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L'âge d'or du stalking touche à sa fin… à moins qu'il ne fasse que commencer

18 octobre 2019


Reconnaissons-le d’emblée, Facebook, Instagram, Twitter ou encore Google constituent le meilleur gadget pour espions en herbe de toute l’histoire de l’humanité. Mais cet Himalaya du stalking domestique est peut-être en train de s’affaisser au fil des années. Après l’ère décomplexée mais naïve du «Louise a mangé un cookie et toute la planète le sait», puis l’ère plus dubitative du «Seuls les amis de Louise savent qu’elle a mangé un cookie», puis encore l’ère plus lucide du «Louise a mangé un cookie mais comme tout le monde s’en cogne elle va plutôt poster un selfie retouché», l’époque est davantage à une sorte transparence ré-opacifiée. 

Parmi les symptômes de ce phénomène, on pourra notamment citer la tendance à «professionnaliser» ses réactions online et aussi ses posts, à grands coups de logiciels de traitement d’image, d’appareils photo haut-de-gamme, de mise en scène ultra-réfléchie, qui laisse bien peu de place à la spontanéité de l’intime, celle justement qui recelait le plus d’informations intéressantes pour le stalkeur. A cela s’ajoute un pas en arrière concédé par certaines plateformes ayant poussé le curseur du voyeurisme un peu trop loin. Instagram a ainsi récemment décidé de supprimer l’option «abonnés», qui permettait aux utilisateurs de pister minutieusement tout ce que leurs contacts likaient ou commentaient. 

Des Frankenstein du stalking

Souvenez-vous, dans le passé, Facebook avait instauré la même fonctionnalité, via une colonne située à droite de la newsfeed (donnant aux adeptes du réseau social la possibilité de suivre le live de toutes les activités de leurs amis), avant de la supprimer, prise sous le feu des critiques. Facebook, encore lui, a également fait marche arrière en juin dernier avec son Graph Search, un outil de croisement des données personnelles des utilisateurs, très controversé dès son lancement, qui donnait le pouvoir de rechercher des personnes via des paramètres sémantiques précis. 

Il suffisait par exemple d’écrire «Publications aimées par les femmes célibataires qui s’appellent Louise, qui vivent à Genève et qui aiment les cookies» dans la barre de recherche pour obtenir une liste des posts et des photos concernés. Avec ses deux milliards d’utilisateurs en stock et la masse gigantesque d’informations allant avec, la plateforme avait véritablement enfanté le monstre ultime de l’espionnage 2.0, intrusif et glaçant à souhait. Uniquement opérationnel sur le Facebook en langue anglaise US, car considéré comme trop dangereux par de nombreux pays, le Graph Search n’aura donc pas survécu à sa sulfureuse réputation: ce qu’il en reste désormais permet juste de scanner son propre profil, pas celui des autres. 

A l’est, cette fois, c’est l’application FindFace qui a fait les frais de cette revalorisation de la sphère privée. Inauguré en 2016, doté d’un logiciel de reconnaissance faciale parmi les plus perfectionnés du moment, cet outil unique au monde pouvait retrouver une personne sur VKontakte, l’équivalent russe de Facebook, à partir d’une simple photo de son visage. Très polémique en Russie, où des personnes aux métiers un peu touchy (militaires, acteurs porno, escorts…) ont vu leur profil privé et donc leur vrai nom être identifié par tous les vilains curieux d’Internet, FindFace a finalement dû désactiver son algorithme infernal fin 2018 pour le grand public. 

Un psychopathe savant à vos trousses

Reste que même dépourvus de logiciels de pointe, certains utilisateurs un tantinet acharnés parviennent encore parfois à faire d’improbables (et terrifiantes) prouesses en matière de stalking. A l’instar de ce Japonais de 26 ans, récemment arrêté après avoir agressé une influenceuse sur laquelle il fantasmait. Hibiki Sato, un habitant de Tokyo, n’a en effet pas eu besoin d’algorithmes de haut vol pour retrouver sa victime. Lors de son audition par la police, il a expliqué avoir agrandi tous les selfies de la jeune femme pour scruter chaque détail des reflets dans ses yeux. 

L’une des photos lui a notamment permis d’identifier une station de train régulièrement fréquentée par la pop star. Le geek maniaque a en outre étudié, avec des méthodes dignes d'un policier scientifique, l’orientation du soleil dans l’appartement de la jeune femme, en fonction des heures de publications des photos, ce qui lui a permis de déterminer l’orientation de son immeuble. Le reste des indices collectés ayant ensuite conduit à découvrir l’adresse précise de l’influenceuse, qui, comme n’importe qui, ne se serait pas douté une seconde qu’il serait possible d’être retrouvé avec d’inoffensifs selfies…


Et quelques liens


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