Applis sociales: l'amour vu par les geeks | Coopération
X

Recherches fréquentes

Blog | Profile ton réseau

Applis sociales: l'amour vu par les geeks

De Mark Zuckerberg à Rashied Amini, en passant par Black Mirror, la conception du couple vue à travers les yeux de certains génies 2.0 n'est pas toujours la plus pertinente. 

24 décembre 2020

Selon le film The Social Network, biopic de David Fincher sur Facebook, le réseau social serait en grande partie né des effusions hormonales d'un groupe d'étudiants très préoccupés par les filles. Après avoir plutôt mal digéré de s'être fait larguer par sa copine de l'époque, Mark Zuckerberg eut en effet eu l'idée d'un site intranet où les inscrits pourraient évaluer le physique et le caractère des étudiantes sur le campus. Cette sorte de vengeance un peu puérile envers la gent féminine donna progressivement naissance au réseau social le plus célèbre de tous les temps. 

L'épisode entretient malgré tout le mythe tenace selon lequel les geeks auraient du mal à établir un contact normal avec les femmes, maîtrisant plusieurs langages informatiques complexes mais n'arrivant pas à comprendre tout à fait le fonctionnement de cette autre moitié de l'humanité. On pense notamment à la série The Big Bang Theory, créée justement sur cette idée de génies scientifiques en décalage permanent avec tout ce qui porte deux chromosomes X. Certains des protagonistes pensent notamment pouvoir exploiter l'étendue de leur QI stratosphérique pour parvenir à mieux communiquer avec leurs voisines ou leurs petites amies, souvent avec un succès très relatif. 

 

Une boule de cristal en langage binaire

La relation amoureuse est-elle condamnée à apparaître comme un épais mystère pour les geeks, qui planent dans une autre dimension, ou ces derniers compliquent-ils les choses malgré eux, en voulant à tout prix y voir l'équivalent d'un problème mathématique à résoudre à l'aide d'outils intellectuels peu appropriés? On se fera peut-être un avis en méditant sur l'histoire de Mark Zuckerberg, mais également sur celle de Rashied Amini, que racontait récemment un article du magazine Wired. 

Pour ce brillant ingénieur travaillant pour le Jet Propulsion Lab, un centre de recherche de la Nasa, la vie semblait être un long fleuve tranquille, du moins jusqu'en 2014, lorsque sa compagne laisse entendre qu'elle envisage de le quitter. C'est alors que (vous remarquerez à quel point la rupture semble générer soudain chez les génies scientifiques un pic d'inventivité) cet Américain imagina une méthode rationnelle permettant, selon lui, d'évaluer la compatibilité d'un duo et ses chances de survie. Le cœur de sa problématique? Tenter de voir clair sur l'avenir en dépit des incertitudes. 

 

Einstein de la drague

Il faut dire que l'incertitude est au centre des projets professionnels de l'ingénieur, dont le travail à la Nasa est notamment de concevoir des technologies sophistiquées censées marcher dans des conditions extrêmes, même lorsque de nombreuses inconnues se dressent sur leur chemin. Une envolée à perdre haleine, un saut dans le vide, un retour sur terre périlleux, des risques d'explosion en vol... L'amour, pour lui, n'est finalement pas si différent d'une mission spatiale. Il déploie ainsi une série d'algorithmes dits prédictifs (inspirés notamment de modèles nés des recherches en économie et en psychologie) allant analyser les réponses à des questions très précises sur le couple et sur le partenaire. 

En fonction des résultats, cela permettrait de dire si se mettre ensemble ou continuer la relation en vaut vraiment le coup. Les plus observateurs objecteront que ce type d'approche est le meilleur moyen de favoriser les prophéties auto-réalisatrices. Probablement. Mais Rashied Amini a aussi instauré, sans le vouloir, un autre biais psychologique possible: ce que nous pensons de nous et de l'autre peut s'éloigner de la réalité selon notre propension à embellir ou noircir les choses que nous vivons. 

 

L'alchimie était trop complexe

Car contrairement à des données mathématiques ou physiques objectives obtenues via des calculs, des formules invariables, certaines informations d'une relation amoureuse peuvent être perçues différemment selon les points de vue. Non content de vouloir appliquer sa méthode à son propre couple battant de l'aile, l'ingénieur-Cupidon décida de pousser ses travaux plus loin et créa Nanaya, une appli de rencontre basée sur son algorithme de prédiction. Bien sûr, une question vous brûle certainement les lèvres: qu'est-ce que son modèle prédictif perfectionné lui conseilla pour lui et sa copine? Qu'ils étaient faits pour être ensemble. Un constat partagé par sa dulcinée. Pourtant, celle-ci décida quand même de partir. 

Les calculs savants d'Amini n'ont peut-être pas réussi à comprendre la différence entre «être compatible» et «désirer être ensemble». Un épisode de la série Black Mirror traite d'ailleurs de cette thématique précise, mais avec une issue inverse: alors qu'un logiciel futuriste voué à estimer la durée d'une histoire d'amour prédit seulement quelques mois d'idylle à un couple, ce dernier finit par se rebeller contre la machine et fuit pour éviter d'être séparé. Le sentiment amoureux, décidément, ne se laissera pas de sitôt capturer par le premier geek venu. 

 

Et quelques liens:

Douze ans après, Mark Zuckerberg va (enfin) être diplômé de Harvard

The Love Algorithm. Practical and ethical questions on machine learning applied to online dating

A Rocket Scientist’s Love Algorithm Adds Up During Covid-19

 

Retour au blog