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Bientôt un Instagram dédié aux moins de 13 ans?

25 mars 2021

Après Messenger Kids et YouTube Kids, le réseau social en vogue souhaiterait lui aussi une version pour les enfants. Au-delà de son aspect marketing, ce concept pose des questions sur son efficacité contre les dérives.


la rumeur n'a pas mis bien longtemps à se propager: Facebook serait en train de plancher sur une version spéciale de l'application Instagram uniquement accessible aux moins de treize ans. Le site BuzzFeed a en effet pu consulter des messages internes de l'entreprise évoquant un tel projet. Pour rappel, les États-Unis fixent la majorité entre 18 et 21 ans, mais pratiquent une sorte de majorité numérique bien plus précoce, en l'occurrence treize ans. Ce n'est ainsi qu'à partir de cet âge qu'un utilisateur peut s'inscrire seul sur un réseau social comme Facebook ou TikTok. 

A leurs débuts, la plupart des grandes plateformes sont d'ailleurs arrivées sur le continent européen avec cette limite mentionnée dans leurs conditions d'utilisation. Mais tout n'est que pure théorie. Avec la démocratisation des smartphones survenue dans les années 2010, nombre d'enfants ont pu disposer de leur propre appareil. On sait notamment que 97% des jeunes ont un téléphone personnel dès l'âge de douze ans en Suisse. Pressés de rejoindre eux aussi les réseaux sociaux, beaucoup de mineurs de moins de treize printemps ont trouvé, et ce depuis longtemps, la parade pour créer quand même un profil: mentir sur leur date de naissance, aucun document officiel n'étant requis pour ouvrir un compte. 

Contrôle parental

Enfantin n'est-ce pas? Accusés de laxisme, les médias sociaux les plus populaires et les plus fréquemment pointés du doigt avaient fini par réagir avec un concept passant pour la panacée: une version spécialement vouée aux jeunes mineurs. Dès 2015, Google lançait YouTube Kids, l'équivalent de la table des enfants des repas de famille du célèbre YouTube, où les moins de treize ans étaient invités à s'inscrire sous le contrôle parental strict de leurs parents. En 2017, Facebook inaugurait de son côté Messenger Kids, version pour les 6-12 ans de son application de messagerie. Ce sont les parents qui, à partir de leur propre compte Facebook, pouvaient créer et gérer ce Messenger pour leurs tout-petits, définissant les relations pouvant être entretenues entre l'enfant et les autres utilisateurs. 

Logique, donc, que Facebook imagine désormais un procédé identique pour son appli star Instagram. Pour les acteurs majeurs des médias sociaux, les avantages sont doubles: ces outils visent à prouver leur bonne volonté dans la protection des jeunes mineurs évoluant sur Internet, tout en fidélisant des utilisateurs de plus en plus tôt, pour ne pas dire au berceau, plus tôt en tout cas que ce que leur propres règles leur autorisaient à la base. Conscients qu'il perd régulièrement du terrain chez les ados, Facebook et son réseau social Instagram ont effectivement commercialement tout intérêt à séduire les enfants dès qu'un smartphone leur passe entre les mains. 

Surveillance renforcée

Reste que les applis dédiées aux plus jeunes ne sont pas forcément la solution rêvée dans la pratique. Il y a belle lurette que les petits trafiquent leur âge réel pour accéder aux versions mainstream des applis et nombre d'entre eux, en particulier les pré-ados, vont probablement continuer à le faire, peu désireux de se retrouver parqués dans un réseau social alternatif qu'ils percevront comme infantilisant. Certes, Facebook et Instagram ont récemment tenté de mettre en place des garde-fous pour limiter les fraudes en la matière. Depuis 2018, il est possible de signaler en ligne les profils des utilisateurs jugés trop jeunes. Les modérateurs, sur examen des informations et des photos disponibles, peuvent alors supprimer le compte s'ils estiment que leur propriétaire a moins de treize ans. 

Trop léger? Possible. Reste qu'en Europe, l'instauration du RGPD, cette législation encadrant le partage des données numériques, a permis d'étoffer l'arsenal juridique pour empêcher les plus jeunes de divaguer sans surveillance sur le web. Le texte, entré en vigueur en 2017, fixe ainsi une majorité numérique à 16 ans, soit bien plus tard que celle traditionnellement admise pour les principaux réseaux sociaux depuis leur lancement. Il oblige les plateformes à exiger des documents officiels et une autorisation écrite des parents pour que les 13-15 ans puissent créer un compte. 

Différences entre pays

Là encore, les adultes ne sont pas toujours soucieux d'encadrer strictement les faits et gestes de leur progéniture en ligne. Si beaucoup sont conscients de la nécessité d'imposer des limites, d'autres continuent de laisser leurs enfants jouer comme bon leur semble avec les réseaux sociaux. Sans parler du fait qu'en dépit de l'existence du RGPD européen, il existe des majorités numériques différentes selon certains pays, un fait susceptible d'embrouiller les esprits. 

En Espagne, elle est toujours de 13 ans. En France, un texte voté en 2018 abaisse l'âge minimum à 15 ans au lieu des 16 inscrits dans le RGPD. Et en Suisse, aucune loi ne fixe une telle majorité numérique. La limite des 13 ans mentionnée dans les conditions d'utilisation des grandes plateformes continue donc de faire foi par défaut. Mais il y a des exceptions: depuis 2018, WhatsApp a notamment remonté l'âge minimal pour l'inscription de 13 à 16 ans en Suisse et dans l'Union européenne, s'alignant précisément sur le RGPD.

 

Et quelques liens:

Buzzfeed: Facebook Instagram for children under 13

Le Temps: Youtube Kids

La Presse.CA: Instagram veut empêcher les moins de 13ans de s'inscrire

Arcinfo: Facebook lance une version de Messenger pour enfants aux Etats-Unis

RTS: il faudra attendre 16ans pour utiliser Whatsapp en Suisse et dans l'UE

Le Monde.fr: l'Assemblée Nationale fixe à 15ans l'âge minimal pour s'inscrire seul à un réseau social

 

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