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Ambiance Terminator: la résistance contre les robots (de reconnaissance faciale) s'organise

11 novembre 2019

 

Popularisée avec les réseaux sociaux, notamment par Facebook au début des années 2010, la technologie de reconnaissance faciale a progressivement franchi les frontières des plateformes numériques pour coloniser notre paysage. Chacune de nos trombines évolue ainsi au quotidien dans le viseur de logiciels aussi discrets que voraces en données, et opérant dans des contextes plus ou moins attendus: contrôles de sécurité et douanes d’aéroports, déverrouillage de smartphone, moteurs de recherche d’image fonctionnant avec des algorithmes sophistiqués… 

Mais aussi, parfois, caméras installées à l’entrée des concerts ou des magasins, chargées d’évaluer les profils des consommateurs. Ou entretiens vidéo lors des recrutements, où certains employeurs utilisent un programme censé décrypter les caractéristiques et les expressions des visages des candidats, sans que ces derniers se doutent une seconde qu’une IA est concentrée sur leur moindre ridule alors qu’ils causent expériences déterminantes et projections dans cinq ans.

Têtes dans la ligne de mire

La Chine a carrément lancé un programme national de surveillance des individus basée sur l’identification faciale. Quant à la France, elle planche sur un système d’accès aux services publics en ligne basé sur la reconnaissance des visages, pour l’instant en phase de test mais déjà controversé. Car cette technologie demeure relativement peu encadrée pour l’instant au niveau mondial, au regard des enjeux. 

Si le texte du RGPD, ce cauchemar des réseaux sociaux qui a instauré la portabilité des données sur le territoire européen, est censé strictement réglementer la reconnaissance faciale dans les pays de l’union, des zones grises demeurent, permettant notamment aux Etats d’y recourir dès lors qu’il est question «d’intérêt public». La méfiance grandit d’ailleurs dans l’opinion, au point que certaines autorités se sont franchement déclarées hostiles à cette méthode. 

Depuis mai dernier, San Francisco est devenue la première ville des Etats-Unis à interdire l’utilisation de la reconnaissance faciale par la police et la municipalité, dénonçant les risques d'abus et de biais. La ville de New York étudie actuellement plusieurs projets de lois visant à proscrire la technologie, à la fois pour les autorités publiques et pour les entreprises. Sans parler des nombreuses initiatives isolées proposant une parade au flicage du portrait.

 

 

En mode caméléon urbain

Des chercheurs de la Carnegie Mellon University de Pittsburgh, aux USA, ont par exemple mis au point des paires de lunette leurrant les algorithmes. Grâce à leurs motifs psychédéliques ou à leurs diodes projetant des ombres sur le visage, les objets tiennent non seulement les tentatives de reconnaissance faciale en échec, mais parviennent même parfois à simuler l’identification d’une toute autre personne. Des dispositifs au but similaire ont d’ailleurs commencé à fleurir aux quatre coins du globe. 

Masque transparent modifiant les traits du visage, ou bandeau lumineux superposant l’image d’un faciès d’inconnu à sa propre trombine aux Pays-Bas, visière électroluminescente au Japon, cagoule en tissu simulant un visage flouté en Allemagne, techniques de maquillage avec des figures géométriques aléatoires faisant perdre le nord aux logiciels de reconnaissance en Corée du Sud, ou encore patchs à motifs psychédéliques empêchant les algorithmes d’identifier une personne par sa silhouette en Belgique. 

Même Facebook s'y met

L’artiste américain Zach Blas, qui conçoit des masques design pour bloquer toute possibilité d’être analysé, parle même de «facial weaponization» pour qualifier ces techniques de résistance, expression qu’on pourrait grosso modo traduire par «militarisation faciale». La cerise sur le gâteau de l’ironie? Facebook, oui ce même Facebook qui a contribué à implanter la technique de reconnaissance faciale dans notre paysage quotidien, vient de concevoir un logiciel… d’anti-reconnaissance faciale. 

A l’aide d’un algorithme allant numériquement parasiter l’image d’un visage de façon indécelable à l’œil nu, l’outil est capable de neutraliser les tentatives d’identification, un peu comme un bouclier anti-missile 3.0. Pour l’entreprise de Mark Zuckerberg, cette innovation pourrait se révéler utile dans la lutte contre les deepfakes, ces détournements hyperréalistes de vidéos d’individus, dont les capacités à reproduire n’importe quelle tête et expression se basent justement sur la technologique de reconnaissance faciale. 

Et quelques liens:

Big Brother en Chine : comment la reconnaissance faciale permet de mieux surveiller les citoyens

San Francisco interdit la reconnaissance faciale

Ces créations étranges sont conçues pour dérouter les logiciels de reconnaissance faciale

Facebook crée un filtre pour bloquer la reconnaissance faciale et les deepfakes

 

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