Faut-il garder les amis complotistes qui nous énervent sur Facebook? | Coopération
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Faut-il garder les amis complotistes qui nous énervent sur Facebook?

30 novembre 2020

Vous l'aurez sûrement remarqué. Depuis cet été, la population sur les réseaux se divise en deux grandes catégories: ceux qui invitent à suivre les recommandations des autorités gouvernementales et sanitaires pour lutter contre la pandémie, et ceux qui sont persuadés qu'on en fait beaucoup trop avec ce coronavirus, avec le masque, avec les restrictions, voire qu'on nous manipule affreusement depuis un cénacle secret aussi élitiste que malintentionné. 

D'un côté, des internautes se basant sur les données du consensus scientifique collectées puis mises à disposition du public par les médias professionnels, de l'autre, des internautes sceptiques se nourrissant surtout de discours de chercheurs isolés criant au complot et de sources d'informations autoproclamées telles que blogs, chaînes YouTube ou même documentaires se présentant comme des enquêtes d'investigation sérieuses. 

 

Nos étoiles contraires

Cette polarisation de notre société en deux camps que presque tout oppose est inédite et spectaculaire, se ressentant clairement dans la teneur des publications sur les réseaux. Sur Facebook ou Twitter, les foires d'empoigne sont devenues quotidiennes entre des tribus se traitant réciproquement de complotistes et de moutons, comme deux écoles de pensée irréconciliables. Le pire est évidemment que ces tensions et ces divergences radicales de point de vue ne concernent pas que des inconnus ou de lointaines connaissances. 

On découvre soudain, parmi nos proches, des complotistes en puissance s'engageant online dans un prosélytisme qu'on ne leur connaissait pas. Autrefois marginale, la représentation d'un monde gangrené de complots, construit façon pelure d'oignons avec plusieurs couches de réalités qui seraient fallacieusement cachées sous une réalité officielle, est devenue plus que jamais mainstream. Même des people jusqu'ici discrets sur le sujet s'en font les relais, comme Sophie Marceau, Juliette Binoche, Kim Glow et Christophe Willem, qui ont publié des posts enthousiastes pour le très controversé documentaire Hold-Up.

 

Réflexe de préservation

Alors, comment gérer ce tsunami de contacts véhiculant tout à coup des théories délirantes parlant d'état profond, de QAnon, de génocide programmé des pauvres ou de vaccin numérique imaginé par Bill Gates pour contrôler la terre entière? Comment réagir face à cet afflux d'amis au comportement étrange, qu'on ne reconnaît plus vraiment et qui se mettent en quelque sorte à fonctionner comme des zombies incontrôlables dans notre fil d'actualité? 

La première solution est bien sûr de choisir l'option de la corbeille. «Unfriendez» les complotistes identifiés de votre profil et le déluge d'âneries se tarira. Certains utilisateurs des réseaux sociaux sont des adeptes de cette technique, postant parfois des statuts hostiles sur leur page en expliquant que tous les contacts n'ayant pas la même vision des choses qu'eux seront bannis. La démarche aura certes des retombées efficaces sur le fonctionnement de l'algorithme: en ne gardant dans ses amis que des individus aux orientations politiques et aux centres d'intérêts similaires ou du moins compatibles, l'utilisateur renforcera autour de lui l'effet de bulle cognitive. 

 

Un partage impossible

Car en n'interagissant qu'avec des clones de soi, l'algorithme ne saura proposer dans le fil d'actualité que des posts qui nous ressemblent. Un phénomène à même de nous conforter dans nos certitudes. Plutôt utile pour les personnes ayant peu confiance en elles et cherchant à évoluer dans un environnement acquis à elles, ou pour les gens n'ayant pas envie de perdre leur temps avec des internautes et des publications jugés aux antipodes de leurs convictions.

Le revers de cette médaille étant néanmoins que les débats sont, dans de telles conditions, presque impossibles. C'est donc ici que se pose une question cruciale: pour rendre le monde meilleur, suffit-il de se boucher les oreilles pour ne plus entendre les dissidents et faire comme s'ils n'existaient pas, en les plongeant dans un trou noir personnel, ou est-il nécessaire de rester en contact avec eux pour discuter, polémiquer, comprendre leurs arguments, apprendre à les contrer, essayer de les rendre conscients de leurs erreurs d'appréciation? 

 

Garder la discussion ouverte

Tous ceux qui refusent le tri confortable des zombies sur leur profil choisiront probablement la deuxième solution. Garder ses contacts complotistes ou juste un peu agaçants dans le paysage est une manière d'accepter le dialogue et la confrontation des idées, qui sont des piliers de toute société libre. Et, au passage, également l'une des missions des réseaux sociaux depuis toujours. 

On voit d'ailleurs que cet échange entre les camps est devenu de plus en plus compliqué. Nombre de partisans des thèses les plus extrêmes de complot mondial ourdis par des puissants tapis dans l'ombre sont en train de quitter les plateformes traditionnelles pour se rassembler entre eux dans des espaces 2.0 plus confidentiels, à l'instar du réseau social Parler. Le problème est qu'il n'existe qu'une réalité, pas deux. Fuir celle qui nous dérange pour une plus cohérente pour nous n'est qu'une illusion d'optique auto-infligée. 

 

Et quelques liens:

Comment répondre à un complotiste?

VIDÉO. Comment les conspirationnistes de QAnon ont infiltré la communauté yoga d’Instagram

Facebook supprime 900 pages et groupes liés à la théorie complotiste QAnon

Les réseaux sociaux sont-ils responsables du complotisme ?

 

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