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La nouvelle monnaie lancée par Facebook affole le monde économique

26 juin 2019


Le réseau social de Mark Zuckerberg s’était planté avec sa première monnaie virtuelle, qu’il a enterrée en 2012. Les «crédits» Facebook, leur nom à l’époque, étaient en avance sur leur temps. Peut-être un peu trop: manque de confiance des utilisateurs envers cet étrange argent sans pièce ni billets, de surcroît proposé par une plateforme servant principalement à narrer ses vacances et ses fins de soirées, taux de change très fluctuant pour les devises autres que le dollar… Mais l’écosystème et l’utilisation des réseaux sociaux ont depuis pas mal changé.

L’envolée spectaculaire du bitcoin, fin 2017, a en outre dû redonner des idées du côté du siège de Menlo Park. Voilà donc que Facebook lance une nouvelle cryptomonnaie, cette fois baptisée «libra». Le boss du géant bleu a sans doute profité de l’expertise de David Marcus, un entrepreneur français ayant passé son enfance en Suisse avant de rallier la Silicon Valley, et qu’il a embauché dès 2015. Ce grand spécialiste des paiements virtuels a notamment développé plusieurs systèmes aujourd’hui au cœur de plateformes célèbres, parmi lesquelles PayPal.

De l'argent de plus en plus virtuel

Une collaboration fructueuse pour tenter de concrétiser à nouveau l’un des mantras de Zuckerberg: «Envoyer de l'argent devrait être aussi simple que d'envoyer une photo». Phrase innocemment lancée ce printemps lors d’une conférence officielle, et qui prend subitement tout son sens. La libra, qui devrait permettre d’effectuer des transactions partout, même à l’international, et d’acheter sans avoir à sortir de Facebook, va entrer dans une période de test cette année, avant d’être généralisée courant 2020. Si le projet s’avère risqué (les investisseurs ont sûrement l’œil sur la chose pour évaluer la crédibilité future de la société), il semble plus en phase avec l’époque. 

En effet, sept ans après le chant du cygne du crédit Facebook, les comportements en ligne ont évolué. De plus en plus de personnes utilisent des plateformes distinctes de celles des banques pour payer ou recevoir de l’argent: il y avait certes déjà Paypal, il y a désormais Payoneer, WeChat ou encore Twint. Le petit problème pratique étant que les internautes, qui passent des heures quotidiennement sur leurs deux ou trois réseaux sociaux préférés, sont obligés de basculer sur d’autres plateformes pour leurs paiements. Une perte de temps que la libra pourrait faire disparaître. 

Plusieurs gouvernements font le gros dos

La maturité du projet semble telle que le monde économique est en émoi depuis l’annonce de Facebook. Et pour cause: cette fois, le réseau social a vu grand. Il a embarqué dans sa course des acteurs mondiaux du paiement online, à l'instar de MasterCard, Visa, Uber, Spotify ou Booking.com… Autant dire des partenaires plutôt sérieux. De nombreux experts prophétisent déjà un avenir radieux pour la libra, qui pourrait vite s’imposer comme une devise refuge. Son taux étant adossé à une grappe de monnaies planétaires influentes et stables (dollar, euro, livre sterling notamment), ses fluctuations devraient en effet s’avérer mineures et décourager les spéculations nocives, contrairement au très volatile bitcoin. 

Mais l’horizon est probablement moins enthousiasmant pour les banques centrales autour du globe, qui voient dans la libra un outsider turbulent capable de perturber le marché des devises, voire de faire vaciller l’économie des Etats en menaçant la souveraineté de leurs monnaies respectives. S’exprimant dans un récent podcast du magazine Capital, le spécialiste des blockchains Alexandre Stachtchenko prédit ainsi que Facebook ne va pas «concurrencer les États, mais plutôt organiser la concurrence entre eux. Projetons-nous dans 10 ans quand la libra sera utilisée par 1,5 milliard de personnes, soit plus que le yuan et plein d’autres monnaies. Il y aura une masse monétaire monstrueuse et le rapport de force sera totalement inversé.» 

Rapport de force inédit

Exemple de ce que à quoi pourrait conduire cet empowerment de Facebook partant frapper monnaie? «En cas de conflit avec la Banque Centrale Européenne, la libra pourra réduire la part de l’euro dans son panier de devises au profit d’autres monnaies, relève l'expert. Cela fera chuter le cours de l’euro, du CAC 40, et aura des conséquences sur la zone euro, comme lorsqu’un fonds de pension fait pression sur des États, mais en version XXL. On se retrouvera sur un marché où le dollar ne sera plus l’étalon (ce que l’on peut regretter ou pas), remplacé par la libra, en dépit de sa fonction de panier de devises.» 

Evidemment, avant d’en arriver à de tels scénarios, il faut d’abord que Facebook transforme l’essai. Et plusieurs pays entendent d’ores et déjà lui compliquer le démarrage en souhaitant que des régulations soient rapidement imposées avant toute perte de contrôle. D'autres ténors de l'univers 2.0 pourraient aussi prochainement se lancer dans la bataille, dont la messagerie russe Telegram, qui serait en train de préparer une cryptomonnaie maison. En attendant, l’annonce de la naissance de la libra a dopé la santé des devises virtuelles, certaines ayant vu leur valeur soudainement bondir. Les vents semblent déjà plutôt favorables pour les appétits de Mark.


Et quelques liens


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