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Etats et réseaux sociaux, une idylle paradoxale

06 juin 2019


Voilà déjà plusieurs années qu’Etats-Unis et pays européens tirent à boulets rouges sur les réseaux sociaux, et notamment sur Facebook. Washington, Bruxelles, Berlin ou encore Londres ont même encore récemment haussé le ton. Débutant parfois des croisades contre ces plateformes, interpelées régulièrement pour leur gestion jugée trouble des données personnelles ou pour leur pouvoir d’influence devenu colossal. 

Après les secousses du scandale Cambridge Analytica en 2018, l’Allemagne, en colère, avait ainsi sommé Facebook de restreindre immédiatement ses appétits en matière de collecte de data privé. Au début de l’année, les autorités britanniques avaient même, de leur côté, qualifié le réseau social de «gangster numérique» à cause de son efficacité redoutable à s’approprier les informations des internautes. 

Des citoyens mis à nu... mais qu'on observe

Sans oublier la convocation intimidante de Mark Zuckerberg devant les parlementaires américains en avril 2018, qui avaient préparé plusieurs torpilles pour tenter de déstabiliser un empereur du web perçu comme trop conquérant. En Russie, il y a encore quelques années, la plateforme VKontakte générait les mêmes regards courroucés du Kremlin, qui reprochait au premier réseau social de la fédération et des ex pays de l’URSS une indépendance excessive.

Mais si les puissants de l’Ancien et du Nouveau monde ont désormais la critique facile envers Twitter, Facebook ou Google, semblant se ranger dans le camp d’un utilisateur qui serait spolié par les moghols 2.0, ils oublient un peu vite qu’ils se nourrissent aussi largement de cet écosystème numérique tant décrié. Pour les Etats, les réseaux sociaux constituent une mine d’or en matière de renseignement pour la sécurité, de profilage des individus, de prédiction criminologique… Oui, ces mêmes données personnelles que les autorités mondiales fulminent de voir déposées entre les mains des géants d’Internet, mais qu’elles convoitent tout autant, certes pas pour des raisons similaires. 

Contrôler les données, l'un des piliers du pouvoir moderne

Et plus les internautes tartinent sur ces plateformes, plus les pays peuvent en tirer des informations exploitables et analysables. Ces derniers ont donc tout intérêt à ce que les réseaux sociaux soient de véritables réceptacles à big data, qui en certaines occasions contiendra des projets terroristes en gestation, des discussions d’éléments radicalisés, des échanges entre individus potentiellement perturbateurs de l’ordre public, intéressants à repérer puis pister.

En 2013, le journal britannique The Guardian révélait que les services de renseignement des Etats-Unis avaient accès aux serveurs de neuf géants des nouvelles technologies, parmi lesquels Microsoft, Google et Facebook, et qu’il en était probablement de même avec Apple, YouTube et Skype. D’un rivage à l’autre de l’Atlantique, depuis des années, les autorités ont pris l’habitude de scruter et si besoin d’infiltrer les réseaux sociaux lors d’enquêtes. Un outil irremplaçable aujourd'hui.

On court-circuite les plateformes 

La Russie est allée encore plus loin en remplaçant dès 2014, via un rachat d’actions entre sociétés, le fondateur historique et propriétaire majoritaire de VKontakte Pavel Durov par un nouveau PDG plus proche du gouvernement. Il y a quelques jours, le pouvoir russe a en outre annoncé que Tinder allait devoir être en mesure de partager ses données avec les services de sécurité du pays, lorsque ceux-ci en feront la demande. 

Autre solution, assez nouvelle: obliger les internautes eux-mêmes à livrer leurs informations et données en ligne aux autorités. Depuis ce mois de juin, les ressortissants de certains pays ont en effet l'obligation, pour toute demande de visa électronique américain, de renseigner les réseaux sociaux sur lesquels ils ont été actifs ces dernières années, et de préciser les identifiants utilisés. Autant dire que les réseaux et autres grandes plateformes du web, loin d’être les épouvantails des Etats, sont devenus malgré eux parmi leurs meilleurs associés.


Et quelques liens


L'Allemagne met un frein à la collecte de données de Facebook

Facebook qualifié de «gangster numérique»

En Russie, Tinder va devoir partager les données de ses utilisateurs

Demande de visa aux USA: les visiteurs devront bientôt fournir leurs réseaux sociaux pour "garantir la sécurité intérieure"

This article is more than 5 years old Founder of Vkontakte leaves after dispute with Kremlin-linked owners 

La NSA a un accès direct aux serveurs de Facebook et Google

 

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