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#TradWife, le hashtag pro-femme au foyer qui cartonne sur internet

21 septembre 2020

 

Depuis plusieurs années déjà, les réseaux sociaux servent de porte-voix puissants pour promouvoir les droits des femmes. Ici, des milliers d'utilisateurs invitent à «libérer le téton» (#FreeTheNipple) et briser le tabou des seins nus. Là, ils proposent de «balancer son porc» et d'oser dire «moi aussi» (#MeToo) j'ai été victime d'agression sexuelle. Ils relaient aussi les appels à défendre le droit à l'IVG, à la liberté de choisir ses tenues, les campagnes pour mettre fin aux publicités sexistes... 

 

A constater ce tableau, on pourrait croire que les plateformes sociales diffusent non-stop des messages féministes. Simple illusion d'optique. Twitter ou Instagram abritent également toute une galaxie aux mœurs très conservatrices. Parmi les stars du moment dans le domaine, le mouvement #TradWife (femme traditionnelle), qui fait de plus en plus causer sur la Toile cette année. 

 

Casseroles et maquillage

Loin des incitations à l'empowerment féminin façon pop qui marquent le paysage numérique mainstream contemporain, ce hashtag propose un chemin très opposé: celui du tablier de cuisine, et devenir, ou plutôt redevenir, une vraie femme au foyer, statut qui serait, selon ses promoteurs, pas moins valorisant qu'un autre. L'influenceuse Britannique Alena Kate Pettitt est l'une des apôtres de ce mouvement surprenant, très ancré pour le moment sur les terres anglo-saxonnes, mais dont le succès est grandissant auprès des femmes connectées. 

 

La tradwife, ou «sahm» (Stay At Home Mother) ce n'est pas seulement une épouse et une mère à la maison, c'est surtout une épouse et une mère à la maison en mode années 50 début 60. Madame se fait belle, est aux petits soins pour Monsieur, mitonne de bons petits plats, lui cale les pantoufles pile sous les pieds lorsqu'il s'affale dans le canapé au retour du boulot et cultive un univers esthétique rétro. Pourquoi la glorification d'une telle référence a priori révolue? 

 

Avenir vintage

Aux yeux des défenseurs de la tradwife, le modèle pré-révolution sexuelle serait le plus désirable, tout bonnement parce que notre société moderne n'aurait pas réussi à concevoir un modèle désirable et cohérent de la femme au foyer. Métamorphosée en maîtresse de maison des trente glorieuses, la pas du tout desperate housewife trouverait ainsi son bonheur dans un bond en arrière d'un demi siècle. 

 

Pas très féministe tout ça? Faux, rétorque l'omniprésente Alena Kate Pettitt. Toute la nuance est dans la possibilité du choix entre plusieurs modèles, selon elle. Alors que les dames des sixties avaient peu d'alternatives sérieuses au fourneau H24, la tradwife de 2020 est une femme d'intérieur uniquement parce qu'elle l'a choisi en connaissance de cause. Le mouvement ne serait donc pas prosélyte et encouragerait juste les personnes séduites par ce modèle à l'embrasser sans ambages. 

 

En coulisses, la politique

Reste qu'il faut savoir prendre sur soi, voire, s'effacer devant le chef de famille. «Votre mari doit passer en premier», assure l'influenceuse britannique. C'est ce type de vision des choses qui interpelle. Car malheureusement, derrière le pacifique mais capiteux package tradwife 2.0, se cachent souvent des idéologies appartenant à la droite extrême. Des univers mentaux où, en réalité, la question du choix soi-disant féministe entre la femme qui travaille et celle qui est professionnelle de la popote est plus un fantasme qu'une réalité. 

 

Présentée comme une voie parmi d'autres, la tradwife est ici en réalité l'idéal de la femme telle que se la représentent les tenants de l’ultra conservatisme façon tea-party ou trumpisme: désirable, soumise au mâle et fière de l'être, sans alternative valable. Le hashtag draine d'ailleurs des milliers de comptes d'utilisateurs et surtout d'utilisatrices militants d'extrême-droite. Dès lors, la candidate à l'existence tradwife sait où elle met les pieds. 

 

 

Quelques liens:

 

thedarlingacademy

Tradwife Wiki

Why the rise of the domestic “Tradwife” tells us more about modern work culture than feminism

 

 

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