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L'aventure commence ici

Le chemin de l’école représente un espace de liberté essentiel et chacun se souvient de celui de son enfance. Que ce soit à pied, à vélo, en bus, en bateau ou même en téléphérique, il a des vertus sur le développement psychique, physique et social de l’enfant.

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Sedrik Nemeth | Valentin Flauraud
10 août 2020

Malik (7 ans) va à l’école en téléphérique, depuis trois ans. Tous les matins, sa maman Mélanie Comparelli l’amène de Réchy (VS) à Chalais. Il y prend la cabine de 7h45, avec jusqu’à 21 autres enfants et un accompagnant, et monte 800 mètres plus haut à Vercorin. Son frère, Ethan (12 ans), prenait la cabine des «grands» à 7h30, sans accompagnant, jusqu’aux vacances d’été et ira désormais au cycle à Grône, près de Sierre.

A Chalais (VS), Malik prend le téléphérique tous les matins.

Pour faire vivre la petite école de Vercorin, qui perdait inexorablement des élèves au fil des années, le cercle scolaire de Grône a instauré il y a dix ans l’horaire en continu. Les parents qui souhaitent un accueil parascolaire à midi peuvent donc envoyer leurs enfants à la montagne, au pied des pistes de ski. L’appel a été entendu, puisque désormais près de la moitié des 80 écoliers viennent de la plaine.

Malik et ses copains aiment beaucoup prendre le téléphérique. Chaque jour, c’est la bousculade pour savoir qui aura le droit d’ouvrir la porte de la cabine ou de s’asseoir sur la banquette. Les accompagnants, retraités bénévoles ou parents, racontent souvent une histoire pour faire passer plus vite le trajet de 7 minutes. En fin d’année, chacun reçoit un bonbon pour son bon comportement.

Parfois, Malik peut observer des chamois ou le bouquetin Roger.

Un kilomètre à pied

Le chemin de l’école de Malik est particulier. En Suisse, 65% des enfants de 6 à 12 ans vont à pied à l’école, et deux tiers d’entre eux ont moins d’un kilomètre à parcourir, selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique (OFS). Les trajets à vélo, en voiture et en transports publics représentent chacun environ 10%. Le téléphérique entre dans la catégorie «autres», 6%, avec le bateau ou la passerelle suspendue. Frissons garantis.

Ces chiffres sont loin d’être anodins, car le chemin de l’école représente l’espace de liberté entre le cadre imposé de la maison et celui de l’école. Il s’y passe tant de choses stimulantes! «Premièrement, l’enfant se déplace à l’air libre et satisfait ainsi son envie de bouger. Cela l’aidera à participer ensuite à la classe de manière plus concentrée et plus calme», souligne Romaine Schnyder, directrice du Centre pour le développement et la thérapie de l’enfant et de l’adolescent du Valais. «Deuxièmement, le fait de gérer le trajet jusqu’à l’école a une influence positive sur l’estime de soi et la responsabilité personnelle de l’enfant, qui apprend à se déplacer de manière autonome, à maîtriser des passages délicats ainsi que le temps du trajet.» Enfin, le chemin a aussi une composante sociale, selon l’experte. «Le petit doit faire attention au rythme de marche, au contenu de la conversation, aux idées et à l’humeur des autres. Il a le sentiment de faire partie d’un groupe», explique Romaine Schnyder. Evidemment, des conflits apparaissent parfois, que les écoliers doivent gérer entre eux. S’ils n’y parviennent pas avant d’arriver à l’école, les enseignants et les parents tâcheront d’y remédier en concertation.

Des expériences passionnantes

Il y a de chouettes moments, sur le chemin de l’école, comme quand des chamois apparaissent juste en-dessous du téléphérique, toujours au même endroit. «Un jour, j’en ai compté douze, s’exclame Malik. Des fois, on voit aussi le bouquetin. Il s’appelle Roger.» Quand il y a trop de vent, le téléphérique ne peut pas circuler. Les enfants, dont les parents sont informés via un groupe WhatsApp, se rendent alors en car postal à l’école. Une alternative qu’apprécie Malik car plus confortable.

En hiver, au début de la semaine de ski, la cabine devient très étroite pour les enfants et leur équipement. Mais le paysage blanc et les batailles de boules de neige valent toutes les peines.

«Le chemin a une influence positive sur l’estime de soi»

Romaine Schnyder, psychologue FSP

La loi est claire

Le chemin de l’école revêt tant d’importance, qu’il est ancré dans la Constitution suisse. Il ne doit pas représenter un frein à l’enseignement. «S’il est trop long, trop pénible ou lié à des dangers déraisonnables, les cantons et les communes doivent intervenir», dit la loi. C’est pourquoi les communes ou arrondissements scolaires ont mis sur pied des réseaux de bus scolaires, de Pedibus, de Vélobus ou aménagé des chemins piétons.

Le but, bien sûr, est de désengorger les alentours des établissements des parents-taxis toujours plus nombreux, mais aussi de faire bouger les enfants. Car ceux-ci sont 9% de moins qu’en 1994 à se rendre à pied à l’école, selon l’OFS. En Suisse romande, la proportion d’élèves qui sont conduits à l’école en voiture est deux fois plus élevée (14%) qu’en Suisse alémanique (7%). Un problème, car les véhicules mettent les autres enfants en danger. Les parents peuvent, selon Mobilité piétonne Suisse, s’adresser à leur commune pour exiger des améliorations de l’aménagement des routes à proximité des écoles. Celle-ci est tenue de garantir un accès sécurisé aux écoles par des mesures de modération du trafic ou d’autres moyens.

La ville de Lausanne s’engage depuis longtemps pour l’intérêt des enfants dans l’aménagement de l’espace public, puisque c’est là qu’est né le Pedibus. «Une coordination interservices sécurité sur le chemin de l’école tente de réduire les risques rencontrés et répond aux diverses plaintes et doléances de la population en lien avec le trajet scolaire», indique Christine Rolle, en charge de ce projet.

Quelques dizaines de mètres seulement séparent le téléphérique de l?école.

Le Pedibus, une invention suisse

Le Pedibus a fêté ses 20 ans l’année dernière: 1500 lignes ont été créées depuis ses débuts et 15000 enfants en ont profité. «L’an dernier, il y a eu une augmentation de 12% des lignes par rapport à 2018», se réjouit Brendan Drezen, de l’Association transports et environnement (ATE), qui le chapeaute. Les familles qui s’annoncent officiellement comme Pedibus bénéficient d’une assurance accident et responsabilité civile gratuite ainsi que du matériel de sécurité (gilets, baudriers, réflecteurs). L’ATE estime que 20% des familles s’organisent informellement entre elles pour organiser le trajet.

Au final, la responsabilité revient aux parents de trouver la solution qui leur convient. Leurs bambins n’auront pas tous la chance de rencontrer Roger, mais ne dit-on pas que l’aventure commence au détour du chemin?


 

Deux cars postaux pour Kelia

Pour se rendre à l’école, Kelia Perdrix (11 ans) prend le car postal 625 de 7h10, à Villars-Burquin (VD), et change à Fiez pour la ligne 12 Cheval direction Champagne. Aussi bizarre que cela puisse sembler, c’est pourtant bien réel. Le cercle scolaire de Grandson, près d’Yverdon, comprend 18 communes et 1500 enfants, dont un millier viennent en transports publics.

CarPostal a remporté l’appel d’offre et propose aujourd’hui, à côté des quatre lignes de bus régulières, des ScolaCars. Il s’agit de bus portant des noms d’animaux et équipés de 22 ou 44 sièges, avec ceintures de sécurité, adaptés aux enfants.

Les élèves reçoivent, en début d’année, un abonnement et un permis à points. En cas de mauvais comportement, le chauffeur met une croix dans le carnet. «Moi je n’en ai encore jamais eu, se réjouit Kelia. Par contre, les petits font vraiment beaucoup de bruit!» Certains chauffeurs sont sévères et grondent dans leur micro, d’autres écoutent attentivement les histoires des enfants.

Durant le trajet, Kelia discute avec ses copines qui, comme elle, aiment les sirènes (elle possède plusieurs queues de sirènes au camping où elle réside l’été). «Des fois, je fais mes devoirs pour avancer», raconte celle qui apprécie le dessin et les maths. Elle s’est habituée à prendre le bon bus et en changer. Mais il lui arrive d’oublier son abonnement quand elle laisse son sac à l’école pour la pause de midi. Heureusement, elle est toujours passée entre les gouttes lors de contrôles.

Si le trajet en bus comporte moins de liberté, il s’y passe toutefois plein d’aventures. Comme ce rat domestique, nommé Bulle, qui passait d’épaule en épaule à travers le ScolaCar, avant d’être banni.

En hiver, à presque 800 mètres d’altitude, la neige vient parfois jouer les troubles fêtes. Les chauffeurs doivent mettre des chaînes au risque d’effectuer de belles glissades. 

 


Conseils aux parents

  • Renoncez à emmener vos enfants à l’école en voiture.
  • Avant la rentrée, parcourez avec votre enfant le chemin de l’école, évaluez avec lui les dangers. Le chemin le plus court n’est pas forcément le plus sécurisé.
  • Si un chemin pédestre n’est pas réaliste, renseignez-vous auprès de la commune sur les alternatives mises en place: bus scolaire, car postal, Pedibus, Vélobus…
  • Equipez vos enfants de vêtements clairs et de bandes réfléchissantes (sur le sac, la veste ou le baudrier de sécurité).
  • Organisez un tournus avec d’autres parents pour accompagner les écoliers, annoncez-­vous officiellement comme Pedibus.
  • Prévoyez assez de temps pour parcourir le chemin jusqu’à l’école. Il y a une foule de distractions qui rallongeront la route. En outre, le stress de devoir se dépêcher peut distraire l’enfant des dangers qui l’entourent.