Les réseaux sociaux vont-ils se vider de leurs images cultes? | Coopération
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Les réseaux sociaux vont-ils se vider de leurs images cultes?

27 mai 2021

 

Des collectionneurs fortunés se mettent à dépenser des millions pour acquérir des mèmes et des vidéos iconiques postés sur les plateformes. Une ruée sur ce nouveau marché d’œuvres d'art qui pose des questions.


C'est une banale vidéo amateur qui est devenue une icône de la culture web: «Charlie bit my finger», 55 secondes au total, filmant un bébé mordre sans le moindre remord le doigt de son grand frère grimaçant, a déferlé sur Internet depuis sa publication en 2007. Elle est l'une des nombreuses œuvres cultes circulant en ligne depuis le développement des forums et des réseaux sociaux. Vue, téléchargée, partagée, dupliquée des millions de fois, elle semble désormais faire partie du paysage 2.0 et constituer une sorte de bien commun. C'est ce que vous pensiez? Vous faites malheureusement erreur. 

Depuis quelques mois, des investisseurs dans le marché d'art dépensent des fortunes pour acquérir des œuvres numériques, autrement dit des biens immatériels sous forme de fichiers stockés sur un disque dur. Il y a quelques jours, «Charlie bit me» a ainsi été vendue aux enchères pour la somme folle de 761 000 dollars, soit un peu plus de 680 000 francs. La vidéo risque même de disparaître totalement du web, son auteur ayant promis à l'acheteur de faire supprimer définitivement toutes les copies en circulation sur les différentes plateformes. 

Le cas est d'ailleurs loin d'être isolé. Fin avril, c'est un autre chef-d’œuvre historique d'internet qui avait affolé les compteur d'une vente aux enchères organisée online: «Disaster Girl», mythique photo d'une petite fille adressant à l'objectif un sourire gentiment démoniaque alors qu'une maison brûle en arrière-plan. L'image, devenue un mème bien connu, maintes fois détournée, a été proposée aux acheteurs par la petite fille devenue grande, Zoë Roth, et s'est arrachée pour 473 000 dollars alors qu'elle n'a pas de support physique. 

Un tweet au prix d'un Picasso

425 000 francs pour un fichier informatique, c'est-à-dire non matériel et duplicable en théorie à l'infini, la démarche peut paraître saugrenue. Mais cela est possible grâce au système du NFT, acronyme pour non-fungible tokens, une sorte de signature numérique liant une œuvre virtuelle à un propriétaire. Les cryptomonnaies notamment, utilisent le principe du NFT pour lier un compte personnel et des devises purement numériques. Appliqué au domaine de l'art, il permet alors de délivrer officiellement des certificats de propriété pour des images, des vidéos, des mèmes, voire des morceaux de textes publiés en ligne dans un contexte précis. 

Au mois de mars dernier, Jack Dorsey, le boss de Twitter, a ainsi vendu son premier tweet, paru en 2006, pour la bagatelle de trois millions de francs. Cette collaboration entre innovation technologique et commerce ouvre donc de nouvelles perspectives pour le marché des œuvres d'art virtuelles, qui sont de plus en plus exposées par les artistes, assurant de ce fait la possibilité de les rémunérer même lorsqu'ils se passent de support physique stable. 

Dans le cas de la mise aux enchères d'images et vidéos marquantes de la culture internet, la démocratisation du NFT pourrait cependant menacer leur libre circulation si les vendeurs ou acquéreurs souhaitent ne conserver qu'une seule copie, en l'occurrence la leur, comme dans le cas de la vidéo «Charlie bit me». Souvent regardés comme un bien commun 2.0, les mèmes légendaires et autres traces ayant fait l'histoire du web risquent dans certains cas de se volatiliser. Ou de n'être montrable qu'avec le paiement de droits de propriété intellectuelle. Beaucoup moins fun, tout à coup, même si l'existence d'innombrables copies sur le web a peu de chances de mener à un tel démantèlement online.

Et quelques liens:

La FNT mania

Les NFT, jetons virtuels permettant d'acheter gifts et oeuvres d'art

Zoë Roth sells 'Disaster Girl' meme as NFT

NFT parfois cotées au-delà du réel

 

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