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Pour booster ses publications, mieux que les robots: les sociétés secrètes

22 mai 2020

Après l'achat de faux followers, le nouveau trend chez les influenceurs pour augmenter artificiellement sa popularité en ligne? Les pods. Des clubs privés où les membres se likent les uns les autres.

Ce n'est plus un scoop. D'innombrables personnes sur les réseaux sociaux (et parmi elles certaines des plus suivies sur la Toile), ont recours à des stratégies plus ou moins frauduleuses pour augmenter leur impact en ligne. Il y a quelques années, la panacée résidait ainsi dans l'achat massif de faux followers, des troupeaux de comptes bidons pouvant s'acquérir pour quelques centaines ou milliers de francs sur le marché noir. 

Derrière ces avatars vides? Des profils créés de toutes pièces et animés soit par des robots, soit par des vrais gens dans des fermes à clics, ces lieux où des centaines de smartphones sont entreposés et voués à cliquer automatiquement sur les posts des comptes ayant payé pour recevoir une audience artificielle. De récentes enquêtes ont ainsi prouvé que les abonnés de nombreux influenceurs comptaient parfois une part très significative de faux comptes, même chez des noms pourtant célèbres d'internet. 

Contourner les algorithmes

Cette course à la quantité de followers a certes une logique allant au-delà du simple concours d’ego: dans la seconde moitié de la décennie 2010, plusieurs plateformes ont modifié leurs algorithmes afin de favoriser la visibilité des publications les plus populaires. Sur Facebook ou Instagram, les posts n'apparaissent plus seulement de façon purement chronologique, puisque ce sont ceux générant le plus de réactions chez les autres qui émergent en premier des fils d'actualité. Du côté de YouTube, un aménagement a été décidé pour favoriser la rémunération des comptes drainant le plus d'abonnés et suscitant le plus de vues. 

Gonfler ses comptes de réseaux sociaux par des wagons de faux profils répond donc souvent à un impératif de survie pour s'assurer gloire, stabilité et revenus. Mais problème, la combine est désormais bien connue des grandes plateformes, qui ont récemment multiplié les méthodes permettant de mieux détecter les comptes robots et repérer les réactions automatiques. En Chine ou en Thaïlande, des fermes à clics ont été démantelées par les autorités, au motif que ces procédés contreviennent aux conditions d'utilisation des géants d'internet. 

Cercles d'initiés

Reste que les influenceurs en manque de popularité n'ont pas pour autant baissé les pouces, à en croire plusieurs médias américains spécialisés dans le numérique. Plutôt que la gonflette par des faux profils, recette aujourd'hui dans le viseur des plus grands réseaux sociaux, la solution consiste plutôt à établir des alliances de clics réciproques avec d'autres utilisateurs, et ce à échelle industrielle. Le principe? Construire une communauté clandestine d'internautes ayant les mêmes objectifs: croître à grande vitesse sur le web. 

Ces individus rejoignent alors des groupes privés appelés pods via les messageries WhatsApp, Telegram ou encore Twitter, avec la promesse de liker et commenter chaque post des autres membres. Un fonctionnement donnant-donnant, façon organisation secrète à la James Bond, qui a fait son chemin. Alors que les pods comptaient souvent au départ quelques dizaines d'influenceurs, ils pourraient actuellement en accueillir jusqu'à plusieurs dizaines de milliers. Et ces véritables usines humaines à réciprocité ont une efficacité redoutable. 

Les likes et les commentaires sont plus naturels et réalistes. Les algorithmes des réseaux sociaux ont bien plus de mal à remarquer toutes ces réactions complaisantes, puisqu'elles sont le fait de profils parfaitement authentiques. Pour les utilisateurs dans le coup, les avantages sont là: 70% d'entre eux ont vu les interactions être multipliées par deux voire plus en intégrant un pod, et le nombre moyen de commentaires pour chaque publication s'est révélé cinq fois plus important, selon une étude de l’Université Tandon de New York et de l’Université de Drexel à Philadelphie publiée cette année. 

Limites de l'exercice

Double effet kiss cool: cette popularité nouvelle permet mécaniquement de rameuter davantage de vrais followers, étant donné que les posts avec un fort taux d'engagement (la quantité de likes et de commentaires laissés par les fans) apparaissent plus facilement dans les fils d'actualité des utilisateurs lambdas. Pour certains observateurs, cependant, la technique pourrait devenir contre-productive à long terme si les nouveaux abonnés réels gagnés réagissent peu sur la page de l'influenceur. Le taux d'engagement se mettrait en effet à stagner malgré l'activité intense permise grâce aux membres des pods. 

De plus, pour les marques, découvrir que leur nouvel influenceur chéri carbure surtout à la réciprocité contractuelle serait synonyme de désaffection. Et donc de baisse de revenus pour le fraudeur 2.0. Le phénomène pourrait en outre contribuer à amplifier la méfiance sur le marché, au risque de décrédibiliser le métier et de jeter des doutes forts sur l'utilité d'investir dans une telle pratique pour promouvoir un produit plutôt que la pub traditionnelle. Avant de céder à la tentation des pods, mieux vaut ainsi réfléchir aux conséquences de ces petits arrangements entre (faux) amis.


Et quelques liens


Inside Instagram Pods: The Secret Trick to Hack Your Engagement

Fake influencer, ou l'art d'acheter des partenariats lucratifs

Étude sur les pods, ces groupes qui manipulent l’algorithme d’Instagram pour plus de visibilité

 

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