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A l'ère des réseaux sociaux, les canulars du 1er avril sont devenus risqués

05 avril 2019


Voilà déjà plusieurs années qu’à chaque veille de 1er avril, les journalistes du monde entier se demandent si le coup de l’article loufoque n’est pas devenu un peu poussiéreux. Une sorte de blague de tonton noceur, au spectre allant de moyennement drôle à pathétiquement affligeant, qui fait lever les yeux au ciel pendant un dîner dominical et prier pour que le dessert arrive au plus vite. Mais l’argument prônant l’arrêt de cette tradition pour cause de ringardise est aujourd’hui occulté par un autre raisonnement: le poisson d’avril dans la presse serait tout simplement dangereux. 

Alors que le rayon d’action de ces blagues se limitait autrefois aux pages d’un journal qui grosso modo était oubliées dès le lendemain, c’est tout l’inverse avec l’immense caisse de résonance que constituent les moteurs de recherche et surtout les réseaux sociaux. Publiez un poisson, et cette farce gentillette se retrouvera aussitôt mêlée à toutes les (vraies) informations, sans aucune hiérarchisation ni différenciation. Le risque, évidemment, c’est que les internautes, la plupart du temps pressés et peu regardant sur le degré de lecture à adopter face à une news, considèrent la chose comme véridique. 

Ajouter du flou au flou

Une étude du quotidien français Le Monde révélait ainsi que 6 utilisateurs de réseaux sociaux sur 10 partagent un article alors qu’ils n’en ont lu que le titre… Un comportement dangereux, manquant de distance critique, qu’on a vu à l’œuvre autour des articles des sites parodiques du style Legorafi, souvent pris à la lettre et partagés, même par des figures politiques. Certains, pas vraiment le nez dans le calendrier, oublieront d’ailleurs d’enclencher leur radar à fake. Et puis, déjà que nombre d’internautes ne parviennent pas à dissocier news douteuses et news vérifiées parmi la masse quotidienne d’informations déversées via Facebook, Twitter et consorts, devoir également repérer des infos fabriquées parmi les publications d’un vrai média reconnu devient compliqué. 

Sans oublier que les portails d’infos pour smartphone, Apple News ou Flipboard Briefing de Samsung par exemple, font parfois remonter les poissons d’avril comme s’il s’agissait d’articles sérieux, les algorithmes n’ayant encore appris à repérer le second degré. Dans cette configuration, c’est à la fois la personne rediffusant la publication et celles qui la lisent qui se trouvent manipulés. Le pire étant que les poissons, demeurant en ligne, ou repris telles des rumeurs malgré une désactivation sur le site source, peuvent continuer à enfumer les esprits des jours, des semaines, voire des années après un 1er avril. 

Le poisson persona non grata

Une forte probabilité de créer plus d’ennuis que de crises de rigolade qui a convaincu plusieurs titres de ne plus faire d’articles canular. Dans un papier paru le premier avril dernier sur son site, le journal québécois Le Devoir précise qu’il «n’y a pas d’hameçon caché» dans ses pages, puisqu’à notre époque polluée par les infaux, «la facilité avec laquelle les fausses nouvelles se répandent et deviennent virales aujourd’hui réclame une contrepartie de sérieux et de retenue». Plusieurs médias scandinaves proscrivent eux aussi tout article poissonneux, de même que certains titres français, parmi lesquels Numérama et France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur. 

Ce dernier explique sur Internet qu’il ne veut pas «semer le doute ici et participer à mélanger le vrai et le faux, fût-ce pour plaisanter.» Même chez Microsoft, les fables du 1er avril sont interdites. «Les données nous montrent que ces blagues ont un impact positif limité et peuvent même entraîner une couverture médiatique négative», argumente une note interne à l’entreprise révélée par le site américain The Verge. Bon, coller un poisson dans le dos de votre collègue est un peu la seule méthode qui ne risque pas de créer une fake news sur le web, mais vous risquez d’être catalogué «gros lourd officiel de l’open space». Décidément, le 1er avril, mieux vaut faire comme si l’on était déjà le 2… 


Et quelques liens


Les «fake news» ont-elles tué le poisson d’avril?

Microsoft leads the way in banning April Fools’ Day pranks

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