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Alerte, les émoticônes ont de plus en plus de sens cachés

04 novembre 2019


En adoptant et popularisant les émojis, les internautes ont cru qu'ils pourraient utiliser un moyen de communication allant à l'essentiel. Une sorte de langage primitif, épuré, économe, qui ne s'embarrasse pas de la palette de nuances du texte ou de la polysémie de l'image. Dans le monde des bisounours, peut-être. Car évidemment, on s'en rend compte aujourd'hui, c'était faire preuve d'une grande naïveté. Plus les années passent, plus ces innocents émoticônes se chargent malicieusement d'une épaisseur symbolique. Au point d'être happés malgré eux eux dans les débats politiques et idéologiques de notre époque. 

Illustration? Le délicat dossier de certains émojis en forme de fruit, dont une signification implicite est venue se greffer avec le temps. Dans ce jeu de cache-cache agricole, l'aubergine se transforme parfois en un symbole phallique et la pêche en celui du postérieur humain. Sans oublier les «gouttes d'eau projetées», détournées en code pour évoquer le climax sexuel de ces messieurs. Une grille de lecture supplémentaire qui a immanquablement fini par attirer l'attention des censeurs. Il y a quelques jours, Facebook et Instagram ont en effet annoncé vouloir faire la chasse à ces émoticônes à cause de leur charge sexuelle manifeste. 

Cachez cette aubergine que je ne saurais voir

Les plateformes précisent qu'elles n'entendent pas les bannir systématiquement, mais les censurer dès qu'elles surgiront dans un contexte de drague ou de «sollicitation sexuelle», pour reprendre le vocabulaire facebookien. Cette volonté de traquer l'aubergine subversive se comprend certes du point de vue de la logique particulièrement pudibonde des réseaux sociaux américains, mais on reste quand même pantois devant ce zèle des responsables, qui non contents d'effacer les représentations explicites, en viennent à également censurer des symboles... par nature ni explicites ni réalistes. 

C'est dire si les questions du corps et du sexe continuent à faire rougir outre-Atlantique. On se souvient d'ailleurs qu'en 2016, déjà, Apple songeait à redessiner l'émoji pêche pour lui ôter toute ressemblance, même lointaine, avec une paire de fesses. Les boss de Facebook et Instagram envisageront-ils bientôt d'élargir leur liste rouge à la banane, au donut, aux mains en prière ou encore à la paire de cerises? Mais il n'y a pas que dans le registre de la sexualité humaine que les émoticônes sont utilisés en machines à double sens. 

Otages de l'idéologie raciste

On a ainsi découvert, cet été, que le nouveau pictogramme «mappemonde» était devenu un signe secret de ralliement des suprémacistes blancs, qui l'affichent parfois dans leurs statuts Twitter. La faute à la publication cette année, par des psychologues controversés, d'une prétendue carte du monde du QI moyen par pays, où le continent africain apparaît moins bien classé que l'Europe, l'Amérique et surtout l'Asie. Bien que les méthodes employées par les chercheurs ont été décrites comme plus que suspectes, il n'en fallait pas plus pour convaincre les racistes les plus affirmés du web que la science validait leur haine... 

Pour les mêmes raisons, attention aussi à l'usage de l'émoji OK, qui serait un autre symbole des suprémacistes blancs sur la Toile. La position dressée de l'auriculaire, de l'annulaire et du majeur esquisserait la lettre w, tandis que l'index et le pouce à bout touchant signeraient un p, dessinant ainsi l'acronyme de white power. En lisant tout ça, on finit par se dire que les mots, finalement, c'était un concept bien moins tordu.


Et quelques liens


Facebook has a new policy on ‘sexual’ emoji (yes, that means the peach)

Emergency: Apple’s New Peach Emoji Doesn’t Look Like a Butt (But We Are Getting a Face Palm)

Pourquoi l’emoji « carte du monde » est en train de devenir un symbole dans la fachosphère

L’émoji OK considéré comme un symbole haineux

 

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