X

Recherches fréquentes

Combien vaut votre vie privée?

04 mars 2020

 

Jusqu'à aujourd'hui, l'affaire était entendue: à chaque nouvelle inscription sur un réseau social, l'utilisateur n'avait d'autres choix que de consentir à livrer gratuitement ses données personnelles. Pas de clic sur le bouton «J'accepte», pas de compte. C'était aussi simple que ça. Une reddition de l'intimité des plus banales à l'ère numérique, qui autorisait l'entreprise à collecter en arrière-plan l'équivalent de centaines de pages d'informations. 

Sauf qu'avec la révolution du RGPD, le cadre légal de la gestion du data imposé à tous les sites opérant sur le territoire européen, dont l'application s'est faite dans un climat de scandales de siphonnages d'informations privées pas toujours très éthiques (Cambridge Analytica notamment), autorités et opinions publiques ont durci leurs positions sur le sujet. Pour l'internaute, la donnée personnelle n'est plus qu'un paquet de 0 et de 1 fuitant dans les abysses d'Internet: elle est apparue comme un bien à préserver. 

Virage sociétal en cours

L'arrivée des enceintes connectées et autres assistants vocaux a sans doute ravivé cette crainte d'être sans cesse espionné, écouté, mesuré, quantifié, monétisé sans qu'on s'en aperçoive. Une récente étude menée par des chercheurs de l'Université américaine Northeastern montre d'ailleurs que ce type d'appareil peut enregistrer par erreur nos conversations ou notre environnement sonore jusqu'à 19 fois par jour... 

Devant cette méfiance accrue et la recrudescence des normes contraignantes, les acteurs du web ont commencé à comprendre que le temps était venu d'adopter de nouvelles manières de concevoir la collecte du data. Collecte qui pourrait passer par la rémunération des premiers concernés. Certes, mais combien payer les internautes pour qu'ils ne se sentent pas lésés en confiant leurs informations privées à des fins de profilage publicitaire? 

Moins de 10 francs pour tout révéler

Les statisticiens d'un groupe de réflexion américain, le Technology Policy Institute, ont voulu y répondre, interrogeant des centaines d'individus sur le salaire minimum qu'ils désireraient toucher en l'échange de la divulgation de données sensibles, tels que solde du compte bancaire, localisation ou encore numéro de téléphone. Et les résultats se sont avérés surprenants. Non seulement les sommes demandées ne semblent pas stratosphériques, mais le montant varie selon les pays, soulignant des préoccupations inégales à propos des informations personnelles. 

En Allemagne, État où les citoyens sont manifestement les plus soucieux de leur vie privée en ligne, les plateformes devraient au moins débourser neuf francs mensuels pour pouvoir accéder au data d'un utilisateur, soit la moitié de ce qu'un Américain exigerait. Plusieurs groupes de réflexions, favorables à ce que la donnée personnelle acquiert un véritable statut de propriété individuelle commercialisable, souhaitent d'ailleurs qu'un tel scénario soit un jour possible. 

Un salaire pour son activité numérique

Longtemps sous le feu des critiques pour sa gestion jugée trop opaque et trop peu sécurisée des données, Facebook a ainsi décidé de faire œuvre de pionnier dans le domaine: fin février, la firme de Mark Zuckerberg a annoncé qu'elle proposait de rémunérer ses utilisateurs en l'échange de l'exploitation libre de leurs messages vocaux. 

Certes, il s'agit ici pour Facebook de compiler un maximum d'informations pour perfectionner sa technologie de reconnaissance vocale, et la démarche risque d'être limitée dans le temps. Elle a toutefois le mérite de jouer cartes sur table et de reconnaître explicitement la valeur financière du data de ses utilisateurs. Être payé pour sroller sur son fil d'actualité, un rêve de science-fiction dont on se rapproche toutefois un peu plus chaque jour.


Et quelques liens:

Les assistants vocaux vous écoutent

Technology Policy Institute

Facebook va vous payer pour écouter vos enregistrements vocaux

L'app qui veut payer en échanges de données personnelles

 

Retour au blog