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Ces légendes urbaines qui hantent Facebook depuis des années

03 juillet 2020


Des camionnettes blanches suspectes près de chez soi, une adolescente au destin tragique que personne pourtant ne connaît... Les mythes, parfois inoxydables, prospèrent sur les réseaux sociaux et semblent nouveaux à chaque fois.

En 2018, une étude montrait que les fake news se répandent six fois plus vite qu’une info vérifiée sur les réseaux sociaux. Cette propagation supersonique est favorisée par un terrain fertile, puisque ces plateformes titillent la fibre émotionnelle tout en faisant baisser la garde critique des utilisateurs, rassurés par le contexte convivial et divertissant de cet outil. Conséquence? Il est facile pour les légendes urbaines de coloniser durablement un réseau comme Facebook, quitte à s’y recycler régulièrement pour regagner en vigueur. 

C’est notamment le cas de la fameuse histoire de la camionnette blanche rôdant non loin d’une école. Le scénario de ce récit est souvent le même: un utilisateur partage une publication laissant entendre qu’un véhicule ayant ces caractéristiques a été aperçu en train de tourner de manière suspecte dans les parages d’un établissement scolaire. La personne qui relaie la soi-disant information appelle les autres à la vigilance, l’occupant de la camionnette étant soupçonné de vouloir kidnapper un enfant en pleine rue et de l’emmener avec lui. 

Face à un tel post, certes, difficile de ne pas se sentir en colère et révolté, difficile aussi de ne pas repartager la chose pour alerter ses contacts. Le problème, c’est qu’il n’y a que rarement un véhicule blanc correspondant à la description, et encore moins un dangereux criminel en puissance à l’intérieur. Ce type de récit colporté aveuglément s’enracine dans certaines peurs profondes et un consensus autour de l’ignominie d’un acte (en l’occurrence, ici, le fait de s’en prendre à de jeunes mineurs), provoquant une réaction exagérée avant même que les faits aient pu être vérifiés. 

Paranoïa en réalité virtuelle 

Le mythe du pervers en camionnette blanche se croise ainsi assez régulièrement sur Facebook, à chaque fois dans des lieux différents. En Suisse, cette légende urbaine 2.0 mobilise ainsi de temps à autre la police, contactée par des internautes persuadés de communiquer un bon tuyau pour coincer un criminel en général décrit comme barbu. Evidemment, les forces de l’ordre, qui ont l’habitude de ces alertes bidons et qui encouragent les utilisateurs à plus de bon sens, sont néanmoins obligées de se rendre sur place par prudence, histoire de vérifier que la camionnette était bien, encore une fois, un mirage. A la base du schéma de cette rumeur? Peut-être les agissements de certains serial killers très connus comme, Michel Fourniret, réputé chasser ses jeunes proies dans un véhicule de la même couleur.

Au-delà du fait qu’elle mobilise inutilement des membres de la police, cette légende urbaine conduit parfois à des dérapages dramatiques. Début 2019, la propagation d’une rumeur similaire durant plusieurs semaines a conduit à une véritable chasse à l’homme en région parisienne, lorsqu’une femme marchant dans la rue a cru voir la camionnette incriminée en face d’elle. Ayant aussitôt dénoncé la présence du véhicule sur Facebook, de nombreux habitants du quartier sont alors venus passer à tabac les deux passagers au point de les blesser sérieusement. Bien sûr, comme à chaque fois, les deux prétendus pervers pointés du doigt par la vindicte populaire ne faisaient que travailler… 

Fait divers sordide ou conte effrayant?

Mais Facebook voit également circuler depuis des années une autre légende urbaine du genre tenace: Carmen Winstead, ou Jessica Smith dans certaines versions. Selon ce récit parfois partagé des milliers de fois quand il réémerge, une jeune collégienne aurait été jetée par des camarades dans un puits boueux pendant une évacuation de son école due à une alerte incendie. Une chute qui tue la victime sur le coup. 

La publication est en général accompagnée d’un texte plutôt mal traduit et au ton volontiers sensationnaliste pas bien loin d’un mauvais polar de gare, ainsi que d’une photo d’illustration passant pour authentique – souvent tirée d’une scène de film d’épouvante, en réalité. L’histoire tragique de Carmen Winstead, qui semble aussi vieille que Facebook (on la croise en ligne, notamment sur MySpace, dès 2006) est-elle vraie, même juste un peu? Manifestement pas. 

Des experts en légendes urbaines ont enquêté longuement pour tenter de découvrir si une adolescente portant l’un ou l’autre des deux noms récurrents avait existé, et si un décès dans de telles conditions avait été rapporté dans la presse. Réponse? Aucune jeune fille ne correspond à l’histoire. Les occupants de camionnettes blanches et les collégiennes poussées dans un trou profond font partie des fantômes inquiétants qui hantent les réseaux sociaux. Et ils ne manqueront pas de revenir nous faire peur, une fois encore.


Et quelques liens


La chute mortelle de Carmen dans les égouts, le retour d’un vieux canular

La police valaisanne se passerait volontiers de légendes urbaines qui la mobilisent systématiquement

 

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