Panique WhatsApp, où en est-on? | Coopération
X

Recherches fréquentes

Blog | Profile ton réseau

Panique WhatsApp, où en est-on?

03 février 2021

Il y a trois semaines naissait la controverse sur la mise à jour des conditions d'utilisation de la très populaire appli. Les utilisateurs sont apparemment nombreux à se laisser tenter par les services concurrents. Mais voilà, tout n'est pas si simple. 


Le début d'année est habituellement la période de Dry January et des achats compulsifs d'abonnements de fitness, mais janvier 2021 a été marqué par une autre forme d'hygiénisme, numérique cette fois: l'envie subite de se débarrasser de WhatsApp. Nous vous parlions en effet, il y a quelques jours, des mésaventures rencontrées par l'application de messagerie depuis sa laborieuse annonce de mise à jour de ses conditions d'utilisation. 

Messages peu clairs, parfois envoyés à double aux utilisateurs sans pour autant rendre l'information plus compréhensible, flou artistique autour des conséquences au quotidien, climat général de méfiance en pleine pandémie... La célèbre appli, propriété de Facebook depuis 2014, n'a pas vraiment bien négocié son virage vers plus de partage de données avec la société-mère. Pourtant très utilisée dans le monde, elle a réussi l'exploit de générer une levée de boucliers et une vague de militantisme pro-respect de la vie privée. 
 

Aller voir ailleurs


Depuis quelques semaines, on voit ainsi fleurir les messages de proches, d'amis, de collègues ou de connaissances annoncer publiquement qu'ils migrent vers une appli de messagerie censée offrir une meilleure protection du data. Telegram, Threema, Wire et surtout Signal passent ainsi désormais pour les bons élèves à privilégier au détriment de WhatsApp, jugée trop intrusive et trop impatiente de monnayer nos informations personnelles. Cet exil concerté a d'ailleurs permis aux outsiders de gonfler avec bonheur leur nombre d'adeptes de façon spectaculaire: Telegram compte maintenant 500 millions d'utilisateurs, Signal 50 millions, gagnant chacun des dizaines de millions de nouveaux fidèles venus de WhatsApp. 


L'appli Signal, jusqu'ici principalement le repère des geeks et des connaisseurs en informatique, a notamment vu le profil de ses utilisateurs se diversifier. Mais toute cette panique était-elle justifiée? Pour être honnête: probablement pas. D'abord parce qu'en tant qu'internautes vivant en Europe, nous sommes protégés par le RGPD, qui empêche la porosité des données entre WhatsApp et Facebook. Les nouvelles conditions d'utilisation s'appliqueront aux comptes business et non aux utilisateurs lambda. Mark Zuckerberg ne va donc pas regarder à la lorgnette tout ce que vous faites sur WhatsApp. 

Et nombre de personnes s'offusquant à l'idée que l'appli utilise leur data sont également présents sur Facebook ou Instagram, des géants des réseaux sociaux à qui elles livrent pourtant depuis des années toute leur vie sans y trouver quelque chose de profondément révoltant. Pourquoi WhatsApp devrait-il alors être traité différemment? Pour réagir de manière cohérente, il faudrait quitter toutes les plateformes de l'Empire Facebook à la recherche d'alternatives. Et c'est là que les choses se compliquent. 
 

Quête du bon élève
 

Le russe VKontakte peut éventuellement faire office d'ersatz de Facebook. La censure puritaine typiquement américaine y est quasi absente, mais la surveillance étatique s'est renforcée depuis que le Kremlin a exigé les clefs du réseau social pour pouvoir y traquer les ennemis désignés de la Russie, agitateurs politiques et terroristes en tête. VKontakte ne peut ainsi pas passer pour un Éden de vie privée. 

Idem pour Telegram: l'appli de messagerie, russe elle aussi, souvent louée pour sa haute sécurité due au cryptage, devrait bientôt faire apparaître des publicités sur son interface, même si les annonces ont été qualifiées de «moins intrusives» pour l'utilisateur. De plus, elle stocke les informations des utilisateurs sur ses serveurs, au même titre que Facebook et WhatsApp. Rien de très révolutionnaire sous le soleil, donc. Et Signal, alors? Présenté depuis plusieurs semaines comme le nouveau messie des applications de messagerie instantanées, ce service est présenté comme le plus éthique car créé et géré par une fondation sans but lucratif, qui vit des dons des utilisateurs et des mécènes. 
 

Une rançon de la gloire
 

Peu de chances, dès lors, que vos informations personnelles y soient exploitées pour le marché publicitaire. C'est un bon point pour les pourfendeurs de WhatsApp, mais se limiter à ça serait simpliste. Pourquoi? Parce que Signal a quand même accès à certaines informations de l'utilisateur via le Google Cloud Messaging (GCM): sa liste de contacts et son numéro de téléphone, obligatoire pour s'inscrire, ne sont pas privés. En termes de préservation pure de la sphère privée, rien n'est alors hermétique à 100%. 

En outre, avec la brusque hausse du nombre de ses adeptes, conjuguée à l'arrivée massive d'utilisateurs de Parler, le réseau social qui était devenu le repère des fascistes et tombé en disgrâce avec la fin de l'ère Trump, Signal va devoir pratiquer davantage de modération. C'est même une obligation légale: s'il s'avère incapable de modérer les propos trop extrémistes, l'appli risque d'être bannie des stores d'Apple et de Google, qui imposent à tous les services téléchargeables de respecter leurs règles en matière de modération des contenus préjudiciables. Ce qui, concernant Signal, est un vrai problème. 
 

Fuis-moi je te suis
 

Car pour pouvoir modérer, l'appli devrait avoir accès aux informations des utilisateurs. Or, elle n'accède qu'à une quantité très restreinte de data. Son atout actuel face à WhatsApp pourrait ainsi se retourner contre elle. Demeure une question: jusqu'où cela va-t-il nous mener? WhatsApp va-t-il lentement mais sûrement se vider de ses utilisateurs au profit de ses concurrents? Avec à présent un recul de quelques semaines sur la polémique née début janvier, un constat nuancé semble se dessiner. 

Si des millions d'individus ont rejoint Signal, Telegram ou Threema, nombre d'entre eux ont malgré tout gardé WhatsApp, continuant même à l'utiliser comme messagerie principale. Seuls les internautes les plus remontés ont décidé de désinstaller l'appli, sans doute ceux-là même qui auparavant utilisaient déjà Signal ou Telegram de manière régulière. Il faut le reconnaître, il est difficile d'abandonner une plateforme où les internautes ont depuis des années rassemblé une grande partie de leurs contacts. 

C'est la raison pour laquelle il est si difficile de se séparer de Facebook, où les profils entretiennent des listes d'amis composées patiemment au fil des années et ce depuis parfois plus d'une décennie. Basculer sur un service concurrent suppose qu'une majorité des contacts fassent de même. Et l'écosystème actuel des réseaux sociaux, dominé par le monopole de la maison Facebook, complique l'apparition d'alternatives viables sur lesquelles miser sur le long terme. 
 

L'onde de choc du procès
 

Si faire des infidélités à WhatsApp pour un outsider jugé plus moral est finalement davantage un geste politique, une technique de protestation, qu'une véritable fuite, la vraie solution pourrait se profiler d'ici quelques mois. L'empire Facebook est en effet officiellement inculpé pour pratiques déloyales et entrave à la concurrence par le ministère de la justice américain et onze États du pays. 

En cas de condamnation, Mark Zuckerberg pourrait être obligé de se séparer de WhatsApp et d'Instagram, qui redeviendraient des sociétés indépendantes, même si ce scénario est encore hypothétique. Moins de données partagées, moins de toute-puissance d'un groupe régulièrement critiqué pour son appétit sans limite pour notre data. Dans quelques mois, c'est peut-être une décision de justice venue des États-Unis qui vous facilitera la tâche pour choisir entre WhatsApp et ses concurrents.


Et quelques liens:
 

THE BATTLE INSIDE SIGNAL

Polémique WhatsApp : tout savoir sur l’appli Signal avant de l’adopter

 

Retour au blog