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Les commentaires sont de plus en plus agressifs sur les réseaux sociaux

17 février 2021

 

Nombre d'utilisateurs l'ont remarqué: depuis presque un an, les empoignades sont devenues permanentes sur les plateformes. D'où vient cette nervosité inédite?

Le milliardaire Elon Musk, les stars de la scène Dua Lipa et Ed Sheeran, l'actrice Pamela Anderson, les humoristes Nicolas Bedos et Arnaud Soly, l'écrivaine Leïla Slimani, la politicienne Cécile Duflot, les animateurs télé Benjamin Castaldi et Laurence Boccolini, l'infectiologue Karine Lacombe, le couple princier Harry et Meghan, la fille de Renaud et chanteuse Lolita Séchan... Le point commun de tous ces VIP? Avoir quitté un ou plusieurs réseaux sociaux au cours de ces derniers mois. 

Harcèlement, déferlement de haine, polémiques en série, addiction numérique, les raisons de ces départs sont nombreuses, bien qu'elles semblent toutes s'être décidées après une seule et même expérience: la violence verbale en ligne. Certes, des people qui claquent la porte de Facebook ou Twitter, le geste n'est pas vraiment nouveau. Reste que l'ampleur de l'hémorragie depuis une année a quelque chose d'inédit et en dit long sur l'évolution récente de l'écosystème 2.0. 

Prises de becs

Déjà pointés du doigt pour l'agressivité qui s'y développait dangereusement, les réseaux sociaux sont entrés dans une nouvelle ère de surenchère avec l'avènement de la pandémie de coronavirus. Une ère où les commentaires sont de plus en plus hargneux et conflictuels. Dès 2017, une vaste étude faisait déjà le diagnostic d'une agressivité croissante et inquiétante envers les marques sur les réseaux sociaux. Fin 2018, une enquête menée aux États-Unis révélait qu'un tiers des jeunes internautes avaient subi des violences morales online. 

Et en 2020, le phénomène a explosé, de l'avis de nombreux spécialistes, même si aucune étude ne s'est pour l'instant penchée quantitativement sur la haine véhiculée par les utilisateurs des plateformes. La catastrophe sanitaire a aiguisé les frustrations, amplifié les colères, ébranlé les personnalités les plus confiantes, boosté les comportements de contestation et de défiance. Elle a également surligné dramatiquement la solitude des individus, abandonnés face à leur destin, obligés d'affronter seuls ce cataclysme, se retrouvant soudain naufragés au milieu d'une société qui n'est pas le rempart miraculeux qu'on imaginait. 

L'amertume des tweetos

Un cocktail de noirceur qui tend à monter les individus les uns contre les autres au lieu de les rapprocher, alors que personne, ou presque, n'avait vécu auparavant un tel climat global d'incertitude et d'anxiété face à l'avenir. Toute opposition devient adversité, toute divergence prend l'allure d'un ennemi à combattre. Chaque coupable idéal est à effacer du paysage, si possible après une humiliation publique en règle. 

Pour un certain nombre de gens, les réseaux sont en outre leur unique moyen de s'exprimer et de se faire entendre. Il est ainsi logique que ces espaces voient les échanges se tendre rapidement et de façon passionnelle. «J'ai goûté à cette violence et je l'ai détestée», confiait Nicolas Bedos à la presse après son départ des réseaux sociaux fin janvier. L'humoriste et cinéaste français avait, quelques semaines plus tôt, critiqué la sévérité des restrictions imposées par le gouvernement français, à l'instar de Fabrice Lucchini avant lui. Les réactions à leurs publications s'étaient révélées très émotionnelles. 

Profils déshumanisés

A l'ère du corona, on est en effet tenté de diviser les internautes en deux camps principaux: ceux qui encouragent la patience, la confiance envers la science, le respect de la discipline et qui condamnent l'insouciance de certains, et ceux qui pensent qu'on en fait beaucoup trop avec cette pandémie et que le monde, les institutions scientifiques comprise, est en train de basculer vers un modèle de gouvernance liberticide. Le tableau est évidemment bien plus complexe, puisque chacune de ces catégories abrite des tribus plus ou moins véhémentes sur le sujet. 

Dans cette quête individuelle et urgente de certitudes, où chacun cherche éperdument sa vérité comme s'il s'agissait d'un impératif de survie, les échanges en ligne peuvent difficilement se montrer cordiaux, apaisés, constructifs. Pourquoi cette dimension si abrupte? «Quand on a un visage en face de nous, ça humanise et puis tout de suite on va avoir des tons différents. Or, avec ces espaces-là, on ne se représente pas nécessairement qu’il y a un humain en face de nous et qu’il mérite un peu de dignité dans la manière dont on s’adresse à lui», expliquait récemment Alexandre Coutant, professeur au département de communication sociale et publique de l’UQÀM, au Canada, dans une interview consacrée à l'agressivité sur le web. 

Presque sans limites

Les querelles peuvent d'ailleurs vite tourner à la menace de mort, comme ce fut le cas avec Benjamin Castaldi ou Laurence Boccolini. Le couple Harry et Meghan, interrogé par le magazine Fast Company il y a un mois, n'a ainsi pas caché sa grande méfiance des réseaux sociaux, avançant que ceux-ci «ont contribué et alimenté les conditions d’une crise de la haine, d’une crise sanitaire et d’une crise de la vérité». 

Plusieurs observateurs soulignent d'ailleurs un autre facteur aggravant à la situation: Donald Trump, dont le style très personnel sur Twitter aurait légitimé une manière plus brutale et décomplexée de s'exprimer sur les plateformes, peu soucieuse de la vérité comme des contradicteurs. 

Un groupe d'experts canadiens a ainsi déclaré, le 23 janvier dernier, que «ce ton-là n’existait pas vraiment il y a quatre ans», et que l'ancien président, par «son usage de Twitter, a eu des effets multiplicateurs extrêmement importants», alors que l'agressivité et les rapports de force musclés se sont désormais généralisés sur internet. Avant qu'il ne subsiste que des haters irréductibles online, et si l'on recommençait à se parler vraiment sur le web?

 

Et quelques liens:

Radio-Canada: Le manque de civilité sur les réseaux sociaux expliqué

ladepeche.fr: Nicolas Bedos quitte les réseaux sociaux

lalibre.be: Meghan et Harry fatigués des critiques sur les réseaux

lfm.ch: Les réseaux sociaux angoissent Dua Lipa

How social media companies can self-regulate toxic, hate speech

 

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