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La surveillance des smartphones et des réseaux sociaux, nouvelle arme des États pour combattre le coronavirus

26 mars 2020


Dans certains pays, les autorités ont inauguré une collaboration inédite avec les grands acteurs du numérique. Le but? Pister la progression du virus et veiller au respect des confinements.

Dans le nord de l'Italie, les mouvements de personnes ont été réduits de 60% fin février. Pour parvenir à une mesure d'une telle précision, n'imaginez pas que les forces de l'ordre ont comptabilisé chaque déplacement dans l'espace public. Ou même que les caméras de surveillance des lieux publics ont pivoté toute la journée pour recenser chaque être humain de passage. Ce qui a rendu l'impossible parfaitement réalisable, c'est le suivi des individus via la géolocalisation. 

Selon l'agence Reuters, les autorités ont en effet accès au data produit par les millions de smartphones de la région, ceci afin d'observer à quel point les mesures de confinement et de distanciation sociale sont respectées. Ailleurs en Europe, les opérateurs allemands et autrichiens partageraient eux aussi des données avec les gouvernements, dans une Union où le RGPD, le texte légal encadrant strictement les informations personnelles, complique leur libre utilisation. Et la Suisse a récemment suivi la tendance.

Les GAFA sollicités

Ce data semble donc a priori anonymisé pour que sa collecte et son exploitation demeure entre les clous. Mais dans d'autres pays, la lutte des autorités contre le coronavirus verrait éclore des collaborations encore plus étroites avec les entreprises du digital. Le Washington Post révélait ainsi, il y a quelque jours, que la Maison Blanche était en pourparlers avec des géants des GAFA tels que Facebook et Google, dans l'idée de permettre un partage du data des utilisateurs avec les pouvoirs publics. 

L'administration fédérale entendrait profiter de l'immensité des informations pouvant être analysées pour scruter le niveau de distanciation entre les gens, mais aussi reconnaître éventuellement des cas et des comportements à risque pour espérer anticiper des disséminations de grande ampleur. Depuis, les responsables de Facebook ont démenti livrer de telles données, mais dans d'autres régions du monde, ce type d'échanges est déjà une réalité.

La Corée du Sud, présentée comme l'un des États les plus efficaces dans la gestion de cette crise sanitaire historique, collabore avec les entreprises du numériques pour suivre les malades du virus et délimiter les zones où ils auraient pu laisser des agents infectieux. Une carte permet ainsi aux citoyens de découvrir les lieux qui ont été fréquentés par des personnes testées positives par la suite, offrant la possibilité d'adapter leurs trajets ou de renoncer à certains déplacements dans des sites potentiellement contaminés. 

Pouvoirs exceptionnels

De leur côté, les autorités taïwanaises pratiquent elles aussi le tracking des individus malades du covid-19 pour s'assurer qu'elles restent confinées ou entre les mains du personnel médical. Dans ces pays habitués à suivre des règles strictes et intrusives, ces initiatives sont plutôt bien acceptées, d'autant plus que les résultats positifs semblent légitimer une telle sévérité. Reste qu'en Israël, où le gouvernement entend adopter des mesures similaires, cette surveillance fait largement débat dans la société. 

Les autorités sont en train d'y peaufiner leur projet donnant un pouvoir accru au Shin Beth, le service de sécurité intérieure, également nommé GSS. Lorsque les dernières barrières légales auront été levées, ce service sera capable de scanner les citoyens via leur smartphone et leur activité en ligne pour repérer les malades potentiels ou avérés du coronavirus. Le parlement s'est montré divisé sur l'emploi de ces nouveaux outils, tentant de faire la balance entre le respect de la vie privée garanti par la démocratie et la nécessité d'agir pour endiguer la hausse des cas sur le territoire.


Et quelques liens


Google, Facebook, and other tech companies are reportedly in talks with the US government to use your location data to stop the coronavirus — and to see if social distancing is really working

Coronavirus. Israël autorise l’exploitation de la surveillance de masse des téléphones

The U.S. wants smartphone location data to fight coronavirus. Privacy advocates are worried.

Zuckerberg: Facebook isn't giving governments data to track coronavirus spread

 

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