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Pinocchio, l'universel impertinent

Une exposition au château de Saint-Maurice (VS) retrace l’histoire et les représentations enfantées par le pantin de bois cher à l’écrivain italien Carlo Collodi.

03 août 2020
Le Pinocchio imaginé  par le Jurassien  Ivan Brahier, pour l'expo  de Saint-Maurice.Une interprétation originale de Pinocchio par le bédéiste italien Benito Jacovitti, en 1964.

Le Pinocchio imaginé par le Jurassien Ivan Brahier, pour l'expo de Saint-Maurice.Une interprétation originale de Pinocchio par le bédéiste italien Benito Jacovitti, en 1964.

S’il fallait citer une figure universelle et hors du temps, nul doute que Pinocchio figurerait en tête de liste. Le célèbre pantin de bois imaginé par le journaliste et écrivain toscan Carlo Collodi (1826–1890) continue d’émerveiller et d’émouvoir enfants et adultes. Publiées d’abord en feuilleton hebdomadaire puis sous forme de roman en 1883, «Les aventures de Pinocchio» appartiennent à cette catégorie d’œuvres défiant le temps, les générations et les époques.

Traduit en 260 idiomes, cet ouvrage demeure un phare de l’imaginaire collectif et un territoire d’exploration infini pour les artistes: depuis la première illustration de Pinocchio par le dessinateur et ingénieur transalpin Enrico Mazzanti en 1883, bédéistes, sculpteurs, peintres, photographes, cinéastes, dramaturges, musiciens ont évoqué, une fois ou l’autre,  la marionnette italienne avec une inépuisable gourmandise esthétique.

Personnages mythiques

Après Alice aux pays des merveilles, Petzi et Dracula, le château de Saint-Maurice (VS) poursuit son exploration des personnages mythiques avec une exposition sur le pantin de Carlo Collodi (visible jusqu’au 15 novembre 2020). Au-delà des objets, images, livres, d’une collection de marionnettes, de maquettes de théâtre et de masques, ce rendez-vous met l’accent sur la façon dont le galopin a été représenté par le dessin. Une salle est d’ailleurs consacrée aux œuvres de vingt-cinq illustrateurs et bédéistes helvétiques qui livrent leur interprétation du coquin souvent pris en flagrant délit de mensonge.

«Le Pinocchio de Disney (1940), qui a installé le personnage dans notre iconographie mentale, est le premier film que j’ai vu au cinéma. C’était en 1975 et j’avais 6 ans. Depuis lors, la fascination pour cette figure de pantin doué d’une âme ne m’a plus quitté», confie le directeur de l’institution Philippe Duvanel (51 ans).

En chinant dans ses souvenirs d’enfance, le Lausannois  souligne avoir été marqué par la dureté des épreuves que traverse Pinocchio, notamment les trahisons du Renard et du Chat, malfrats vagabonds hauts en couleur du roman de Carlo Collodi. Mais ce climat délétère est contrebalancé par l’amour qui entoure le personnage, avec son géniteur Geppetto ou avec la fée aux cheveux  bleu outremer, à la fois amie, mère, confidente. 

Pinocchio demeure, on l’a évoqué, une figure universelle enracinée dans le terreau de l’italianité. «Le pantin de Collodi est une icône italienne. Personne n’est plus italien que lui. Mais le roman a dépassé les frontières de la Péninsule pour se muer en symbole de thèmes universels et toujours d’actualité: l’enfance, le long chemin pour devenir adulte, la parentalité, le sens de la légalité, l’illusion du gain facile, la maltraitance des enfants, la cruauté envers les animaux, le problème de l’identité», analyse Elena Paruolo, de l’Université de Salerne (Italie), auteure d’un essai sur Pinocchio paru en 2017.

Môme, adolescent et adulte

A ses yeux, Pinocchio est à la fois môme, adolescent et adulte. Il s’impose comme le reflet de la société occidentale qui a déconstruit les catégories enfant/adulte, brouillé les frontières entre les âges et les expériences de vie qui leur sont liées. Dans ce contexte, «Les aventures de Pinocchio» sont un livre pour, mais également sur les enfants: elles narrent, sans jeu de mots, de quel bois sont faits les bambins, de quelle manière ils pensent, de quelle façon ils parlent, explique Elena Paruolo.

L’universalité de la marionnette italienne s’explique également par le fait que Carlo Collodi métisse les genres pour créer une œuvre hybride et innovante, poursuit l’universitaire de Salerne. Entre animaux parlants, métamorphose des enfants en ânons, «Les aventures de Pinocchio» sont au carrefour du conte populaire et littéraire, de la fable et du merveilleux (fantasy).

Cette dimension se retrouve dans le dernier film sombre et hyper-réaliste consacré à la marionnette, sorti en juillet et réalisé par le cinéaste italien Matteo Garrone. La prochaine adaptation cinématographique du roman de Carlo Collodi est déjà annoncée pour 2021. Elle sera confiée au Mexicain Guillermo del Toro. 

 


Exposition Pinocchio

Les mille facettes d’un pantin

Château de Saint-Maurice (VS) Jusqu’au 15 novembre 2020

Plus d’infos sur: www.chateau-stmaurice.ch