«J'ai toujours été fidèle à moi-même» | Coopération
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INTERVIEW
AMY MACDONALD

«J'ai toujours été fidèle à moi-même»

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Roger Deckker
04 novembre 2020

Amy Macdonald, (33 ans) débarque avec "the Human Demands", un cinquième album très abouti aux chansons fièvreuses et aux ballades délicates.

Vous avez posté une vidéo dans laquelle vous disiez être peu inspirée par le confinement. Et pourtant, vous publiez maintenant un album de très bonne facture…

Ça s’explique par le fait que j’ai composé tout le disque avant d’être confinée. J’ai commencé à l’enregistrer au début de l’année, puis on a été obligés de s’arrêter pendant quatre mois. J’ai eu peur que ça n’entrave ma créativité, celle de mes musiciens et de mon producteur. Mais le fait d’avoir été séparés et de traverser cette période dingue nous a donné encore plus envie de revenir à ces chansons, parce qu’on était tellement heureux de se retrouver et refaire de la musique ensemble. Au final, cette pause a eu un impact positif sur le son de l’album.

Certaines chansons font penser à du Bruce Springsteen. C’était voulu?

Ce n’était pas prémédité. Quand je fais de la musique, tout se déroule de façon très organique. Je n’essaie jamais de m’adapter à un style ou un son particulier. Je crois d’ailleurs que c’est à mon détriment parce que le monde de la musique marche aux modes. Si on ne correspond pas à ce qui est tendance sur le moment, on va moins passer à la radio. J’ai toujours été fidèle à moi-même et j’ai envie de faire de la musique qui représente quelque chose, non seulement à mes yeux mais aussi pour les gens qui l’écoutent.

«Fire» est une chanson d’amour que vous avez écrite pour votre mari. Qu’en pense-t-il?

Il a écouté cet album depuis le début de l’année, dès l’étape des maquettes. Il m’a beaucoup soutenue et semble réellement l’apprécier. Quand j’ai commencé à composer cette chanson, je ne pensais pas vraiment à lui. C’est en la réécoutant à la fin que j’ai réalisé exactement de quoi elle parlait. Je venais de me marier et de rentrer de ma lune de miel quand je l’ai écrite. Je crois que je me sentais très heureuse, contente de mon sort, et c’est ressorti dans ce titre. Je ne suis pas une personne très romantique. Je trouve tout ça un peu gênant! Mais cette fois, il m’a été impossible de l’éviter.

Le confinement a été un test pour les couples…

Ça n’a pas du tout été dur pour nous. Se retrouver confinés tous les deux était vraiment agréable parce que d’habitude je suis toujours loin en tournée et lui est aussi super occupé. Pouvoir passer tout ce temps ensemble à la maison, à ne rien faire, a été un vrai bonheur.

«Statues» est un titre empreint de nostalgie. Que représente-t-il?

Cette chanson est née d’une conversation avec l’un de mes amis et un membre de mon groupe. On évoquait nos souvenirs des lieux où nous avons grandi. Quand j’étais jeune, j’avais l’impression qu’il ne se passait rien là où je vivais. Mais en repensant à cette période aujourd’hui, j’en garde de merveilleux souvenirs. Lorsque j’ai fait écouter ce titre à mes parents, ils étaient très émus. Ma mère a même fondu en larmes. La maison dont je parle dans cette chanson est celle où ma sœur et moi sommes nées et avons été élevées. C’est curieux comme la ville d’où l’on vient nous paraît ennuyeuse et inintéressante quand on est jeune et comme on voit les choses différemment avec le temps.

 

C'est important de pouvoir à nouveau faire des projets.

 

 

«The Hudson» est-il inspiré par vos parents?

Mon père m’a raconté que peu de temps après avoir rencontré ma mère, il a décidé de faire un truc dingue avec elle et de partir à l’aventure quelque part. Ils ont débarqué fauchés et sans logement à New York, qui n’était pas un endroit glamour dans les années 1970. Ils ont fini dans un hôtel horrible, avec une chambre dont la porte avait trois serrures parce que le quartier était dangereux. Je ne m’attendais pas à ce que mes parents aient pris de tels risques. Et cela m’a fait réfléchir à ma propre vie. Je passe beaucoup de temps à rêvasser et je pense que cela est très important quand j’écris des chansons. Je me suis donc demandé à quoi aurait ressemblé ma vie si j’avais choisi un autre chemin, si je ne m’étais pas lancée dans la musique ou si je n’avais pas rencontré mon mari. Le genre de questions qu’on se pose tous parfois et dont on ne connaîtra jamais les réponses. J’ai tissé toutes ces idées ensemble et c’est comme ça que cette chanson a vu le jour.

Vous êtes d’humeur plutôt méditative et nostalgique…

Totalement. Je crois que quand je me suis mariée, quelque chose a changé en moi. J’ai eu l’impression de devenir adulte et cela m’a poussée à réfléchir à ma vie mais aussi à celle de ma famille et de mes amis. Je trouve que parfois on a plein d’exigences ridicules envers nous-mêmes et les autres. On s’attend à ce que les gens répondent immédiatement à nos SMS et e-mails, que tout le monde soit disponible 24 heures sur 24, et heureux. C’est important de réaliser qu’on traverse tous parfois des périodes difficiles et de se soutenir un peu plus les uns les autres. D’autant plus avec tout ce qui se passe cette année.

C’est un peu l’idée derrière le titre «The Human Demands»…

Oui, cette chanson est inspirée par des amis qui sont passés par des moments très durs, qui ont souffert de dépression et de difficultés financières. Quand l’un de vos proches vous dit qu’il ne va pas bien et que vous lui répondez «Oh, souris un peu!», cela n’est pas très utile. On peut se retrouver dans une situation où rien ne semble pouvoir nous faire aller mieux. J’ai des amis qui ont vécu ça et sont heureusement ressortis du tunnel. J’ai écrit ce titre en pensant à eux, je le leur dirai quand ils écouteront l’album.

Vous dites avoir beaucoup grandi dernièrement. C’est pour ça que vous avez vendu votre collection de voitures?

Je n’ai jamais eu une immense collection de voitures. Je n’ai pas la place pour ça! J’aime les autos donc j’en possède quelques-unes mais je ne suis en aucun cas une collectionneuse.

Aimez-vous toujours la vitesse?

Je ne sais pas si je conduis particulièrement vite. Ce qui s’est passé, c’est que toute jeune j’ai décroché un contrat fou avec une maison de disques et sorti un album qui a eu beaucoup de succès (ndlr: «This is the life», en 2007). J’ai donc pu m’offrir de belles voitures et des choses comme ça. Quand on a eu le plaisir de conduire une Ferrari, une Lamborghini et une Range Rover, c’est dur de revenir en arrière et conduire autre chose. Mais je crois qu’avec l’âge, on réalise ce qui est vraiment important dans la vie. Aujourd’hui, je préfère dépenser mon argent pour mes amis et ma famille. Ça me procure davantage de joie que de faire des folies pour moi.

Votre nouvelle tournée est prévue pour le printemps prochain, avec une escale le 23 avril à Zurich. Mais aura-t-elle lieu?

Manifestement on vit une période incertaine mais j’espère qu’on aura bientôt des nouvelles positives concernant des vaccins et traitements. Je pense qu’il était important de fixer des dates de concert et de faire preuve d’optimisme mais surtout de pouvoir à nouveau faire des projets.