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Amour en ligne: et internet créa le «crush»

20 septembre 2019


L’amour, en nos temps connectés, c’est un peu de feeling et beaucoup d’algorithmes. Du moins, c’est la vision des personnes aux commandes des réseaux sociaux et autres applis visant à rapprocher les gens. Dans cette vaste nébuleuse un peu opaque et chaotique qu’est la Toile, il serait ainsi plus facile, à leurs yeux, de calculer, d’estimer scientifiquement une attirance avec une armada d’instruments de pointe, que de la sentir. 

Pour le reformuler autrement, il semble possible d’identifier une idylle en devenir (ou juste un plan cul qui s’amorce) avant même que les protagonistes ne s’en soient rendu compte. Sacrés chanceux ces internautes, non? Ce diagnostic résultant d’un apparent don de précognition, c’est le crush. Les acteurs du dating online en ont fait leur totem depuis quelques années, et cette idole ne cesse de faire des convertis. 

Compatibilité présumée

Le crush, c’est le constat se voulant objectif, mathématique, que deux individus se plaisent. Souvent, ceux-ci ne se connaissent pas, ou peu, se sont à peine parlés, mais un logiciel les informent qu’ils sont susceptibles de se la jouer Roméo et Juliette dans un avenir proche. Le crush n’est pas un coup de foudre, car le coup de foudre, lui, est l’irruption soudaine, quasi violente, dans la conscience et dans tout le corps, d’une vérité sur les sentiments qu’on porte à quelqu’un. 

Le crush n’est pas non plus comparable au regard intéressé que peuvent s’échanger deux clients d’un bar ou d’une disco, car ici encore, c’est leur cerveau, leurs sens qui entrent en harmonie directement. Dans le crush, c’est un serveur géant basé quelque part en Laponie ou en Alaska qui communique aux futurs tourtereaux l’heureuse nouvelle qu’ils en sont. La chose semble avoir commencé avec Tinder et son fameux «match», le prototype du crush, qui informe deux utilisateurs qu’ils se plaisent (du moins sur photo) et qu’ils sont géographiquement interceptables. 

Paresseux, sorte de cyborg en mode économe qui scrolle jusqu’à ce qu’un algorithme lui serve de Cupidon, l’internaute candidat à l’amour en ligne attend que la grande machine du hasard aligne les bons chiffres comme au casino. Venant de lancer son service Dating aux Etats-Unis, Facebook surfe sur le même principe du crush. Ecoutez plutôt le speech: le réseau social met en relation des inconnus célibataires (ou plus ou moins célibataires, parce que «c’est compliqué», dixit Facebook) qui démontrent avoir en commun une panoplie de goûts et d’intérêts. Le début d'une belle «Data driven romance», pour reprendre une expression en vogue chez nos voisins anglosaxons.

Tout n'est pas mathématique

La société de Mark Zuckerberg a même prévu de pouvoir faire matcher les personnes déjà amies sur le réseau social grâce au «Secret crush», fonctionnalité permettant de confier aux algorithmes son attirance cachée pour quelques heureux élus de sa liste de contacts. Si l’un de ces amis a de son côté avoué un intérêt réciproque, les deux utilisateurs sont alors informés par Facebook de leur attraction l’un pour l’autre. En 2019, le crush a presque rendu le premier pas obsolète. Les introvertis maladifs paralysés à l’idée de verbaliser leur intérêt devant l’autre trouveront là un outil magique, certes, mais c’est oublier un peu vite que la naissance de l’amour et du désir est un peu plus compliqué qu’une opération de type 1+1. 

Parfois, peut-être même la plupart du temps, les couples se créent sur un banal hasard, un malentendu, une phrase affligeante, une rencontre non planifiée, une animosité, une crainte, un changement d’avis, une incompatibilité qui se révèle finalement complémentaire… L’attirance réciproque est faite de bien peu d’arithmétique. Autrement dit tout l’inverse du crush, dont l’idéologie prétend que deux atomes qui se rapprochent sont forcément crochus de la même manière et se complètent comme une équation de chimie. 

Cartomancie moderne

Dans le registre «ils étaient faits l’un pour l’autre mais il a fallu qu’on les en informe», sorte de mantra du crush, on mentionnera encore la récente appli Mei, dont la vocation, elle, est de vous signaler si l’un de vos correspondants est attiré par vous. Son arme imparable? Un algorithme sophistiqué qui analyse les messages qu’on a pu vous envoyer. Au cas où votre interlocuteur n’aura pas été explicite et qu’il demeure également très vague entre les lignes, le logiciel employé par Mei scanne SMS et autres missives WhatsApp afin de statuer sur le degré de «romantisme» qu’il vous porte, à la façon d'une diseuse de bonne aventure 2.0.

Selon le fondateur du service, un Américain nommé Es Lee, Mei permettrait de débusquer les prétendants, d’éviter tout malentendu ou de s’assurer des intentions de l’autre. Vous êtes persuadés que vous ne nourrissez aucun sentiment pour telle personne? Un programme informatique va peut-être vous prouver le contraire par A+B (ou plutôt une montagne de formules mathématiques) et prouver qu’il y a bien crush. Après tout, si c’est un robot qui le dit, c’est que ça doit être vrai?


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