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Oubliez les avions et les voitures, c'est Instagram qui va détruire la planète

02 mai 2019

 

Depuis que l’on sait que, chez les Millennials, le premier critère pour choisir une destination est qu’elle soit instagrammable, on sait que le monde se divise désormais en deux parties. Celle qui va demeurer à peu près aussi inconnue et intacte que la face cachée de la lune. Et celle qui va périr piétinée, foulée, escaladée, décimée, graffitée, asphyxiée, exterminée, usée, étouffée ou encore ruinée par les millions de touristes. La deuxième étant sans aucun doute la partie la plus grande. On exagère façon science-fiction? Peut-être pas tant que ça. 

Car au-delà de la démocratisation du tourisme qui s’est opérée depuis une dizaine d’années, on assiste surtout à une instagrammisation du geste touristique. Une manière de voyager consistant à écumer les mêmes sites que tous les autres voyageurs, à en tirer quasi les mêmes images, à les esthétiser, puis à les poster sur les réseaux sociaux, histoire de prouver que Robert ou Gisèle sont eux aussi passés sur ce promontoire photogénique où 800 000 personnes se sont tenues durant l’année écoulée histoire de capturer le même cliché panoramique. 

De l'authentique en série

Le phénomène a pour conséquence la plus visible d’uniformiser les fils Instagram (mêmes cadrages des mêmes lieux, mêmes poses, mêmes activités, mêmes émotions…) en accumulant parfois par millions des photos identiques pourtant toutes prises par des utilisateurs différents. C’est certes un peu ridicule, mais jusqu’ici, pas de quoi crier au désastre planétaire. Le vrai problème, ce sont les coulisses de ces images fabriquées à la chaîne, souvent dans des lieux remarquables, fragiles, paisibles. 

La recherche du cliché à 10 000 likes conduit les individus à déranger voire à mettre en danger l’environnement dont ils prétendent immortaliser la singularité (quoiqu’une singularité, polycopiée et diffusée à échelle industrielle, n’en est plus tellement une). Un exercice de pop art frénétique qui donnerait le vertige à Andy Warhol lui-même, et qui a son coût écologique et économique. On ne compte ainsi plus les sites irrémédiablement abîmés et/ou pollués à cause d’une fréquentation trop débridée, ou souffrant toujours plus de ce Niagara ininterrompu de touristes. 

Graver son nom pour exister

Des lagons noyés dans les déchets à Bali, des vestiges mis à rude épreuve au Machu Picchu, des coraux ravagés au Mexique… Jusqu’à ces typiques et spectaculaires marchés aux fleurs d’Amsterdam, dont les vendeurs perdent de plus en plus de potentiels clients tant la foule des instagrammeurs présents dans la zone fait barrage pour capter des images colorées à publier. La dimension particulièrement narcissique de ce tourisme, qui est aussi égotique que de masse, fait d’ailleurs ressurgir des comportements endémiques au tourisme bourgeois tel qu’on le pratiquait au 19e et au début du 20e siècle. 

Autrement dit un tourisme qui se conçoit comme la rencontre romantique d’une âme et d’une histoire. Il y a cent ans, il était par exemple commun de signer son passage en gravant son nom sur les murs d’un monument. Ou les parois d’une grotte, si possible juste à côté d’une superbe peinture pariétale. Ou de partir avec un morceau de ruine (oui, la notion de préservation du patrimoine était toute relative). Des comportements qu’on observe à nouveau aujourd’hui en grande quantité. 

Réflexes de survie

Le voyage à l’ère d’Instagram a déséduqué et désinhibé les voyageurs, l’ivresse de leur quête existentielle leur faisant un peu trop croire que les merveilles de la nature et du passé sont au service de leur personne. Face à ce raz-de-marée d’homo sapiens selfensis, les autorités de plusieurs régions ont déjà décidé d’agir. L’Islande réfléchit à des méthodes pour canaliser l’afflux de visiteurs qui, s'il est bénéfique financièrement, tend à métamorphoser des paysages vierges en Disneyland arctique. 

L’île de Komodo, en Indonésie, sera quant à elle fermée aux touristes pendant un an pour préserver sa faune du saccage. Et il se chuchote que le Vietnam envoie la plupart de ses touristes dans une zone spécifique de la baie d’Halong, plus ou moins sacrifiée pour la cause, afin de garder le reste du site et les plus précieux trésors à l’abri des cohues… Au fond, niveau fléau pour le globe, le pire ce n’est peut-être pas les avions, mais les gens qui volent dedans.  


Et quelques liens


Le critère n°1 des millenials pour leurs vacances: un lieu instagrammable

Les touristes vont-ils tuer le tourisme?

L’Islande : terre de feu, de glace et de touristes

L'île de Komodo fermée aux touristes dès 2020

 

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