WhatsApp et Facebook partagent des données, qu'est-ce que ça change? | Coopération
X

Recherches fréquentes

WhatsApp et Facebook partagent des données, qu'est-ce que ça change?

14 janvier 2021

 

L'année 2021 ne commence pas de façon agréable pour tous les acteurs du numérique. Parler, repère des internautes conservateurs et d'extrême-droite, vient ainsi d'être banni des plateformes de téléchargement et lâché par son hébergeur, car accusé de ne pas être en mesure de modérer les propos violents de ses utilisateurs. Le site est indisponible depuis ce week-end et ses responsables sont très probablement en quête d'un sauveur pour le ramener à la vie. Parallèlement, l'application de messagerie instantanée Signal, jusqu'ici inconnue du grand public, enregistre un boom historique de demandes d'inscription. Une vague si massive qu'elle peine à valider les comptes des nouveaux arrivants dans les temps. 

Mais contrairement à Parler, Signal ne doit pas son actualité tourmentée aux événements politiques américains de la semaine dernière. Tout est en effet parti d'un message de mise à jour de WhatsApp envoyé à ses utilisateurs le 4 janvier. La très populaire appli, propriété de Facebook depuis 2014, invitait alors ses quelque 2 milliards d'adeptes à accepter de nouvelles conditions d'utilisation. L'enjeu n'est pas anodin: la modification apportée permet un meilleur partage des données de l'utilisateur entre WhatsApp et la maison-mère. En cas de refus de ces nouvelles conditions, le compte sera désactivé dès le 8 février prochain. 

 

Davantage de perméabilité

Certes, de nombreux utilisateurs, la plupart sans doute, ont dit oui sans se poser plus de questions et continué à se servir de l'application sans remarquer quoi que ce soit. D'autres, plus méfiants, se sont retrouvés face à un dilemme: accepter de voir leurs données personnelles fuiter vers Facebook, ou refuser cette mise à jour et se séparer de WhatsApp. Dans les faits, à peu près tout, sauf le contenu des messages, cryptés de bout en bout, est transmissible à la maison-mère. Numéros de téléphone des contacts, noms, statuts, heure et date des communications, photos des profils, localisation, adresses IP, nom des réseaux mobiles... L'objectif, pour Facebook, est d'enfin rentabiliser cette appli de messagerie devenue star autour du globe, notamment en fournissant davantage de data pour le ciblage publicitaire. 

Un affront insupportable pour de nombreux possesseurs de smartphones, qui se sont tout à coup intéressés à ce qu'il existait chez la concurrence. Les regards se sont ainsi rapidement tournés vers Signal, une app de messagerie instantanée qui n'est pas toute neuve, puisque créée au début des années 2010. Son point fort? En plus d'être gratuite, laissée en open source et gérée par un organisme à but non lucratif, elle s'avère très convaincante pour les personnes soucieuses de ne pas voir leur data s'évader dans la nature. Le chiffrage y est en effet de haut niveau. En outre, aucune donnée n'en sort pour permettre le profilage à but marketing. 

 

Coup de pouce des VIP

La preuve: Signal a été élue en 2019 «l'application la plus sécurisée et centrée sur la protection de la vie privée jamais développée» par le média Fast Company. Un tweet court mais efficace du milliardaire Elon Musk a suffi à faire s'emballer la machine. Le 7 janvier, en pleine polémique sur les nouvelles conditions d'utilisation de WhatsApp, il lance alors sur Twitter «Utilisez Signal». La presse rapporte également que l'application est recommandée par le lanceur d'alerte Edward Snowden et préconisée par la Commission européenne pour les communications entre ses membres et des individus extérieurs. Il n'en fallait pas plus pour faire décoller Signal de manière historique. 

L'engouement des internautes est tel que des tutoriels pour faire migrer son compte WhatsApp sur Signal ont été publiés, permettant de faciliter le transfert des discussions et des contacts. Évidemment, les nouveaux adeptes de ce service s'aperçoivent qu'un nombre très limité de leurs amis est déjà présent sur l'appli. Idem avec le russe Telegram, ou même Threema, une appli suisse pouvant jouer elle aussi le rôle d'alternative crédible. 

 

Le bouclier du RGPD

Cet exode en masse depuis WhatsApp va-t-il se poursuivre au-delà de l'effet de buzz et faire bientôt de Signal ou Threema la future appli ultra-populaire de messagerie instantanée? Pas si sûr. D'abord parce qu'il sera difficile de convaincre deux milliards d'utilisateurs bien installés, souvent très satisfaits du fonctionnement de WhatsApp au quotidien, ayant déjà bien développé leurs groupes et leur réseau, de changer de plateforme dans un court laps de temps. Seule une arrivée très brutale de publicités pourrait agacer les internautes et leur donner envie de voguer vers une appli moins envahie par le mercantilisme. 

Et puis, pour les utilisateurs du continent européen, la mise à jour de WhatsApp pourrait finalement ne pas changer grand chose. Les pays de l'Union, la Grande-Bretagne et la Suisse sont en effet protégés depuis 2018 par le RGPD, le Règlement général sur la protection des données, qui proclame la portabilité du data des utilisateurs et n'autorise son exploitation que sur leur consentement explicite. Le projet de monétisation des données sur WhatsApp n'est probablement pas encore réalisable chez nous, excepté pour les comptes business de l'app. Ce qui, prophétisent les experts, n'est sans doute qu'un sursis de quelques mois ou années. 

 

Et quelques liens:

Le réseau social conservateur Parler est désormais hors ligne

Avec les nouvelles règles de WhatsApp, l'appli concurrente Signal connaît un boom

Tout comprendre à Signal, la messagerie préconisée par Edward Snowden

https://threema.ch/en

If you value your privacy, switch to Signal as your messaging app now

https://www.numerama.com/tech/680997-comment-migrer-son-groupe-whatsapp-dans-signal.html

 



Retour au blog