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Le jour où Facebook s'est fait justicier

25 juin 2020


Pour la première fois de son histoire, Facebook a outrepassé son rôle neutre de réseau social en jouant un rôle actif dans l’arrestation d’un criminel.

Savoir qu'un ignoble criminel sexuel se balade impunément dans la nature a évidemment quelque chose de révoltant. Mais savoir que ce même criminel arrive à piéger ses victimes grâce à un outil que vous avez vous-même conçu a sûrement un côté encore plus rageant. C'est sans doute pourquoi Facebook, réputé jusqu’ici indépendant des institutions judiciaires, a souhaité collaborer avec les plus hautes autorités américaines pour parvenir à arrêter un seul homme: Buster Hernandez. 

En dépit d’un prénom qu’il partage avec un acteur burlesque légendaire du cinéma muet, Hernandez, n’a rien pour faire sourire. Ce Californien utilisant une quinzaine d’alias différents en ligne, parmi lesquels Brian Kil et Lori Harris, a fait du réseau social son terrain de chasse favori depuis 2012 pour repérer et traquer des centaines de jeunes filles mineures. Le modus operandi sophistiqué de ce prédateur sexuel le rendait particulièrement difficile à coincer, puisqu’il ne cherchait jamais de rencontre réelle avec ses proies et surfait via un logiciel d’anonymisation adapté rendant son traçage impossible. 

Ses activités consistaient alors à obtenir par la contrainte des photos ou des vidéos explicites des adolescentes sur lesquelles il jetait son dévolu, commettant ainsi une sorte de viol virtuel. Si sa victime refusait, l’homme menaçait la jeune fille de perpétrer un attentat dans son établissement scolaire. Trop malin pour être attrapé même par les plus fins limiers geeks du FBI, en dépit d’une équipe de policiers le poursuivant sans relâche depuis 2015, Buster Hernandez agaçait nombre d’enquêteurs, mais sa défiance irritait également jusque dans les rangs des employés de Facebook. 

Un choix éthique qui divise

Selon une information parue ce mois de juin, la direction de la plateforme aurait donc fini par sortir des lignes établies pour, exceptionnellement, se mettre elle aussi sur la piste du criminel, en dépit des avis partagés en interne sur l’ingérence de l’entreprise dans une procédure judiciaire fédérale. Une équipe d'experts en cybersécurité de Facebook a été affectée à la surveillance permanente des activités de Brian Kil et de ses autres comptes, tandis que des ressources financières importantes (probablement plusieurs centaines de milliers de dollars) ont été débloquées pour concevoir un programme permettant de pirater les chiffrements complexes gardant le criminel anonyme. 

En parallèle, Facebook a développé un algorithme en interne pour identifier les nouveaux profils ne communiquant qu’avec des utilisateurs mineurs et susceptibles d'avoir été créés par l'individu recherché. Et bingo. Deux ans plus tard, en 2017, l’adresse IP du prédateur 2.0 était finalement identifiée et son nom révélé: Buster Hernandez. Aujourd’hui sous les verrous, le prédateur risque très probablement la perpétuité pour les 41 charges retenues contre lui, dont pornographie infantile, sextorsion, contrainte exercée sur mineur, obstruction à la justice ou encore menace de mort et de kidnapping. 


Et quelques liens


Facebook Helped the FBI Hack a Child Predator

Buster Hernandez, aka “Brian Kil,” and “Purge of Maine” charged in nation-wide cyber sextortion and threat case

 

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