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Quand la technologie des plateformes sociales se met au service de la libido masculine

18 juillet 2019


En 1972, dans l’une des nouvelles de ses Contes de la folie ordinaire, Charles Bukowski imaginait un robot sexuel féminin conçu avec une technologie de haute volée. Le narrateur y rencontre ainsi un inventeur de génie, aussi obscur que déjanté, qui venait de créer une sorte de femme androïde hyperréaliste entièrement vouée au plaisir des humains de chair et d’os. Au-delà de la dimension comique, voire absurde de son récit, l’écrivain américain décortique avec truculence cette tendance très masculine à la chosification dans la sphère sexuelle, qui va jusqu’à rendre désirable un(e) partenaire en mode mannequin qui serait entièrement soumis(e) aux envies de monsieur. 

Le fantasme de prendre contrôle de l’autre afin de le mettre à son service exclusif s’illustre ainsi dans cette réduction à l’état de robot, de pantin, si possible perfectionné, pour que le désir agisse comme devant un corps vivant. Sujet typiquement littéraire? Pas vraiment. Tout récemment, le développement de technologies numériques de pointe, associées aux plateformes sociales, a vu émerger des créations du même type que la Frankenstein lascive de Bukowski. Le site de contenus pornographique xHamster a notamment fait parler de lui fin juin en concoctant la femme parfaite… en modélisation 3D. 

Une égérie fantoche

Les utilisateurs avaient été invités à décrire précisément la plastique, la personnalité et les goûts de la partenaire sexuelle idéale à leurs yeux. Le résultat a ensuite été synthétisé en une seule représentation numérique. Afin de renforcer son aspect très réaliste, l’amante virtuelle a même un compte Instagram dédié, comme s’il s’agissait d’une égérie en vogue. Sans surprise, Madame se prénomme Shy («timide» en anglais), laissant donc entendre qu’elle s’avère manipulable à souhait, comme l’était le robot sexuel bukowskien. Surtout, Shy est miraculeusement 200% compatible avec les fantasmes masculins les plus répandus sur la Toile.

En effet, elle est fine mais avec des formes, a des traits eurasiens, une bouche pulpeuse, aime se prélasser en bikini tout en passant sensuellement la main dans sa longue chevelure, s’épile intégralement et, aussi, est une antiféministe bisexuelle. Dernier point qui garantit, dans l’imaginaire érotique mâle, que miss monde virtuelle ne va pas faire une tentative de coup d’état conjugal, et qu’elle est assez ouverte d’esprit pour que son homme vive sa polygamie en trio. La démarche de xHamster, même venant d’une plateforme X dont la vocation n’est pas franchement de proposer une révolution intellectuelle majeure, a fini par être abondamment raillée sur le net pour son sexisme paléolithique. 

Dénuder n'importe quelle femme en un clic 

Mais elle n’est pas tout à fait seule dans ce cas. Un accueil similaire a été fait à l’application DeepNude, lancée le 23 juin. Le concept? Un algorithme complexe, dérivé de la technologie des deepfakes, ces faux ultraréalistes, parvient à «déshabiller» virtuellement toute femme figurant sur une photo. Et seulement une femme: les concepteurs n’ont pas jugé pertinent de rendre la chose applicable à une image masculine. C'est cette orientation utilisateur très «homme hétéro compatible», conjuguée à une navrante débauche technologique dans le seul but de voir des dames toutes nues et ainsi satisfaire les libidos les plus suspectes, qui a provoqué une marée de critiques en ligne. 

Les simulations permises par DeepNude étaient en outre tellement réalistes qu’elles risquaient de voir exploser les usages abusifs: propagation virale de fakes, sextorsion (exiger quelque chose sous la menace de divulguer une image nue de sa victime), atteinte à la réputation… Une offensive générale que les responsables de l’appli ont fini par prendre au sérieux, puisque six jours après l’inauguration de ce tout premier logiciel high tech voyeur, DeepNude était désactivé et définitivement retiré des boutiques en ligne. A l’ère 3.0, l’inventeur pornographe n’est donc plus seulement un personnage loufoque cantonné aux pages des Contes de la folie ordinaire.


Et quelques liens

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@shy.yume - Instagram

 

 

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