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La fin de la toute-puissance du like est actée par Facebook et Instagram

01 juin 2021

 

Après des années de polémiques sur la dictature du «j'aime», les deux plateformes vont permettre sa désactivation pour ceux qui le souhaitent.

Voilà douze ans qu'il dicte sa loi dans l'écosystème des réseaux sociaux. Inventé en 2009 par un ingénieur de Facebook, le like, le j'aime dans sa version francophone, est une innovation qui structure puissamment les comportements et les modèles économiques sur les plateformes. On l'a tour à tour décrit comme une forme d'engagement, d'expression, ou de manifeste existentiel. Surtout, côté sombre, on l'a dépeint comme responsable d'un système tyrannique mettant tous les utilisateurs en concurrence les uns avec les autres, capable de propulser certains en pleine lumière et de condamner d'autres à l'invisibilité la plus déprimante. 

A la base, pourtant, le like semblait n'être qu'un instrument de plus pour ajouter de la convivialité sur les réseaux, générer des interactions et inviter les internautes à participer. Seulement le développement d'algorithmes complexes, hiérarchisant l'apparition des publications selon leur taux de popularité, a brisé cette ambiance si cool et un peu naïve des réseaux sociaux d'avant 2010. Ces lignes de code ont ainsi décrété que la course folle aux likes n'était que la seule voie possible pour donner du sens à ce que l'on montre et raconte sur les plateformes. 

Pire, les dispositifs de rémunération des utilisateurs tournent quasi exclusivement autour de la quantité de «j'aime» recueilli. En quelques années, ce pouce levé qu'on attribue sans trop de formalités, au hasard de nos scrolls dans les fils d'actualité, a pris une véritable valeur marchande. Coincés dans cette idéologie numérique qui ne permet que d'aimer quelque chose ou de se taire, on pensait qu'un contre-pouvoir viendrait rééquilibrer cette aberration. En 2015, Facebook nous promit ainsi l'instauration d'un bouton «je n'aime pas», dont l'existence paraissait d'une logique implacable. 

Même Black Mirror s'en empare

Mais l'empire du géant bleu préféra enterrer le projet pour ne pas risquer de porter atteinte au si juteux système commercial qu'il avait permis de bâtir. A la place, dès 2016, on se vit offrir un éventail plus large de réactions possible: j'adore, je suis triste, je suis énervé, je ris, je suis étonné, qui amènent des nuances dans l'émotion exprimée par l'utilisateur sans pour autant jouer le rôle de contraire explicite au fameux like. 

La potentielle mauvaise influence du «j'aime» a pourtant été questionnée par les plateformes elles-mêmes, rendues sensibles aux excès observés pour gagner la faveur des autres internautes. Formatage des contenus, multiplication des mêmes types de posts, boom d'opérations de chirurgie esthétique pour recueillir toujours plus d'admirateurs censés liker davantage une plastique présentée comme parfaite, pression pour parvenir à croître... Une dictature du pouce qui se retrouvait d'ailleurs superbement dénoncée par une épisode de la série Black Mirror. On nous fit alors presque croire que les likes allaient disparaître, provoquant un vent de panique (momentané) chez les infuenceurs sous perfusion de j'aime. 

 

 

Regard plus neutre

Il aura donc fallu attendre 2021 pour que le monde des réseaux sociaux vive sa révolution en la matière: Instagram et Facebook viennent en effet d'annoncer une nouvelle fonctionnalité visant à une expérience différente des plateformes. Le principe? Permettre à l'utilisateur de masquer tous les compteurs de «j'aime» sur les contenus qu'il voit et qu'il publie. En soi, le sacro-saint comptage des likes continuera, mais il demeurera caché pour les personnes désirant vivre les réseaux sociaux différemment. 

Est-ce une bonne nouvelle? Si la chose est plutôt marquante symboliquement, il y a fort à parier que les utilisateurs, après plus d'une décennie de levage de pouces, auront du mal à se passer de cette boussole un peu arbitraire qu'est le nombre de likes pour se situer dans la jungle 2.0. Et puis, il est probable que ce soient les internautes déjà peu intéressés par ce système de validation des publications et de leurs auteurs qui adoptent cet outil alternatif. 

Les annonceurs mesurant l'audience de leurs produits par le nombre de likes risquent cependant d'avoir des sueurs froides, le score de pouces levés étant souvent vu comme un argument de vente auprès des consommateurs. Si les internautes ne peuvent pas voir combien vaut en termes de likes un objet apparaissant dans une publication, leur acte d'achat sera-t-il le même? Déjà philosophique, l'enjeu du j'aime est tout autant psychologique.


Et quelques liens:

Facebook déploie des alternatives au bouton "j'aime"
Instagram, Facebook, vous pouvez masquer le nombre de "likes"
Instagram, version sans likes
Facebook, pas glop le "dislike"

 

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