X

Recherches fréquentes

Blog | Profile ton réseau

Après Facebook et Twitter, c'est quitter Instagram qui est devenu tendance

28 novembre 2019


On pensait Instagram intouchable, au zénith de la popularité, le roi de la jungle des réseaux sociaux. Mais de plus en plus de people se mettent à déserter la plateforme lancée en 2010. Il y a quelques jours, la célèbre influenceuse Marie Lopez, alias EnjoyPhoenix, annonçait ainsi qu’elle prenait ses distances avec Insta, alors même qu’elle comptabilise le chiffre enviable de 4 millions d’abonnés. Le rappeur Nekfeu a, lui, carrément désactivé son compte le 24 novembre, au grand désarroi de tous ses fans. 

Cet été, c’est l’acteur américain Channing Tatum, pourtant suivi par 17 millions de personnes, qui opérait son retrait du réseau social. Au cœur des motivations des intéressés, on retrouve presque à chaque fois le même grief: la superficialité d’Instagram, ses codes aliénants, ses dédales de scroll infini qui ne mènent qu’aux mêmes paysages, aux mêmes corps, aux mêmes idéaux. 

Le vertige du clonage

«Je déserte Instagram parce que quand j’y viens, je vois bien que seul le contenu hype du moment cartonne, et que si tu ne rentres pas dans les clous, bah tu sombres dans l’oubli, écrit notamment EnjoyPhoenix dans un post récent. N’enviez pas la vie de ceux que vous suivez sur les réseaux. Un sourire, une tenue, un make-up de ouf, une vie de luxe, des voyages de rêve, tout ça, ce n’est pas une réalité du quotidien.» 

Une injonction à fabriquer du rêve en barre quotidiennement qui a également fini par lasser l’interprète testostéroné de Magic Mike: «Pour être honnête, je ne me sens pas vraiment, ou du moins je ne me suis pas senti, créatif sur les réseaux ces derniers mois (…) Je vais prendre l'air et rester dans le monde réel pendant un moment, et loin de mon téléphone.» Absent d’Instagram depuis juillet dernier, le chanteur et compositeur Benjamin Biolay a dénoncé le «narcissisme» régnant sur l’application star. 

Célébrités en mode adieu

Si cette tendance à fuir Instagram est plutôt nouvelle, les revendications avancées rappellent toutefois des discours entendu depuis des lustres autour de Facebook. Dès le début des années 2010, on voyait fleurir nombre d’articles de blogs ou de publications informant de la déconnexion de leurs auteurs, moult arguments psycho-philosophiques à l’appui. Auteurs qu’on voyait ensuite souvent affluer sur les nouveaux réseaux sociaux plus à la mode comme Instagram ou Snapchat. 

Depuis le milieu de la décennie, on assiste aussi à un feu d’artifice de sorties de Twitter, au motif que la plateforme est devenu un temple incontrôlable de la haine gratuite et de la justice expéditive. Millie Bobbie Brown de Stranger Things, Elon Musk de Tesla, le médecin présentateur télé Michel Cymes, Karine Le Marchand muse de l’Amour est dans le pré, les chanteuses Demi Lovato et Diam’s, l’animatrice Karine Ferri, le réalisateur prodige Xavier Dolan… Tous ont, au cours de ces dernières années, claqué la porte de Twitter pour fuir le climat d’agressivité souvent reproché à la plateforme, non sans marquer leur départ d’un message expliquant leur geste.

Partir pour mieux être vu

D’ailleurs, c’est cela qui interpelle: quasi personne ne disparaît d’un réseau social dans le silence complet, sans alerter ses followers de son ressenti, sans pointer du doigt un environnement numérique qui serait en contradiction avec ses qualités d’âme profondes, sans laisser une épitaphe mystérieuse qui génère un attroupement massif de fans attendant la suite de l’histoire. Car décider de se taire sur une plateforme est souvent, paradoxalement, un acte de communication en soi. 

Outre le souci de politesse, c'est une manière de se repositionner favorablement en se démarquant du troupeau et de réaffirmer ses valeurs auprès de ses admirateurs. Trop intègre pour jouer un rôle. Trop admirable pour récolter tant de messages haineux. Trop occupé à de hautes tâches pour perdre son temps en ligne. Trop singulier pour se fondre dans la masse. Envoyer valser les réseaux sociaux est en fait un manifeste narcissique, avec, inconsciemment sans doute, de vagues relents élitistes: si je pars d’Instagram ou de Twitter, c’est finalement parce que je le peux, parce que j’ai le luxe de choisir où apparaître. 

Alors que les réseaux sociaux font désormais partie intégrante du fonctionnement économique et médiatique, et que des millions de gens rament pour y faire remarquer leur présence, les quitteurs affirment ainsi qu’ils sont des électrons libres suffisamment autonomes pour survoler tout ça. Discours qui, cependant, s’avère parfois plus théorique que réaliste. Parmi les people ayant avec fracas divorcé d’avec les grandes plateformes, plusieurs ont fini par revenir, conscient que, certes truffés de défauts, les réseaux sont incontournables. 

Jeu de cache-cache

Certains en ont même fait une pratique récurrente, quittant les applications et y retournant régulièrement comme  autant de ressorts dramatiques insérant des rebondissements à suspense dans leur narration médiatique. Kendall Jenner et Justin Bieber, par exemple, ont joué à ce yoyo online depuis 2016, faisant croire à de multiples reprises qu’ils désertaient les réseaux sociaux avant d’y revenir une fois la tension devenue insupportable – mais pas trop longtemps non plus pour ne pas perdre l’attention des spectateurs. 

Si l’on ne peut évidemment reprocher à quelqu’un de ne plus se sentir à l’aise sur ces plateformes, peut-être devrait-on également conseiller de s’interroger sur les origines de ce désamour. Car au fond, Facebook, Instagram et Twitter ne font qu’amplifier de façon exponentielle une mécanique sociale tout à fait classique, où l’individu se met en scène, cherche sa place et du sens, mais est aussi confronté aux animosités, aux critiques, exposé à la subjectivité de ses pairs. C'est douloureux mais inévitable.

La question de l'héritage

Ainsi, au lieu de fuir et de se réfugier dans un safe space en forme de bulle privative qui serait davantage la réalité (mais où les remarques désagréables d’autrui ne s’effacent pas pour autant), le véritable acte de transgression pourrait plutôt être de rester en s'interrogeant sur ce que l'on a vraiment à dire, et en réclamant une meilleure modération des insultes, messages de harceleurs et autres interventions non constructives. 

Mais voilà. Les psychanalystes vous diront peut-être que le moteur intime d'un départ des réseaux sociaux, c'est surtout expérimenter, simuler une sorte de petite mort, pour mieux évaluer l'impact de son existence. Comment les autres réagiront si je disparais? Les ai-je marqués? Que retiendront-ils de moi et de mon œuvre? Est-ce que je leur manquerai? Décidément, pas si superficiels et futiles, ces Twitter et Instagram.


Et quelques liens


Channing Tatum quitte Instagram, Twitter, et ses millions d'abonnés: voici la raison

Instagram: le post de enjoyphoenix

Kendall Jenner a quitté Instagram «accro», elle reviendra !

Elon Musk quitte Twitter, à la grande surprise de tous

 

Retour au blog