elle alimentait ses comptes. 

A chaque scroll sur un écran, c’est l’absence de son enfant qui lui revient en pleine figure sans qu’elle n'ait rien demandé. Les pubs et les articles sur la maternité continuant à inonder ses fils d’actualité. «Laissez-moi vous dire à quoi ressemble les réseaux sociaux quand vous rentrez enfin chez vous de l'hôpital avec les bras les plus vides du monde, après avoir passé des jours à pleurer dans un lit (…). C'est exactement la même chose que lorsque votre bébé était encore en vie» explique-t-elle. 

La joie d'avoir un bébé ne me concerne plus

Joyeuses publicités pour des couches, liens vers des sites dédiés aux mamans, un harcèlement absurde et cruel dont on se passerait bien après de telles épreuves. Certes, sur Facebook notamment, l’utilisateur peut indiquer ne plus vouloir être ciblé par certaines natures de pubs, mais il doit d’abord informer la plateforme de la raison qui le motive, en cochant la bonne case parmi plusieurs réponses proposées dans un QCM. Parmi lesquelles «Cela ne me concerne plus» apparaît à la fois comme la plus évidente et la plus inhumaine à choisir dans ce genre de situation. 

Gillian Brockell ne comprend ainsi pas pourquoi les algorithmes, réputés si performants et complexes, ne savent toujours pas s’adapter afin que les utilisateurs n’aient pas à subir une autoflagellation émotionnelle par de tels réglages. En particulier en pleine période de deuil. «Vous n'avez pas vu (…) cette annonce avec les mots-clés cœur brisé, problème et mort-né et les deux cents larmes en émoticônes envoyées par mes proches? Ce n'est pas quelque chose que vous pouvez traquer?» 

Complexité à sens unique

Et la jeune Américaine d’implorer les grandes entreprises des nouvelles technologies: «Si vous êtes assez intelligentes pour réaliser que je suis enceinte, que j'ai donné naissance, alors vous êtes sans aucun doute assez intelligentes pour réaliser que mon bébé est mort». Il faut avouer que ce témoignage frappe fort et juste. 

Conçus pour construire des ponts entre les annonceurs et leurs potentiels clients, ces fameux algorithmes sont en revanche bien moins imaginés pour détruire ces liens, surtout quand la dignité ou le respect de l’autre est en jeu. Dommage, effectivement, qu’ils n’aient pour l’instant que l’intelligence du marketing, et pas vraiment l’intelligence du cœur.

 
Et quelques liens

Comment Facebook utilise vos photos Instagram pour entraîner ses algorithmes

Twitter: An open letter to @Facebook, @Twitter, @Instagram and @Experian regarding algorithms and my son's birth