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«Oui, je le veux» mais... 
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Baptême, mariage, obsèques – encore récemment, ces événements se déroulaient devant l’autel, même pour les non-croyants. Or toujours plus de personnes souhaitent célébrer ces moments clés de la vie sans cérémonie religieuse, mais sans tout à fait renoncer aux rituels.

TEXTE
09 mars 2020

Pour les couples de même sexe ou de confessions différentes, la cérémonie de mariage laïque constitue souvent la première option.

Le père accompagne avec fierté sa fille vêtue de blanc jusqu’à l’autel où le prêtre bénit l’union des deux fiancés. C’est l’image traditionnelle du mariage ou tout au moins celle que nous montrent les films hollywoodiens. En Suisse, cependant, ces scènes se font de plus en plus rares. Le prêtre n’est présent que dans un mariage sur six, et le chiffre ne cesse de diminuer.

La majorité des couples se contente de la signature de l’acte au bureau d’état civil ou choisit d’organiser une cérémonie libre. Il s’agit là aussi d’une cérémonie de mariage, mais sans la présence d’un officiant religieux. C’est la solution qu’ont choisie Robert (55 ans) et Anja (33 ans) Studer, et pas seulement parce que le premier a quitté l’Eglise catholique depuis des années. «Dans un mariage religieux, la foi prend souvent le pas sur le couple et l’amour. Ce n’est pas ce que nous souhaitions.» Pour autant, le mariage reste un événement important. «C’est pourquoi nous voulions malgré tout une cérémonie solennelle.»

La tradition, oui, mais pas à l’église

«Bon nombre des coutumes liées au mariage nous viennent de la religion, mais elles ont aujourd’hui perdu leur caractère religieux», explique Ruth Thomas (67 ans), membre du comité central de l’Association suisse de la Libre Pensée (ASLP), qui se mobilise pour répondre aux attentes des athées, agnostiques et humanistes laïques, et forme des officiants à la tenue de cérémonies libres et laïques. Les rites donnent à un événement une dimension émotionnelle. De plus, nous avons tous une certaine image des noces, avec la robe blanche, le père qui accompagne sa fille jusqu’à son fiancé, l’échange des alliances, le «oui», les tenues de soirée, le gâteau. «Ce sont ces rituels qui donnent son sens à l’événement et qui le rendent reconnaissable entre tous.» C’est pour cette raison que les Studer ont tenu à conserver ces traditions pour leur cérémonie laïque de mariage.

Les officiants de l’ASLP célèbrent de plus en plus de mariages. Mais selon Ruth Thomas, ils sont davantage sollicités pour les obsèques. «C’est une tra­dition qui remonte à très longtemps, chez nous», dit-elle. Au XIXe siècle, les inhumations ont en effet commencé à présenter un problème d’hygiène croissant et les médecins ont alors préconisé la crémation. Or, il était interdit aux prêtres de participer à ce type de cérémonie. Les libres penseurs se sont alors engouffrés dans la brèche.

«Nombre de traditions ont perdu leur caractère religieux»

Ruth Thomas, formatrice de célébrants Laïques

Une question de choix

Aujourd’hui, les motivations ne sont plus les mêmes. Seuls deux tiers de la population suisse appartiennent à une Eglise, et souvent uniquement sur le papier. «On peut toujours se passer de cérémonie de mariage ou de baptême», déclare Ruth Thomas. «Mais renoncer à des obsèques? Ça n’est pas possible. On veut rendre hommage à la personne décédée et à sa vie.» A l’inverse d’événements solennels tels que les mariages, au cours desquels des parents ou des amis font volontiers un petit discours, les obsèques requièrent quasiment toujours l’intervention d’officiants. «Pour les proches, l’émotion est souvent trop forte pour qu’ils puissent diriger eux-mêmes la cérémonie.»

Gabriela Rub (59 ans) observe un nombre croissant d’obsèques laïques. C’est une vraie tendance. Gabriela a été parmi les premiers officiants à célébrer des cérémonies de mariage libres, il y a une dizaine d’années. «Ces cérémonies sont désormais courantes, raconte-t-elle, mais beaucoup de gens ignorent complètement qu’il est possible d’organiser également des obsèques sans passer par l’Eglise.» C’est pourquoi elle considère qu’il est aussi de son devoir de les informer de cette possibilité. «Certains ne quittent pas l’église uniquement par crainte de ne pas pouvoir être inhumés dans les formes. Mais c’est faux: la plupart des cimetières appartiennent aux communes et chaque citoyen a le droit d’être enterré dans un cimetière.» Cependant, selon Gabriela Rub, ce serait plutôt le fait de recourir une seule fois à l’Eglise, alors que l’on n’a eu aucun lien avec elle pendant sa vie, qui serait en quelque sorte «indigne». «C’est également difficile pour le prêtre.»

La Suisse, en particulier, réunit les conditions idéales pour permettre à chacun de tirer sa révérence comme il le souhaite, explique la libre penseuse Ruth Thomas. «Ici, les lois sont très souples. On peut emporter les cendres à domicile ou les disperser dans une rivière. Certaines communes proposent même des cimetières en forêt.»

En lieu et place du baptême, beaucoup de parents privilégient aujourd'hui un rituel de bienvenue ou une cérémonie du nom.

Cérémonie du nom

Dans notre société de plus en plus laïque, les traditions ne changent pas uniquement pour les obsèques. En effet, une naissance ne doit plus nécessairement donner lieu à un rite chrétien. Chez les catholiques, le nombre de baptêmes a reculé d’un tiers au cours des vingt dernières années. La baisse est encore plus forte chez les réformés. «Mais beaucoup de parents souhaitent malgré tout désigner un parrain et une marraine pour leur enfant et lui souhaiter la bienvenue de manière solennelle», indique Gabriela Rub.

C’est le cas d’Ileana Retica et de son époux. «Quand notre fille est née, il y a environ un an, nous n’avons pas souhaité choisir sa religion à sa place, raconte la maman de 38 ans. Elle en décidera elle-même plus tard.» Toutefois, les nouveaux parents n’ont pas voulu renoncer à la fête et ont donc organisé une cérémonie du nom. Pour cela, pas besoin d’Eglise: les jeunes parents ont fait appel à Gabriela Rub qui, entre autres, a entrepris des recherches sur le nom du bébé, Amalia, et a demandé à quelques invités d’apporter leur contribution à la cérémonie. «C’était très personnel et nous n’avons eu que des retours positifs, et ce y compris de la part d’invités davantage attachés à l’Eglise que nous. Si nous avons un autre enfant, nous referons exactement la même chose.»

Le fait d’organiser une cérémonie non religieuse ne signifie pas nécessairement que la religion ou la foi ne joue plus aucun rôle. Si leur éthique dicte aux libres penseurs de ne pas les intégrer lors d’un événement, Gabriela Rub n’y voit aucun problème. «Mais si quelqu’un me le demande, je peux prévoir une prière pendant la cérémonie, par exemple, dit-elle. Je suis prestataire de services. J’ai pour mission de satisfaire aux désirs des clients.» C’est pourquoi elle propose toujours aux intéressés une rencontre préalable. Le courant doit passer si l’on veut accompagner un couple ou une personne lors d’événements aussi personnels. «Sinon, il est préférable de se tourner vers un autre officiant. Il existe maintenant de nombreux prestataires et chacun peut trouver l’offre qui lui convient.»

Mariages: moins devant l’autel

Mariages religieux

2011: 9783

2018: 6285

Mariages civils

2011: 42 083

2018: 40 716

Source:  Institut suisse de sociologie pastorale (SPI)