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Depuis la pandémie, il y a moins de modérateurs humains en ligne, et cela se ressent

22 mars 2021

Fait nouveau, des reportages de médias publics ont été censurés par Facebook et YouTube. La faute, sans doute, à une automatisation accrue de la modération.

Les réseaux sociaux n'avaient déjà pas une réputation de faire dans la finesse concernant la modération de contenus. Censures trop prudes pour nos yeux d'Européens d’œuvres d'art jugées inappropriées. Suppression de profils ayant eu le malheur de contrevenir au règlement en laissant paraître un diabolique mamelon féminin dans une image. Mais depuis 2020, les choses, comment dire, ne se sont pas vraiment arrangées. Avec la pandémie, les modérateurs, c'est-à-dire des gens payés pour vérifier des publications toute la journée et éventuellement les effacer, seraient en effet moins nombreux qu'avant. 

Facebook, Twitter ou encore YouTube avaient expliqué, au printemps dernier, vouloir diminuer le nombre de ses légions de vérificateurs en chair et en os, officiellement pour des raisons de restrictions sanitaires. L'idée était ainsi de limiter les effectifs présents dans les locaux. Certes, les personnes engagées pour la modération de contenus sont souvent des travailleurs situés à l'étranger, de préférence dans des pays où la main-d’œuvre est bon marché, mais le problème des regroupements de dizaines d'employés dans des open spaces, aux USA comme ailleurs, pose évidemment le même problème de sécurité à face au coronavirus. 

Des robots intransigeants

Ce travail n'est-il pourtant pas censé pouvoir se poursuivre en distanciel? Ou les grandes plateformes ont-elles vu la crise comme une aubaine pour réduire leurs coûts liés aux armées de modérateurs? On imagine que les réalités sont plus complexes qu'on l'imagine. Reste que le résultat, dans la pratique, est lui assez clair: depuis mars 2020, les grands réseaux sociaux ont eu davantage recours aux algorithmes pour modérer les publications, et cette augmentation des jugements robotisés au détriment du regard de vrais êtres humains s'est bien sentie. En négatif. 

Bien que très sophistiqués, les logiciels de modération automatique manquent encore souvent de nuances dans leur approche. Provoquant ainsi des censures un peu radicales parfois difficiles à comprendre. En l'espace d'une année, plusieurs grands médias ont notamment vu certains de leurs contenus être supprimés sans plus d'explications par des intelligences artificielles visiblement plus artificielles qu'intelligentes. Une vidéo de l'émission Géopolitis, de la RTS, un reportage sur les violences policières diffusé par la RTBF, l'équivalent de la RTS en Belgique... 

Quelle liberté de la presse?

Les journalistes et les institutions publiques avaient auparavant l'habitude des petites censures un peu ridicules, telle cette image de l'Origine du monde de Gustave Courbet, qui avait valu à la Tribune de Genève d'être temporairement bloquée par Facebook en 2012, ou encore ce tableau de Rubens, au Christ manifestement trop dénudé, suffisamment du moins pour justifier une suppression de contenu sur la page d'un célèbre musée flamand par le même réseau social en 2018. Sauf que les censures subies par les médias depuis 2020 semblent un peu plus inquiétantes. 

La RTS comme la RTBF sont des organes de presse à la déontologie nécessairement irréprochable et d'intérêt public. Pourquoi biffer des reportages au motif que la violence qui y est montrée est contraire aux standards de la communauté? Certains observateurs ont laissé entendre que des gouvernements avaient pu faire pression sur les responsables des plateformes pour faire disparaître des images peu valorisantes pour eux. Mais la véritable raison est sans doute plus triviale et moins romanesque: les algorithmes ont probablement juste manqué de recul par rapport à un modérateur réel qui, lui, aurait su faire la différence entre des heurts filmés lors de manifestations par des journaliste et une violence gratuite, sensationnaliste, décontextualisée, purement graphique, postée par des quidams pour choquer. 

Médias sur la défensive

Un rapport communiqué par Google révèle d'ailleurs que depuis la pandémie, la modération s'est montrée deux fois plus stricte qu'à la normale. De crainte de passer à côté de publications problématiques à cause d'une plus grande latitude donnée aux logiciels, les dirigeants des grandes plateformes ont ainsi privilégié une tolérance moindre en cas de doute. Etre plus sévère plutôt que plus laxiste, la vision se défend, peut-être. 

Pourtant, cette présence moindre des vrais modérateurs oblige également les posteurs de contenus à être plus vigilants et à se défendre davantage pour faire faire machine arrière aux réseaux sociaux en cas de censure abusive. Ce qui exige du temps et de l'énergie. Facebook a par exemple accepté de réactiver la vidéo de la RTBF, ajoutant néanmoins une étiquette pour informer du caractère violent de son contenu pour les plus jeunes. Pour les reportages de Géopolitis, cela semble en revanche plus compliqué.

Et quelques liens:

YouTube va davantage automatiser la modération des contenus le temps de la pandémie de Covid-19

YouTube supprime une vidéo de l'émission de la RTS Géopolitis

Facebook a temporairement supprimé une vidéo sur la page de l'émission #Investigation

Les algorithmes plus stricts que les modérateurs sur YouTube

 

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