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Les réseaux sociaux peuvent-ils survivre sans le «like»?

15 mai 2019

S’il y a un verbe, un seul, indissociable du phénomène des réseaux sociaux, c’est bien celui-ci: aimer. Dès les origines, le «like», le «j’aime» dans sa version francophone, a été au cœur du vécu émotionnel de l’utilisateur sur les grandes plateformes que sont Facebook, Twitter, YouTube ou encore Instagram. Certes, on pourrait accorder tout autant d’importance aux autres infinitifs fondamentaux du réseautage online, publier, partager, suivre, accepter, mais aimer (ou pas) demeure l’action phare, capable de construire des empires 2.0, ou bien de faire ressentir la solitude vertigineuse de celui qui ne recueille quasi aucun like alors que des milliards de gens sont connectés en face de lui. Le «j’aime», c’est le curseur ontologique des réseaux sociaux, il nous happe dans l’infini des possibles ou nous piège dans notre finitude. 
Plus prosaïquement, en-dehors de l’expérience philosophique, presque métaphysique qu’il procure, le like est aussi ce clic dont dépendent le bonheur des gens. Toutes les études sur le sujet ont prouvé qu’être sur les réseaux sans récolter de pouces levés entretenait un sentiment d’insatisfaction, tandis que brasser les likes par dizaines de milliers, loin d’être la panacée, génère à la fois joie et anxiété chez ceux qui les reçoivent. Une impression jouissive d’être validé par la planète entière, mais ternie par une peur permanente: la monde va-t-il me trouver si parfait au prochain post? 
Le like est censé distribuer du cool en barre sur Facebook, Twitter et autres, mais les utilisateurs en ont surtout fait leur came. Pire: il s’est imposé comme l’une des monnaies universelles d’Internet. Le follower et le like, des devises qui sont le sine qua non des fortunes se construisant à coups de publications. N’importe quel quidam parvenant à en collectionner des centaines de milliers se voit promettre pouvoir, désirabilité et richesse. Un écosystème qui a fini par prendre les airs d’un combat de gladiateurs perpétuel, où la valeur d’un individu se mesure à la foule des pouces levés. 

Des regrets sur l'intérêt du concept

Conscients des dérives éthiques et économiques permises par le «j’aime», plusieurs responsables de réseaux sociaux pensent avoir trouvé la solution: le supprimer. Chez Instagram, des tests en internes sont en train de dessiner une version de la plateforme où le nombre de likes serait dissimulé, seulement accessible à l’utilisateur qui a partagé le post. Révolutionnaire. Si les responsables du réseau social n’ont pas confirmé qu’ils voulaient véritablement faire évoluer Instagram et ses 400 millions d’adeptes dans cette direction, l’existence d’un tel projet en dit long. Même du côté de Twitter, l’état d’esprit semble similaire. Dans une interview accordée au mois d’avril, le PDG de la plateforme de micro-blogging, Jack Dorsey, laissait entendre qu’il ne ferait pas l’erreur de mettre «autant en avant» le compteur des likes et des followers s’il devait recommencer Twitter à zéro. 
Reste que bannir, ou du moins cacher le nombre de «j’aime» et d’«amis», relèverait d’une opération à très haut risque. Le fonctionnement économique des réseaux repose sur ces fondations digitales. Enlevez tous ces chiffres, et l’utilisateur, la marque, l’influenceur, se retrouvent soudain comme propulsés dans l’espace, privés de repère, de référentiel, de notion de direction, d’attraction, de haut et de bas. Le besoin de socialiser étant prépondérant chez l’humain, les plateformes ne s’effondreraient pas sur elles-mêmes, mais esquisseraient sans doute un paysage nouveau. Mais ce dernier ferait-il assez rêver pour donner envie de l’explorer?

Quelques liens 


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