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L'amour en tête

Universel, le sentiment amoureux est aussi beau qu’incontrôlable. Des experts expliquent ce qui se passe dans le cerveau quand on est épris de quelqu’un et décryptent les rencontres à l’ère du numérique. Nos lecteurs, aussi, livrent leur vision de l’amour.

16 mars 2020

Le cœur qui bat la chamade, l’impression d’avoir des papillons dans le ventre, l’attention concentrée uniquement sur une personne. Celle dont on est raide dingue. «Que l’on est bête quand on 
est amoureux. Que l’on est bête, mais comme on est heureux…», chante Thomas Fersen. Pourquoi cet état? «Peut-être parce que les pensées concernant l’être aimé ‹envahissent› l’espace mental au point de donner une priorité à tout ce qui est lié à cet amour. Notre cerveau est en quelque sorte moins disponible pour des activités qui demandent une attention particulière», répond David Sander, directeur du Centre interfacultaire en sciences affectives de l’Université de 
Genève. Celui-ci n’est rien de moins que partenaire scientifique de l’exposition «De l’amour», à voir jusqu’à cet été au 
Palais de la découverte, à Paris. 
Passionnante, celle-ci dévoile un pan de la chimie de l’amour. On y découvre que «l’engagement dans la relation est 
favorisé par la libération d’ocytocine, qui désactiverait la perception éventuelle de sentiments négatifs de l’autre.» Il y a aussi une libération de dopamine (en lien avec la régulation de la sensation de plaisir et de motivation) et une diminution du taux de sérotonine (molécule modérant nos excès…): «Au début d’une relation amoureuse, les fluctuations de la sécrétion de sérotonine expliquent les alternances de phases d’euphorie et d’optimisme, avec des phases de frustration 
et de manque.» A noter que chez les hommes, le taux de testostérone diminue et que chez les femmes, c’est l’inverse. 

«Le voyage dans le cerveau amoureux est ainsi une surprenante suite de découvertes plus fascinantes les unes que les autres. Il nous emmène loin de l’idée fausse et dépassée que l’amour est uniquement une émotion ou un phénomène simple et peu évolué», écrit le sexologue Francesco Bianchi-Demicheli, professeur à l’Université de Genève, l’un des auteurs du livre accompagnant l’exposition. 

Qui dit enjeu, dit question

«Comment savoir si je suis amoureux?» C’est la question commençant par «comment» que les Romands ont le plus souvent posée sur Google l’an dernier. Cela n’étonne pas David Sander: «Ce n’est pas rien d’être amoureux! Il est important de ne pas se tromper. Et les manifestations de l’amour sont multiples, pas toujours 
faciles à reconnaître.» Le chercheur indique que selon la proposition de l’amour comme étant un «syndrome émotionnel», on le reconnaît en percevant chez soi un «bouquet» d’émotions ressenties à propos de l’être aimé. 

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’amour se mesure. Pour y parvenir, les chercheurs étudient les émotions 
liées à l’amour et ce qu’ils appellent «les composantes émotionnelles», sur la base de questionnaires ainsi qu’en laboratoire. «On mesure par exemple l’activité de différentes régions du cerveau, la réponse du système nerveux sympathique ou la production de certaines hormones dans le sang, indique David Sander. Les données sont susceptibles d’offrir des indications non seulement sur la nature de l’émotion, mais aussi sur son intensité.» Il précise en outre que selon la théorie triangulaire de l’amour, une relation amoureuse repose surtout sur l’intimité (complicité), la passion (intensité du 
désir) et l’engagement (contribution à la 
relation): «L’intensité de ces dimensions déterminerait l’intensité de l’amour», 
résume le psychologue, également mathématicien. 

Amour et conséquences

Si les sciences s’intéressent au sentiment amoureux, c’est notamment parce que le «bouquet» d’émotions dont il se compose motive nos décisions: «Pensons, par exemple, aux conséquences considérables des émotions liées à l’amour et à la haine sur les individus et, plus largement, nos sociétés. Ces considérations ont permis 
la naissance des sciences affectives, un champ académique particulièrement bien développé dans notre pays», conclut David 
Sander. C’est pourquoi les conceptrices de l’exposition «De l’amour» ont travaillé avec l’Université de Genève. «Dans les sciences affectives, un même sujet est étudié par un psychologue, un neuroscientifique, un 
sociologue. Cela s’avère extrêmement intéressant pour aborder un sujet aussi complexe», observe la muséographe Maud Gouy, co-commissaire de l’expo à Paris. 

La passion «rend lucide, extralucide, et en même temps complètement aveugle», selon le philosophe Francis Wolff.

«Moteur tout-puissant de nos vies ordinaires», selon les termes du philosophe Francis Wolff, qui a contribué à l’expo, l’amour résulte selon lui de la fusion 
de l’amitié, du désir et de la passion. 
Mine d’informations, le Palais de la découverte assure aussi côté divertissement 
et culture. On y écoute des chansons d’amour, y élabore des poèmes formant un dessin (calligrammes), on y lit des citations d’auteurs, on y rit en découvrant 
un langage fleuri évoquant la sexualité. Une parenthèse qui fait du bien, que l’on soit célibataire ou en couple, hétéro ou homo, ado ou retraité. Ces mots déposés dans le livre d’or finissent de convaincre l’indécis: «Vous m’avez redonné l’espoir d’aimer à nouveau.»

«De l’amour», jusqu’au 30.08 au Palais de la découverte, 8e arr., Avenue Franklin Delano Roosevelt, Paris; autre expo à venir: «Et plus si affinités... Amour et sexualité 
au XVIIIe siècle», du 5.04 au 11.10 au Château de Prangins – Musée national suisse

L’amour par sms

«Merci de m’avoir volé ce baiser» – «Je te l’ai emprunté: s’il te plaît, rends-le-moi vite»
Amusants, poétiques, coquins: les mots d’amour pleuvent par SMS au Palais de la découverte de Paris. Ils sont tirés du compte Instagram @amours_solitaires créé par Morgane Ortin. Démontrant que la lettre d’amour n’est pas morte, mais qu’elle a juste évolué, la jeune Française de 29 ans collecte avec succès des SMS d’amoureux anonymes depuis trois ans et les partage avec les internautes. 

«Les sites de rencontres, un miroir de notre société»

A l’heure où les sites et applications de rencontres connaissent un succès croissant, la sociologue Marie Bergström, de l’Institut national d’études démographiques (Ined) de Paris, a voulu cerner le phénomène de l’amour en ligne. Ses recherches sont synthétisées dans Les nouvelles lois de l’amour. Sexualité, couple et rencontres au temps du numérique (Ed. La Découverte).

Marie Bergström

Sociologue 

La principale nouveauté des sites spécialisés porte sur la privatisation de la rencontre. Qu’entendez-vous par là?

Il existe une spécificité du mode de rencontre via les services spécialisés. De coutume, on 
associe cercles de sociabilité et rencontres amoureuses. Traditionnellement, celles-ci interviennent dans des espaces de 
vie ordinaires comme le lieu de travail, d’études ou de loisirs. 
Or, les sites et les applications dissocient sociabilité et histoires d’amour, dans la mesure où les rencontres ont lieu à l’abri des regards de la famille, des amis.

Quelles sont les conséquences de ce phénomène?

Les sites et applications facilitent la sexualité, non conjugale notamment. Nouer des contacts avec des partenaires hors de l’environnement social habituel fait que les rencontres débouchent plus facilement sur des rapports sexuels et qu’elles sont souvent de courte durée.

Malgré tout, ces sites 
n’auraient pas entraîné une 
désinhibition généralisée?

Oui, ces services changent les conditions de la rencontre et facilitent l’accès à la sexualité, sans gommer la morale. Sur Internet, on ne fait pas ce que l’on veut. Les normes sociales persistent et diffèrent selon qu’il s’agit d’utilisatrices ou d’utilisateurs.

Pouvez-vous préciser?

On attend des femmes qu’elles fassent preuve de réserve sexuelle, qu’elles ne se lancent pas dans n’importe quelle relation et avec n’importe qui. Pour les hommes aussi, on part du principe que la multiplication des aventures d’un soir n’est pas saine à la longue.

La morale sexuelle est en somme toujours d’actualité?

Oui, la sexualité séparée de la conjugalité, de l’affectivité est, en soi, jugée problématique, voire immorale. On peut s’y adonner, mais sans excès. Sur 
le web comme en société, la 
morale nous rappelle l’existence de limites. Et ces règles sont 
valables pour les femmes, les hommes, les homosexuels et 
les hétérosexuels.

Cette pression sociale est-elle à géométrie variable?

Oui. On a affaire à une morale 
de genre, puisque les femmes, soumises, je l’ai souligné, à la norme de réserve sexuelle, 
subissent davantage que les hommes le poids de ces règles 
de conduite. Les utilisatrices courent le risque d’être stigmatisées comme «filles faciles».

Les sites de rencontres n’ont donc pas banalisé le sexe?

C’est exact. Sur ces sites et applications, on n’a pas affaire à une sexualité sans tabou. Il existe toujours une régulation sociale par les normes, la morale et par les attentes liées au genre. 

Numérique ou pas, rien 
de nouveau sous le soleil 
en matière de rencontres amoureuses?

Les sites et les applications 
modifient certaines pratiques, mais ne sont pas une révolution comme on le clame parfois. 
Souvent, ils ne font que reproduire les normes et les logiques sociales existantes. Ce sont 
les miroirs de notre société. Ils nous donnent à voir l’éducation 
que l’on a reçue, les normes 
dont nous sommes porteurs, les formes de mépris ou d’exclusion qui ont cours, y compris dans les domaines amoureux et sexuel.

Des lecteurs nous parlent d'amour

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