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Le tournoi de foot sauvage, le nouvel apéro Facebook, mais en plus risqué

26 mai 2020


Faire se réunir sans autorisation des centaines de jeunes autour d'un match improvisé, et ce en temps de coronavirus, une mode irresponsable qui donne des sueurs froides aux politiques et scientifiques.

Durant les premières années de Facebook, les autorités ont découvert avec effroi l'impressionnante puissance d'un réseau social utilisé comme agrégateur de foule. En 2009, des individus ont en effet eu l'idée saugrenue et, avouons-le, assez inutile, d'organiser des apéros géants au centre de grandes villes européennes, juste pour voir le résultat. 

La création d'un simple événement sur la plateforme de Mark Zuckerberg, partagée des centaines de fois, suffisait à réunir, l'instant T, une masse imprévisible de personnes prêtes à s'alcooliser toutes ensemble sans vraiment savoir pourquoi. Autant dire un cocktail hautement inflammable aux yeux des autorités locales, souvent surprises de voir débarquer jusqu'à plusieurs milliers d'internautes à la fois pour une beuverie XXL. 

Désir du groupe

Si le phénomène a vécu ses heures de gloire au tournant des années 2000 et 2010, boosté par l'effet de nouveauté de ces réseaux sociaux dont on apprivoisait encore les pouvoirs et on expérimentait les potentiels, l'apéro Facebook est un peu passé de mode malgré quelques réapparitions sporadiques jusqu'en 2018. 

Devenues le temple d'egos mis en parallèle plutôt qu'une somme d'individus noyés dans un collectif, les plateformes sociales avaient donc perdu cette capacité à titiller ce qu'il y a d'instinct grégaire en nous. Peut-être parce que notre société obnubilée par la performance individuelle poussait à transformer de joyeux drilles 2.0 en cartes de visite VIP ultra léchées. Mais chassez discrètement le naturel par la fenêtre, il revient tonitruant par la porte d'entrée. 

Après deux mois de confinement et de vie sociale essentiellement virtuelle, il y a comme un furieux désir de retrouver physiquement ses congénères, notamment chez les plus jeunes, et si possible en version troupeau. C'est encore très peu souhaitable sur le plan sanitaire, s'inquiètent les scientifiques, et c'est vrai, tandis que la première vague de l'épidémie se calme à peine en Europe. Mais les moins de 25 ans ne l'entendent pas tous franchement de cette oreille. 

Retour à la normale prématuré

Facebook et consorts redeviennent alors l'outil idéal pour rebâtir de la sociabilité de masse en un minimum de temps et redonner le sentiment que la société des humains peut vibrer à l'unisson. Une décennie après l'ère des apéros géants, voici ainsi venue l'époque des tournois de foot sauvages. En Suisse comme en France, des foules ont été attirées autour de pelouses via le bouche à oreille sur les réseaux sociaux, histoire de partager les émotions d'un match de football avec des inconnus de la même tranche d'âge. 

Résultat: des centaines de personnes serrées les unes contre les autres sans véritablement veiller aux gestes-barrières. Presque impossible à canaliser une fois concrétisé, l'événement ne peut être combattu qu'en amont, soit en tentant de fermer les pages créées pour l'occasion sur les réseaux sociaux, soit... en rendant les lieux inaccessibles. 

Une impatience qui pourrait coûter cher

La première solution est évidemment difficile à appliquer, puisqu'il faut repérer et désactiver très vite des activités de préparation en ligne, souvent en groupes privés, pouvant générer un rassemblement en quelques jours seulement. Plusieurs villes ont donc surtout misé sur la seconde option, faisant démonter de manière préventive les cages de but des terrains municipaux. 

En espérant que ces tournois ne se convertissent pas, à nouveau, en apéros à grande échelle, comme autrefois, encore plus imprévisibles et incontrôlables. Il serait quand même dommage que ces envies de sociabilité trop impatientes, aux motivations compréhensibles mais tellement dangereuses sur la plan sanitaire par les temps qui courent, finissent elles-mêmes par provoquer le retour des restrictions qui les avaient momentanément condamnées.


Et quelques liens


Apéro Facebook: Qui est responsable?

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