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En trois bonds!

Avec Pâques, le lapin en chocolat est omniprésent! Or son cousin le lièvre se fait lui de plus en plus discret à l’état sauvage. Rencontre avec un grand timide.

05 avril 2020
Presque invisible.  Le lièvre ne se laisse pas facilement apercevoir! Il est surtout actif la nuit.

Presque invisible. Le lièvre ne se laisse pas facilement apercevoir! Il est surtout actif la nuit.

Il se dissimule dans les herbes hautes, court à travers champs et sait même se battre. Mais la plupart du temps, il reste discret et sautille sans faire de bruit dans l’obscurité... Lui, c’est le lièvre, un animal sauvage souvent confondu avec son cousin, le lapin de garenne. Selon les traditions, c’est l’un ou l’autre qui apporte les œufs à Pâques! Les enfants vous le confirmeront: nos amis aux longues oreilles se laissent rarement surprendre dans le jardin le jour de Pâques... mais c’est aussi comme cela dans la nature!

Si le lièvre est très peu aperçu au bord des routes de campagne, c’est d’une part parce que sa population diminue. Jetons un coup d’œil aux statistiques: dans les années soixante, Genève comptabilisait 60 lièvres pour 100 hectares. Le recensement de 2018 fait état de quelque 7 lièvres pour 100 hectares en Suisse. Les chiffres restent toutefois variables d’une région à l’autre.

Rapide comme l'éclair! Le lièvre court aussi pour impressionner les femelles. 

Sauvages et discrets

Une autre raison rend les rencontres rares avec ces animaux. Les lièvres sont actifs la nuit, et ne sortent de jour que pendant la période de reproduction. Celle-ci s’étend de fin février à août. Les mâles s’adonnent alors à de véritables courses. Et les femelles peuvent être agressives envers leurs congénères. Lorsqu’elles se sentent harcelées, elles frappent les mâles à coups de patte. Hors de la période de reproduction, les lièvres passent leur journée silencieux et immobiles dans leur abri.

Il ne s’agit pas d’un nid sophistiqué, ni d’un terrier muni de galeries comme celui du lapin, mais plutôt d’une sorte de trou dans la terre appelé «gîte». Grâce à la couleur fauve de leur pelage, les lièvres y sont ainsi pratiquement invisibles. Mais lorsque quelque chose passe à proximité, ils bondissent à la vitesse de l’éclair! En fuite, ils peuvent atteindre des pics à 70 km/h, tout en faisant des zigzags.

Un lièvre adulte.

 

Un levraut de quelques semaines. Ce dernier naît déjà doté de poils et de la vue, contrairement au lapereau.

Sauvons les lièvres!

Darius Weber (62 ans) connaît bien ces animaux. Ce biologiste et expert de la faune sauvage est l’initiateur du projet «Hopp Hase» consacré au lièvre brun. «Les lièvres sont très attachants, en particulier les plus jeunes. Bien entendu, je ne les côtoie pas à la manière de lapins domestiques, mais j’apprécie leur présence dans la nature, elle me tient à cœur», explique-t-il.

Son étude, menée durant dix ans, s’est penchée sur les causes de leur disparition progressive en Suisse. Selon le spécialiste, le constat est clair: les lièvres sont de moins en moins nombreux dans notre pays. «Ces dernières années, les populations n’ont que peu augmenté, même dans des régions qui leur sont pourtant propices.» Elles restent uniquement stables dans les montagnes. Avec son équipe, Darius Weber a élaboré des solutions pour protéger cet animal. Même si ce projet s’est achevé, le passionné s’engage encore en faveur des lièvres, souvent sur son temps libre.

La principale raison du déclin est que les bébés lièvres ne sont pas suffisamment nombreux à survivre. L’espèce est pourtant connue pour sa fécondité, comme le lapin, un autre lagomorphe. C’est notamment pour cela qu’ils sont des symboles de Pâques. Les lièvres peuvent en effet mettre au monde jusqu’à 20 petits par an, pesant chacun 150 g. Ils sont cependant trop peu nombreux à atteindre un âge adulte.

«Les lièvres sont très attachants»

Darius Weber, biologiste

Laisser de l’espace à la nature

Les agriculteurs peuvent faire une différence dans la survie des populations de lièvres. Une cause de mortalité est que de nombreux levrauts sont victimes des engins agricoles, comme les moissonneuses, alors que leur territoire est morcelé par l’activité agricole.

Des mesures sont testées chez des agriculteurs, en appliquant la méthode préconisée par Darius Weber. Des champs de céréales laissent des bandes en friche, pour réserver de la place à ces animaux pour se cacher, pour élever leurs petits et pour trouver de la nourriture. Ces herbivores se nourrissent en effet de plantes, d’herbes, de bourgeons, trop rares dans les monocultures.

Après la mise bas, les hases (femelles) laissent leurs petits dans un abri et ne leur rendent visite qu’une fois par jour pour les nourrir. Pendant cette période, les renards peuvent s’attaquer aux levrauts, tout comme les chiens sauvages ou les chats, diminuant encore les chances de survie.

Une hase repousse un prétendant trop insistant à coups de patte, lors d'une joute amoureuse.

«Mais si vous tombez par hasard sur des bébés lièvres qui semblent aban­donnés, laissez-les tranquilles, insiste le spécialiste de la faune. La mère s’en occupe malgré les apparences.»

Le renard est en outre trop rusé pour s’attaquer aux adultes. «Avec des accélérations jusqu’à 70 km/h, le lièvre est beaucoup trop rapide pour lui. Par ailleurs, un bon coup de patte suffit pour le décourager.»

Recensement de l’espèce

Il faut noter que les lièvres ne sont pas des animaux sauvages comme les autres. Depuis 1991, la surveillance des populations est effectuée chaque année pour le compte du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC). Elle fait ainsi l’objet d’un rapport d’une vingtaine de pages intitulé: «Monitoring du lièvre en Suisse». Selon le dernier rapport, l’espèce demeure menacée, même si une amélioration est tout de même observée dans certaines régions.

Chasse limitée pour ce gibier

En principe, les lièvres font partie des espèces pouvant être chassées, mais ils sont protégés dans 11 cantons. Les chasseurs renoncent parfois à les tirer à titre volontaire, comme cela a été le cas l’année dernière dans le canton de Lucerne, où le recul des populations a conduit à l’instauration d’un moratoire.

Pour assurer un suivi, Darius Weber recense les lièvres au printemps et à l’automne du côté de l’Argovie, avec des bénévoles. L’expédition de ce soir aura lieu à Hasenacher («le coin aux lièvres»), une zone de la région où ils se font rares.

À la moindre alerte, le lièvre détale!

Le décompte de ces animaux exige un protocole précis. Deux volontaires prennent place à l’arrière d’une voiture roulant à 10 km/h dans l’obscurité, et scrutent les alentours à l’aide de projecteurs mobiles. Le conducteur suit un itinéraire tracé en rouge sur la carte et, à ses côtés, un rapporteur note chaque lièvre aperçu sur la carte. L’opération a lieu à la tombée de la nuit et dure entre deux et trois heures.

Safari nocturne

Aujourd’hui, Pascale (57 ans), enseignante et Ueli (72 ans), retraité, sont responsables des projecteurs. Ils scrutent l’obscurité avec la plus grande attention.

Lorsqu’une silhouette bondit dans le faisceau des projecteurs, il faut vérifier s’il s’agit d’un lièvre, et non d’un renard ou d’un chevreuil. «Je n’ai jamais de difficultés à trouver des volontaires pour m’aider dans le recensement», indique Darius Weber. Parcourir les champs la nuit pour observer les animaux sauvages est une activité passionnante. «Aucune connaissance spécifique n’est nécessaire. Il faut juste avoir de l’intérêt et du plaisir à le faire.»

Ici! Ueli aperçoit trois lièvres qui se suivent rapidement. Mais ils se trouvent de l’autre côté de la zone de recensement du jour et ne peuvent donc pas être pris en compte. On se demanderait presque s’ils ne l’ont pas fait exprès.

Mais où donc se cachent-ils? Quasiment une heure s’écoule ensuite avant que le premier lièvre en provenance du bon secteur bondisse dans le faisceau des projecteurs. Encore une fois, c’est Ueli qui l’a aperçu. Pascale fait semblant d’être vexée. Quelques blagues fusent, et la traque reprend.

A la fin de notre recensement, sept spécimens sont répertoriés sur la carte de Darius Weber. Ici, des mesures ont été prises par les agriculteurs et ont manifestement un impact positif.

L’ami des lièvres est satisfait: «Lors du dernier décompte, il y en avait seulement trois. Nous ne les avions probablement pas tous vus. Au recensement en automne, nous observerons combien de jeunes ont survécu.» Avec sept lièvres dans l’une des zones les plus dépeuplées de la région, il y a de quoi se réjouir tout de même!


En bref

  • Les lièvres peuvent faire des bonds jusqu’à 2 mètres de haut, et sont de bons nageurs.
  • Les renards ne chassent pas les lièvres adultes.
  • Les hases ne rendent visite à leurs petits que pour les nourrir.
  • Le nombre de lièvres en Suisse recule, mais les populations sont stables dans les régions de montagne.

Lapin vs lièvre

Plus petit et plus joli

Il existe différentes espèces de lapins qui constituent la famille des léporidés. Le lapin commun est une espèce auto­chtone en Europe. Il peut mesurer jusqu’à 45 cm de long pour 2,5 kg. Il est donc un peu plus petit que le lièvre. Il vit en colonie et creuse de longues galeries dans lesquelles il donne naissance à ses petits. Comme pour les lièvres, la population de lapins sauvages est en déclin, principalement à cause de maladies.

Plus grand et moins mignon

Pouvant atteindre jusqu’à 70 cm de long pour 5 kg, le lièvre est relativement grand. Originaire des steppes du sud de la Russie et de l’Ukraine, il vit en solitaire.

On le trouve un peu partout aujourd’hui car il a colonisé pratiquement toute la planète. Pendant la journée, il se cache dans son abri. C’est un bon nageur et il peut bondir jusqu’à 2 m de haut. Les lièvres se nourrissent de certaines parties des plantes.