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«Parler», ce nouveau réseau social colonisé par l'extrême-droite

30 juillet 2020


A l’origine créée comme une alternative à Facebook et Twitter, cette application est devenue le repère des ultra-conservateurs et des complotistes de tout poil.

Parler? Depuis quelques jours, tout le monde en parle. Facile de comprendre pourquoi: le 25 juin dernier, cette application est devenue la plus téléchargée dans la catégorie «actualité» de l’Apple Store et de Google Play. Parler, à prononcer «parleur» avec l’accent, est en effet un réseau social américain, créé en 2018, mais qui ne commence à connaître la célébrité que depuis la fin du printemps. Selon le magazine Forbes, plus d’un million d’utilisateurs actifs disposent désormais d’un compte sur la plateforme.

Les raisons de cette soudaine popularité semblent évidentes. L’avènement récent de Parler coïncide avec la multiplication des censures menées par Twitter sur des propos d’utilisateurs VIP tels que Donald Trump et Jair Bolsonaro. Les deux présidents, très critiqués dans leur gestion de l’épidémie de coronavirus et grands adeptes des fake news, avaient ainsi vu certains de leurs tweets être effacés par le réseau social à l’oiseau bleu, au motif qu’ils véhiculaient des idées dangereuses ou fausses. 

Parallèlement, celui-ci supprimait des millions de comptes connectés à la mouvance QAnon, une idéologie complotiste paranoïaque violemment anti-démocrate et ayant Trump comme messie suprême. Cette vague de nettoyage est une première pour Twitter, qui voulait marquer par cette décision forte le début d’une nouvelle ère: la plateforme de microblogging ne sera plus le relais des discours manipulateurs, ultra-conservateurs voire fascistes, quitte à se mettre à dos certaines des personnalités les plus puissantes du globe.  

Réseau alternatif pour vérités alternatives

Voilà donc que s’ouvre un boulevard pour Parler. Car ce dernier se présente, dès sa page d’accueil, comme le dernier refuge de la liberté d’expression sur Internet, tout en précisant qu’une modération existe mais qu’elle s’opère uniquement «selon les critères de la Commission fédérale des communications américaines et de la Cour suprême, qui autorisent la libre expression sans violence». A minima, faut-il alors comprendre. Parler, c’est une sorte de Twitter en roue libre, une soi-disant alternative sans politiquement correct, et plus que vaguement modéré, soulignent plusieurs observateurs. 

Pas étonnant, dès lors, qu’il soit en train de s’affirmer comme le nouveau forum online des trumpistes aux Etats-Unis, nombreux à se plaindre du prétendu gauchisme régnant chez Twitter, Google ou Facebook. Un mème très partagé sur Parleur montre notamment Homer Simpson habillé d’un t-shirt à l’effigie de Twitter, avec un bâillon sur la bouche. Le message est clair: l’Américain moyen ne peut plus dire grand-chose avec des tweets. 

Sur les terres du clan Trump

Si le président ne possède pas encore de compte personnel sur Parler, ce n’est pas le cas de ses proches et de ses plus fidèles alliés: son fils Eric, sa belle-fille Lara, accompagnés d’une horde de politiciens acquis à sa cause, y postent régulièrement des contenus. Le réseau social est également devenu la coqueluche de l’extrême-droite européenne, séduite par ce nouvel espace où la liberté d’expression apparaît comme quasi sans limites et ne menace pas, pour l’instant, de pourchasser les propos borderline. 

Mais c’est bien là le problème. Une exploration de Parler donne vite le ton: les propos racistes et xénophobes décomplexés sont monnaie courante sur la plateforme. A côté de publications relayant des hashtags hostiles au mouvement BlackLivesMatter, d’autres sont clairement du registre de l’appel au meurtre sur certaines communautés. Vanté comme un espace singulier où tout le monde peut s’exprimer librement, Parler est avant tout un repère pour la frange la plus à droite du spectre des idées politiques, sans beaucoup de contradicteurs. 

Echanges en vase clos

Plutôt dommage pour un réseau social qui signifie littéralement «celui qui débat, qui mène des pourparlers», puisqu’ici, les utilisateurs semblent plus ou moins acquis à la même cause et ne prêchent que des convertis. Conscient de ce manque de diversité idéologique, le fondateur de Parler John Matze a proposé d’offrir 20 000 dollars à toute personnalité ouvertement de gauche et disposant d’un nombre conséquent d’abonnés sur les réseaux sociaux traditionnels, qui s’inscrirait sur la plateforme. 

Aucune prime n’a été versée pour le moment. Rien de très surprenant: lorsqu’une vision du monde est érigée en vérité divine par ceux qui l’expriment, quel peut bien être l’intérêt, pour eux et pour leurs adversaires, de vouloir ouvrir ne serait-ce qu'une amorce de discussion?


Et quelques liens


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