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Le «Dark Tourism» en vogue chez les instagrammeurs 

02 juillet 2019


Où partez-vous en vacances cette année? Sur une plage dorée par le soleil? Dans un chalet serti par les montagnes? Au cœur d’une métropole palpitante et photogénique? Bref, sans doute un peu comme tout le monde. Ou presque. Car pour une frange de plus en plus importante de touristes, les destinations se choisissent en fonction de leur degré de glauquitude, de sinistrose ou encore de désolation. 

Ces pèlerins de tous les recoins sordides du globe, ce sont les adeptes du «dark tourism», ou thanatourisme, une approche du voyage qui consiste à aller flirter avec la mort et s’imprégner de la charge émotionnelle négative d’un lieu. Si cette pratique existe depuis plusieurs siècles (visite clandestine de catacombes ou de tombeaux, quête nocturne de spectres dans un bâtiment hanté…) elle est aujourd’hui amplifiée par les réseaux sociaux, et notamment Instagram, où des millions d’utilisateurs se font chaque jour concurrence pour documenter les voyages les plus extraordinaires. 

Un pic de radioactivité

Elle est ainsi en train de devenir une véritable mode, comme en témoigne le documentaire Dark Tourist, sorti en 2018 sur Netflix, qui réalisait un panorama des activités border line en vogue chez les globe-trotteurs. Un engouement pour le morbide générateur de posts aussi sensationnels qu’esthétisés à coup de filtres tendances, au point de parfois donner la nausée. Dérive vers un tourisme Disneyland à Auschwitz, visites d’anciennes prisons qui furent le théâtre de meurtres de masse, poses sexy d’influenceuses au village d’Oradour-sur-Glane, sorte de Pompéi figée par la barbarie nazie… 

On se frotte aux horreurs de l’Histoire comme on se prélasse dans un hamac face lagon ou une baignoire de palace en marbre clinquant. La cerise sur ce gâteau assez indigeste est arrivée il y a quelques semaines, avec le retentissant succès de la série Chernobyl, diffusée sur Amazon. Cette auscultation glaçante et magistrale du drame d’avril 1986 a malheureusement contribué, bien malgré elle, à rendre soudain romantiques les lieux de la pire catastrophe nucléaire de tous les temps. 

Du grand frisson à la petite participation

De nombreux influenceurs se sont en effet précipités en Ukraine, afin de se rendre sur la zone ultra contaminée de Pripyat, une ville fantôme abandonnée en quelques jours après l’explosion de la centrale toute proche. Jusqu’ici réservé à quelques voyageurs en mal de sensations fortes, le site est devenu le nouveau spot mondial de ce dark tourism à la cool, alors même que le taux de radiation y demeure à des niveaux effrayants. Cette attirance pour des lieux gorgés de souffrance humaine peut cependant, étonnement, finir par créer du positif. 

Depuis que le Kawah Ijen, sur l’île indonésienne de Java, est devenu le volcan le plus instagrammé du monde, les forçats du soufre qui y travaillent des heures durant dans une atmosphère saturée de gaz irritants ont parfois pu améliorer leurs difficiles conditions de vie. Certains des ouvriers, transportant jusqu’à 100 kilos de cristaux sur le dos à chaque descente du cratère, se sont reconvertis en guides ou en vendeur de souvenir, multipliant leurs revenus par dix. Entre voyeurisme malsain, shoot métaphysique mais aussi création de ressource économique locale, le thanatourisme doit être considéré avec au moins cinquante nuances de dark. 


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