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Vous possédez un smartphone? Alors vous êtes peut-être sur écoute

12 mars 2020

 

En consultant les réseaux sociaux un matin, Pauline, 32 ans, est un peu tombée de l’armoire. Elle a vu apparaître une publicité plutôt surprenante dans son fil Instagram. «Hier soir, j’avais mon téléphone posé dans la cuisine, et mon mari et moi remplissions le lave-vaisselle. Nous avons remarqué que notre stock de tablettes était presque épuisé et qu’il faudrait rapidement en racheter. Mon homme a pris la boîte pour dire le nom exact du produit à mettre sur la liste des prochaines courses. Et ce matin, j’ai vu surgir sur mon téléphone une pub pour les nettoyants de lave-vaisselle, de la même marque! C’est la première fois que j’en vois.» 

Simple coïncidence avec probabilité de un pour mille ou vrai lien de cause à effet? Les applications présentes sur nos natels ont-elles de grandes oreilles de barbouzes ou sont-elles incapables de nous écouter en train de causer vaisselle? Le constat n’est sans doute pas en mesure de rassurer: à l’heure actuelle, personne ne peut définitivement trancher. La rumeur selon laquelle Facebook ou Google enregistreraient toutes nos conversations à des fins de ciblage publicitaire n’est pas neuve. 

Jamais en théorie

Elle a même fait l’objet d’un démenti officiel de la part du géant bleu au printemps 2016, où des responsables clamaient que l’appli «montre des pubs basées sur les intérêts des personnes et autres informations du profil, et non sur ce dont elles discutent à voix haute». Peut-on les croire sur parole? Probablement pas. Un coup d’œil en arrière nous enseigne que les GAFA ont très souvent été accusés de mentir, au minimum par omission, par des experts du numériques, des politiciens et des lanceurs d’alerte. 

Les auditions tumultueuses de Mark Zuckerberg lors du scandale Cambridge Analytica ont ainsi souligné à quel point les pratiques de ces sociétés demeurent opaques, noyées dans un jargon légal prompt à embrouiller le plus pointu des juristes. Dans un article paru l’été dernier sur son site, le fabriquant d’antivirus Kaspersky avance que cette écoute à l’insu de l’utilisateur n’est sûrement qu’une légende urbaine, alimentée par des angles morts que négligent ou méconnaissent les commentateurs. 

Un clone de chaque internaute

Ce ciblage publicitaire survenant à des moments parfois étonnamment opportuns utiliserait d’autres accès aux données, comme les likes, les pages aimées, les statuts, la géolocalisation, de même que toutes les informations collectées sur les amis et les proches de l’individu… Des tonnes de data recoupées et analysées par des logiciels sophistiqués. Tout cela fonctionnerait également via des algorithmes prédictifs qui, en quelque sorte, anticiperaient les besoins à court et moyen termes grâce à l’examen de la vie de l’utilisateur. 

Il se dit très amoureux sur les réseaux sociaux? Ceux-ci vont déduire qu’il risque d’être bientôt intéressé par les bijouteries et les bagues de fiançailles. Il annonce s’être marié? Les algorithmes peuvent penser qu’il pourrait prochainement se montrer toute ouïe pour les tests de grossesse ou les produits pour bébé… Une vision d’ensemble que résume bien une publication du magazine américain Quartz, intitulée «Votre téléphone n’écoute pas vraiment vos conversations. La vérité pourrait être bien pire». 

Des captures d'écran pirates

Selon l’auteur du papier, les GAFA nous connaissent si bien qu’ils disposent en quelque sorte d’un clone numérique de chaque individu, constitué de toutes les données compilables trouvées sur le web. Ce double 2.0 analysé au prisme de théories du comportement permet alors de prévoir les actes et les envies, parfois de façon très fine au point de générer des situations troublantes comme celle vécue par Pauline et quantité d’autres utilisateurs. En 2018, des chercheurs de l’Université Northeastern, aux Etats-Unis, ont d’ailleurs décidé de vérifier via une démarche expérimentale si une discussion à côté de son téléphone peut effectivement influer les publicités y figurant. 

Mettant en place des tâches automatisées pour tester 17000 applications, ils ont conclu que seule une poignée d’entre elles abusait des autorisations d’accès au micro ou à l’appareil photo de l’appareil, envoyant notamment des captures d’écran et des enregistrements non déclarés à des serveurs. Les scientifiques ont néanmoins fait savoir que leur méthode, basée sur des comportements automatisés et non le fait de véritables êtres humains, pouvait créer un biais. Rien de permettait alors d’assurer que les autres applis identifiées comme honnêtes ne transmettaient pas des données clandestinement dans d’autres conditions. 

Microphones dans le viseur

Loin des labos d’université, des internautes avancent cependant avoir prouvé que nos applications préférées nous espionnent tranquillement. Tel le journaliste Sam Nichols, du magazine Vice, qui a suivi les conseils d’un spécialiste en sécurité informatique: placer plusieurs fois par jour un mot précis dans ses discussions les plus anodines. Résultat: il s’est bel et bien retrouvé ciblé par des publicités en lien avec les sujets qu’il abordait. 

La faute, apparemment, à certains mots qui joueraient le rôle de déclencheurs pour lancer l’écoute, accidentellement... ou peut-être sciemment. «Les applications ont l’autorisation d’utiliser le microphone et s’en servent occasionnellement. Toutes les applications locales cryptent les données qu’elles transmettent à leurs serveurs, il est donc très difficile de déterminer quel est exactement le déclencheur.» 

Des réponses trop fragmentaires

A l’arrivée, même si l'absence d'écoutes directes et secrètes est l'option la plus probable, le doute demeure, comme le résume l’expert interviewé dans l’article de Vice:« «Vu que Google en parle ouvertement, je crois personnellement que les autres compagnies font de même. En réalité, il n’y a pas de raison qu’elles s’en privent. C’est sensé d’un point de vue marketing, et leurs conditions d’utilisation ainsi que la loi les y autorisent. Donc, je crois qu’elles le font, mais il n’y a aucun moyen d’en être sûr.» 

Le mois dernier, des chercheurs de la même Université Northeastern observaient que les assistant vocaux, dont Siri, Cortana ou Alexa, depuis les smartphones ou les enceintes connectées, écoutaient par erreur leurs utilisateurs jusqu’à 19 fois par jour. Reste encore à définir quelle est, pour les GAFA, la définition précise du terme erreur.

Et quelques liens:

Votre téléphone vous écoute

Votre téléphone n'enregistre pas vos conversations (en anglais)

Smartphone sur écoute : mythe ou réalité ?

Que faire sachant que Google vous écoute ?

 

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